Les éditeurs sont-ils (tous) des voleurs ?

Les éditeurs sont-ils (tous) des voleurs ?

En cette rentrée littéraire je voulais intituler ma chronique Les bons comptes font les bons amis, vous connaissez comme moi cet adage souvent employé lorsque l’on désire être quitte au restaurant, lors d’un dépannage de quelques euros aussitôt remboursés le lendemain, etc. Il s’applique également dans toutes les transactions financières du monde commercial, au titre de l’honnêteté, de la probité et de l’excellence professionnelle que tout industriel se doit d’offrir tant à ses clients qu’à ses partenaires ...

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Or, dans notre monde parfait que nous vante à longueur de temps les hommes politiques, à tel point que seul l’Occident est à prendre comme modèle, il s’avère que le bât blesse dans un domaine particulier qui affiche un chiffre d’affaire qui dépasse de loin le milliard d’euros ...
C’est le monde de l’édition. Et ce n’est donc pas un hasard si les voyous du CAC40 s’y sont intéressés voilà quelques années …

Oui, je l’affirme haut et fort : le monde de l’édition est malhonnête vis-à-vis de ses auteurs !
Dans ce petit monde sclérosé et introverti, l’éditeur fait office d’ogre avare qui n’a de langue que pour flatter mais jamais ne prouve juridiquement l’exactitude des chiffres qu’il avance. Jamais l’éditeur ne démontre ce qu’il affirme péremptoirement dans une lettre lapidaire qui n’est rien d’autre qu’une poignée de cacahuètes lancée comme on ne le ferait pas à un SDF qui fait la manche à un feu rouge.
Alors, pourquoi tant de morgue ?

Il s’avère que la roue a tourné d’un quart de tour en trop : le demandeur est devenu l’auteur, et non plus l’éditeur qui, sans auteur, n’est rien, ne l’oublions pas ... L’éditeur - avec l’aide de ses complices, les diffuseurs et les distributeurs - s’est placé dans une situation de monopole qui lui permet de vampiriser le système et de traiter comme de vulgaires manants les écrivains qui lui apportent leurs manuscrits ... Jouant sur le velours de l’angoisse de l’artiste qui ne croit jamais en lui, même quand il a écrit un chef-d’œuvre, l’éditeur minimise, tempère, ose faire réécrire parfois ; et justifie toujours de faibles tirages, d’une mévente absolue même s’il en est à son quatrième retirage (comme par exemple, pour certains guides publiés chez La Martinière qui ne verse de droits à l’auteur que sur le tirage initial), pour ne payer que le strict minimum ...

Mais attention, car sans auteur point d’éditeur : de la même manière qui fait que l’on ne sait plus qui de la poule a fait l’œuf, la relation auteur/éditeur s’est dégradée au point de sombrer dans une névrose dont ni l’un ni l’autre ne peut (veut) sortir. Mais le patient est bien malade et il faut se pencher à son chevet.
Le monde anglo-saxon est en partie à l’abri de ce problème car leur modèle de contrat est tout autre qu’en France ; pour s’en convaincre demandez donc à Gallimard ce qu’il pense du contrat qu’il a du signer pour publier Les Bienveillantes ? Un pourcentage "incroyable" sur le prix de vente (on parla de plus de 50%) mais surtout pas un euro pour les ventes du roman à l’étranger car les droits internationaux sont restés propriété de l’auteur. Lequel d’expliquer que "dans le monde littéraire anglo-saxon, si on veut publier un livre, on cherche d’abord un agent.(...) Je comprends que cela perturbe certains en France, où un équilibre assez délicat fait qu’il s’y publie des livres qui ne le seraient pas ailleurs. Ce système a un coût. En France, pratiquement aucun auteur ne peut gagner sa vie ; toute la chaîne du livre vit du livre, sauf l’écrivain."
Gallimard n’avait donc pas le choix, l’agent faisait barrage, et cela ne se négociait pas : il le voulait, il devait payer … Somme toute logique puisque c’est tout de même Jonathan Littell qui l’a écrit ce livre, non ? Point monsieur Gallimard qui n’a fait que l’imprimer et jouer sur le buzz …
Mais les autres auteurs, quid de tous les autres ? Ils ont un contrat minable qui leur donne entre 8 et 10% du prix de vente, et se retrouvent avec des comptes abracadabrantesques, parfois sibyllins, parfois illisibles, mais surtout … faux !
Cela fait que 98% des écrivains ont une autre activité lucrative (Bernard Lahire, La Double vie des écrivains)

Oui, j’en connais, j’en ai connu et j’en connaîtrai encore, malheureusement, des auteurs qui n’en peuvent plus de mendier leur chèque. Et moi aussi, j’ai du, par deux fois, avec deux éditeurs, l’un parisien l’autre marseillais, menacer d’un procès pour que mon chèque recouvre son juste montant ...
Et ils n’étaient pas des majors, mais des artisans devenus au fil de l’an des marchands. Oublieux de leur premier amour ils se sont métamorphosés en négociateurs qui vendent des livres comme d’autres du tissu ou des caisses d’orange. La fibre artistique s’est émoussée …
Trop rares sont les éditeurs honnêtes et courageux qui rétribuent correctement leurs auteurs !

Il est temps de dire STOP !

L eMague jette donc le pavé dans la mare en cette rentrée 2008.
Et demande très officiellement à la SGDL, le digne représentant des auteurs, association reconnue d’utilité publique donc je fais partie, et à son président, Alain Absire, de lancer au plus tôt des Etats généraux du droit d’auteur comme elle l’a fait pour le prêt gratuit du livre car ce tabou n’a que trop duré !
Osons briser la loi du silence. Osons être force de proposition et réinventer une relation de confiance entre l’éditeur et l’auteur.
Par exemple, à l’heure du Web 2.0 il serait tout a fait possible que chaque auteur puisse accéder directement à son compte d’exploitation au sein de la comptabilité de son éditeur et voir au jour le jour le tableau de bord de la vie de son livre : nombre d’exemplaires imprimés, nombre d’exemplaires envoyés, nombre d’exemplaires placés, les retours, les exemplaires encaissés, etc. Et cela en garantissant la totale confidentialité et la sécurité des serveurs comptables. La technologie informatique le permet.

Donc une seule question : pourquoi ne le fait-on pas ?

le 04/09/2008
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1 Message

  • 5 septembre 2008 06:56

    Il y a déjà eu, voici 3 ou 4 ans, une réflexion collective au sujet du droit d’auteur, qui n’a pas eu d’aboutissement concret. Le système est excellent, il arrange tout le monde, et les auteurs sont trop mégalos pour accepter de se syndiquer, pour mener une action collective comme l’ont fait les scénaristes américains. Tant pis pour le rayonnement culturel de notre pays, tant pis pour tout le monde, et tant mieux pour les grands éditeurs qui font la pluie et le beau temps. Dans cette arnaque, celui qui accepte ses conditions en connaissance de cause est plus coupable encore que l’escroc. Pourquoi changer ?