La Russie utilise l’Ossétie pour se refaire un Empire

La Russie utilise l'Ossétie pour se refaire un Empire

Les violents combats qui ont embrasé l’Ossétie du Sud ont déjà fait 2.000 morts et quelque 30.000 réfugiés sont accueillis à la frontière russe. Le conflit, latent depuis plusieurs années, s’est ouvert à la surprise du monde entier, alors que l’humanité s’apprête à célébrer la paix et la concorde avec les Jeux Olympiques. Il est seulement un des moyens de pression utilisés par Moscou pour retrouver un accès aux mers chaudes et s’opposer à l’influence américaine autour de la Mer Noire.

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La Géorgie a affirmé vendredi soir avoir repris le contrôle de la quasi-totalité de la république rebelle d’Ossétie du Sud. Les forces russes de maintien de la paix sont en train de contraindre la Géorgie à cesser le feu dans la zone du conflit osséto-géorgien, a déclaré samedi à Moscou le président russe Dimitri Medvedev. À la suite d’une percée réalisée dans la nuit, un bataillon de la 58ème Armée, dépêchée en renfort, a apporté aux forces d’interposition russes un lot de denrées alimentaires, de médicaments et de munitions, mais a aussi entamé l’évacuation des blessés. Selon le colonel Konachenkov, les combats se poursuivent dans la capitale, même si l’intensité du feu est moins importante que les jours précédents.


Déjà, le 4 juillet dernier, la Présidence de l’Union européenne (UE) exprimait sa préoccupation face aux derniers incidents survenus en Ossétie du Sud, qui ont causé des pertes humaines dans un contexte déjà tendu. Elle appelle les parties à la retenue et à reprendre le dialogue dans les meilleurs délais afin de restaurer la confiance. L’UE suit avec attention l’évolution de la situation dans les zones de conflit en Géorgie. Le 8 août, un mois plus tard, elle appelle instamment toutes les parties à la plus grande retenue, et les invite à faire baisser immédiatement le niveau des tensions et à éviter toute escalade. Quand la Géorgie a recouvré son indépendance, en avril 1991, elle a rapidement été la proie d’une guerre civile et exposée aux séparatismes en l’absence d’autorités clairement établies. Les anciennes provinces à statut spécial, les républiques autonomes d’Abkhazie et d’Adjarie, la région autonome d’Ossétie du Sud, sont entrées en dissidence après la remise en cause de leur statut par le premier président de la Géorgie. Les provinces du centre du pays ont elles-mêmes été troublées par la conjonction des mouvements régionalistes et des rébellions politiques, notamment à l’ouest.


Le retour d’Édouard Chevardnadze au pouvoir, chef de l’État géorgien en 1992, a permis de réorganiser les pouvoirs centraux après la guerre civile en désarmant les principales milices et instituant un régime présidentiel fort. Une vie politique pluraliste s’est depuis affirmée progressivement, tant dans les médias qu’au Parlement. Trois ans après la Révolution des Roses qui a porté au pouvoir Mikhaïl Saakachvili, les séparatistes d’Ossétie du Sud et leurs alliés russes ont considérablement fait monter la tension dans la région. En avril, l’OTAN a promis à la Géorgie — sans donner toutefois d’échéance — qu’elle serait un jour intégrée dans l’Alliance, le leitmotiv de la diplomatie de président actuel depuis 2004. Moscou a répliqué en appelant à établir des liens officiels avec les républiques séparatistes de Géorgie, que la Russie soutient depuis des années, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Washington a décidé d’envoyer en urgence un émissaire, tout en précisant que l’armée américaine n’était pas impliquée dans les affrontements.

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Aiguillonnés par le précédent du Kosovo indépendant depuis février dernier, ce qui ne laisse pas d’attrister la communauté slave d’obédience orthodoxe, les séparatistes ont multiplié les escarmouches et les incidents, tandis que ces derniers jours, les Russes et les séparatistes ossètes ont fait monter la pression, évacuant des civils de la zone. Moscou confirme avoir envoyé des renforts pour venir en aide aux soldats de la force de maintien de la paix dans la région et contribuer à un arrêt des hostilités. Le ministre russe des Affaires étrangères affirme que des scènes de nettoyage ethnique ont été signalées. Dès vendredi, Mikhaïl Saakachvili ne déclarait-il pas que si la Russie reste impunie, "le monde entier aura des problèmes" ? Auparavant, le chef de l’État géorgien a signé un décret sur l’état de guerre en raison du conflit avec la Russie. La Géorgie est en état d’agression militaire totale : par la marine et l’aviation russes, avec des opérations de grande échelle sur le terrain, a-t-il déclaré. Pour le président russe Dimitri Medvedev, l’opération militaire des forces russes a pour but de contraindre la partie géorgienne à la paix. L’assaut géorgien semble avoir été préparé en détail, mais il convient de signaler que depuis son arrivée au pouvoir, le président Saakachvili a fait de la réintégration des territoires perdus une priorité, et les combats avaient déjà brièvement repris en 2004.


La proclamation unilatérale, en février dernier, de l’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie a été le principal facteur qui a déterminé l’évolution des événements. Moscou et d’autres capitales y ont vu un nouveau pas dangereux vers la dégradation du droit international et le triomphe de l’approche arbitraire du règlement des problèmes mondiaux.
Des poursuites pénales doivent être engagées, contre le président géorgien Mikhaïl Saakachvili et son entourage, a déclaré Dimitri Medoev, représentant du président séparatiste en Russie lors d’une conférence de presse à Moscou.
Aujourd’hui, l’Europe juge Radovan Karadzic, ancien leader des Serbes de Bosnie pour avoir prétendument donné l’ordre de bombarder des villes et des agglomérations pacifiques. Saakachvili a adopté la même conduite : il ordonne de bombarder des villages pacifiques, a déclaré le diplomate. C’est la réponse du berger à la bergère… La Géorgie a entamé dans la nuit de jeudi à vendredi des combats militaires dans la zone du conflit osséto-géorgien bombardant Tskhinvali, la capitale de la république autoproclamée. La majeure partie de la ville est détruite. Les autorités de l’Ossétie du Sud font état de victimes parmi la population civile. Les soldats de la paix ont également subi des pertes.


Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) suit de près la situation en Ossétie du Sud, où des milliers de personnes fuiraient les zones de combat après une semaine de violents affrontements entre séparatistes ossètes et forces géorgiennes. Des responsables frontaliers russes ont informé le bureau local du HCR que des gens étaient arrivés en Ossétie du Nord-Alania, dans la Fédération de Russie, au cours de la nuit, le service d’immigration russe évaluant leur nombre à des milliers de personnes, a indiqué un porte-parole du HCR lors d’un point de presse vendredi à Genève.


D’autre part, selon des sources non officielles, environ 400 personnes ont fui l’Ossétie du Sud vers d’autres régions de la Géorgie, a-t-il ajouté. Un employé du HCR a indiqué que de nombreux immeubles et maisons avaient été détruits et que seuls les militaires se déplaçaient dans les rues. Il y a une pénurie d’eau. La plupart des services de transport sont interrompus et les magasins manquent de produits alimentaires, a-t-il précisé. La détérioration de la situation dans la région séparatiste d’Ossétie du Sud a conduit le Conseil de sécurité de l’ONU à tenir une réunion d’urgence dans la nuit de jeudi à vendredi, à la demande de la délégation russe. De nouvelles consultations devaient se dérouler dans l’après-midi de vendredi à New York.

À l’Est rien de Nouveau depuis la Fin de la Guerre froide


L’impasse dans laquelle sont les autorités géorgiennes et le gouvernement séparatiste ossète trouve ses racines lors de la formation de l’empire soviétique. En 1920, l’Ossétie est divisée en 2 : la partie nord intègre la Russie alors que la partie sud est rattachée à la République socialiste soviétique de Géorgie. À la fin des années 1980, alors que le mur de Berlin n’était pas encore tombé, l’Ossétie du Sud a été un des premiers territoires soviétiques à afficher des velléités indépendantistes. Après son indépendance en 1991, Tbilissi supprime l’autonomie dont bénéficiaient les Ossètes et précipite un échange armé qui débouche, après signature d’un cessez-le-feu, à un de ces conflits gelés hérités de l’effondrement soviétique.


La Géorgie est membre du partenariat pour la paix et les nouvelles autorités souhaitent renforcer la coopération avec l’OTAN, par le biais de la mise en œuvre du plan individuel de partenariat adopté en 2004. Tbilissi souhaite se rapprocher davantage de l’organisation et à terme y adhérer. Un dialogue intensifié a été mis en place en septembre 2006. Les États-Unis, qui entretiennent des liens privilégiés avec l’actuel président géorgien, ont annoncé un renforcement de leur assistance à la Géorgie. Le président Bush s’est rendu à Tbilissi le 10 mai 2005, et son homologue géorgien à Washington du 4 au 6 juillet 2006. La Géorgie a fait partie de la coalition des volontaires au cours des opérations en Irak, et y a envoyé 2.000 soldats. Un accord de coopération militaire, négocié de longue date, a été ratifié par le Parlement géorgien le 21 mars 2005.


D’autre part, les nouvelles autorités géorgiennes ont annoncé très tôt leur intention de se rapprocher de la famille européenne. Elles ont notamment demandé, avec succès, à être associées à la politique européenne de voisinage. Cette orientation ne rompt pas avec les lignes fixées par l’équipe précédente. Depuis plusieurs années, Tbilissi apporte une attention particulière au sein de l’UE à ses relations avec la France, le Royaume-Uni et avec l’Allemagne, qui jouit d’une image forte en Géorgie, la première République géorgienne s’étant placée sous protection allemande en 1918…


L’adhésion de la Géorgie au Conseil de l’Europe, le 27 avril 1999, puis à l’OMC en octobre 1999, ainsi que l’entrée en vigueur de l’Accord de Partenariat et de Coopération avec l’UE le 1er juillet 1999, avaient témoigné de cette volonté de rapprochement avec l’Occident. La coopération avec l’Europe dans le cadre de la politique européenne de voisinage, dont les plans d’action pour les trois pays du Caucase ont été conclus le 14 novembre 2006 à Bruxelles, vise autant à renforcer l’État de droit en Géorgie qu’à soutenir les efforts de celle-ci pour résoudre les conflits séparatistes. La France est en outre impliquée dans la recherche d’un règlement des conflits : elle est notamment membre du Groupe des amis du Secrétariat général de l’ONU, chargé de rechercher une solution au conflit abkhaze, et participe à la mission de l’OSCE en Géorgie. La Pologne a par ailleurs demandé à la présidence française de l’UE de convoquer un sommet européen extraordinaire sur cette question.


La Géorgie n’aurait rien pu faire sans le soutien des États-Unis, a déclaré Vladimir Vassiliev, chef du comité pour la Sécurité de la Douma — la chambre basse du Parlement russe — lors d’une conférence de presse. Selon lui, aux cours des dernières années, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a tout fait pour augmenter le budget militaire du pays. Le pays se préparait à des actions militaires, a souligné le parlementaire russe. Le parlementaire juge inopportun de convoquer une réunion extraordinaire de la Douma compte tenu de la situation dans la zone du conflit : je pense que dans cette situation créée par le gouvernement géorgien, le parlement géorgien porte également une grande part de responsabilité, et nous devons nous adresser à la communauté internationale dans le format de l’ONU, a-t-il fait valoir. Tout État violant la charte de l’ONU doit être exclu de cette organisation. C’est évident, a-t-il ajouté.


La décision russe d’interdire les importations de vins et spiritueux géorgiens, officiellement justifiée par des raisons sanitaires, a également été interprétée à Tbilissi comme une manœuvre politique visant à priver le pays d’une source importante de revenus, de même que l’augmentation des tarifs des livraisons gazières, de $ 110/1000m3 à $ 235/1000m3 au 1er janvier 2007, est perçue comme une tentative d’asphyxier l’économie géorgienne. Les relations russo-géorgiennes ont connu un regain durable de tension suite à l’arrestation de quatre officiers russes le 27 septembre 2006, accusés par Tbilissi d’être des agents des renseignement russes (GRU). Malgré la remise, le 2 octobre 2006, de ces quatre officiers à l’OSCE, les liaisons terrestres, aériennes, maritimes et postales restent suspendues entre la Russie et la Géorgie.


Les relations russo-géorgiennes se sont beaucoup dégradées à la suite des explosions ayant endommagé les gazoducs et la principale ligne haute tension alimentant la Géorgie en énergie russe à la fin du mois de janvier 2006. Ankara fournit de l’électricité à la demande de la Géorgie qui se trouve dans une situation difficile, vient de signaler une chaîne de télévision turque, avant de préciser qu’il s’agit de la livraison de 50 MWatt d’électricité par jour. Les déclarations des autorités géorgiennes accusant explicitement Moscou ont accru la tension déjà perceptible avec la Russie. Tbilissi comprend qu’après la proclamation de l’indépendance du Kosovo les perspectives de rétablissement de l’intégrité territoriale du pays sont devenues encore plus floues. Si l’on accepte le statut quo consécutif aux actions de la Russie, dans un an ou deux, évoquer même la possibilité théorique d’une réintégration sera totalement insensé. L’Abkhazie sera un élément de l’immense complexe économique des Jeux Olympiques de Sotchi. L’Ossétie du Sud, quant à elle, est déjà de fait une région subventionnée par la Fédération de Russie.


Plusieurs facteurs expliquent les tensions entre les deux pays, notamment les régions séparatistes, qui intensifient leurs liens avec Moscou, demandant même un rattachement à la Fédération de Russie, ou la question de la frontière entre la Géorgie et la Russie, que Moscou estime insuffisamment contrôlée. Moscou a pourtant demandé un peu plus tard la dissolution de la mission OSCE de surveillance de la frontière, alors remplacée par une simple mission de formation des gardes-frontières géorgiens, sans doute moins sujette aux préjugés occidentaux. La vallée où se sont parfois abrités des combattants tchétchènes a également constitué un sujet d’opposition entre les deux pays.


Des avancées importantes ont été obtenues sur la question des bases russes en Géorgie, qui a longtemps rendu complexes les relations entre les 2 pays, avec l’adoption d’une déclaration conjointe russo-géorgienne prévoyant l’évacuation de ces bases d’ici 2008, et la signature, le 31 mars 2006, des accords de mise en œuvre de cette déclaration. Mais les maîtres du Kremlin ont, depuis la tragédie du K-141 Koursk, ce sous-marin perdu le 12 août 2000 avec 118 marins, conçu que l’influence russe et sa continuité territoriale auraient pour préalable la montée en puissance de sa flotte de guerre, des chantiers et de nombreux projets visent à la restauration d’une marine au niveau du standard soviétique.


La libre circulation sur tous les océans du globe est un corollaire de leur volonté, ce qui passe forcément par l’accès aujourd’hui restreint aux mers chaudes. Un partenariat est mis en œuvre avec l’Union indienne sous l’impulsion de Vladimir Poutine en octobre 2000, mais ce n’est qu’un pis-aller.
La solution la plus simple, également la plus périlleuse, est de parvenir à désenclaver Sébastopol, base historique de la Marine russe, et jusqu’à présent ceinturée par les républiques du Caucase. D’ailleurs, le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine ont confirmé les déclarations du président sud-ossète Édouard Kokoïty, faisant état de livraisons d’armes à la Géorgie, exposait jeudi le quotidien Nezavissimaïa Gazeta. Un accord de coopération militaire avait été signé en 2005 entre les deux pays, aussitôt après l’arrivée de Viktor Iouchtchenko, ami de Mikhaïl Saakachvili, à la Présidence. À l’automne de la même année, Édouard Kokoïty avait publiquement déclaré que l’Ukraine livrait à la Géorgie des chars T-72, des hélicoptères MiL-8, des véhicules blindés de transport de troupes, des missiles et d’autres types d’armements. Kiev passe sous silence les types et la quantité d’armements livrés récemment à la Géorgie. Les experts estiment qu’en livrant des armes dans cette zone de conflit, l’Ukraine vise à créer des problèmes à la Russie dans la région.


Le président Dimitri Medvedev a expliqué à son homologue américain George Bush dans un entretien téléphonique samedi que la Russie poursuit en Ossétie du Sud l’objectif de mettre immédiatement un terme aux violences, de défendre la population civile composée dans une grande majorité de citoyens russes et de rétablir sans délai la paix. De son côté, M. Bush a exprimé une préoccupation sérieuse face à la situation dans la région, appelant la Russie à plus de modération. Le président américain a fait également savoir son intention de contribuer à remettre la situation dans la région dans la voie du règlement politique et diplomatique. Il faut s’attendre à un pic de tension à la fin de l’automne, prédit Fedor Loukianov dans la revue Rossïïa v globalnoï Politike. En décembre, l’administration Bush fera une dernière tentative pour obtenir une décision positive sur le Plan d’Action pour l’Adhésion à l’OTAN (MAP). En prévision de cet événement, l’activité politique va considérablement s’accroître, de même que, comme l’expérience le montre, le risque de conflits armés dans la région. À suivre…

 

 


Après avoir, sans un remords tout liquidé,
Ils ont pour but de voir la Russie éternelle
Pour ce qu’elle a ici de formidable en elle,
Renaître au feu de tout l’éclat qu’ils ont soldé.


Ce n’est pas simple, et leur désir est retardé
Par l’objection que nous savons traditionnelle :
Qu’il reste au nord, le Russe, et juste en sentinelle,
C’est l’empire au cœur saur qui lui est accordé !


Les mers du sud ne sont pas loin, mais trop encore
Pour tous ceux qui n’ont pas pu voir la côte accore,
La terre a bien suffi aux serfs, qu’ils sont assez…


Que leur sol soit trop dur et qu’il rende à l’hectare
Trop peu pour voir venir sont des motifs sensés,
Mais bien moins que le sort qui convient au tartare.

 

le 10/08/2008
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1 Message

  • 10 août 2008 08:24

    mAIS C’EST TROP BETE CA, VOUS NE SUIvez pas l’actualité ou quoi ?
    IL Y A UNE SEMAINE C’est la RUSSIE qui appelait au calme, mais la georgie n’as rien entendu, la RUSSIE etait bien obliger d’intervenir...