La Libération d’Ingrid Betancourt est un Coup dur pour Nicolas Sarkozy
En déclarant que Nicolas Sarkozy n’a été absolument pour rien dans cette libération d’Ingrid Betancourt, Ségolène Royal a peut-être manqué une occasion de se taire, mais elle a une fois encore brisé un tabou sans le savoir. La candidate déclarée au poste de premier secrétaire du Parti socialiste, qui se pose en principale opposante du chef de l’État, s’est démarquée jeudi du climat d’union nationale autour de cette affaire. En réalité, si l’un des engagements pris par le tout nouveau président de la République il y a plus d’un an à peine, a été tenu, tout comme l’élargissement des infirmières bulgares le 24 juillet 2007 qui a lui aussi prêté le flanc à la polémique, le retour de la candidate aux élections présidentielles en Colombie de 2002 parmi les siens, mais en France, risque fort de se retourner contre Nicolas Sarkozy, pourtant l’un des plus fervents promoteurs de sa libération.
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Échaudé par le fiasco en juillet 2003 de la tentative d’exfiltration de l’otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) montée par Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, son rival place Beauvau décide de prendre les choses en main et rassemble autour de lui quelques fonctionnaires acquis à ses vues pour mettre en œuvre une cellule de réflexion pour faciliter la libération d’ingrid Betancourt grâce aux moyens de la diplomatie secrète. Sa volonté d’aboutir dans le dossier n’est donc pas récente, et la France n’a pas cessé de privilégier la recherche d’une solution politique en jouant, depuis un an, la carte du président vénézuélien, Hugo Chavez, dont la proximité idéologique avec la guérilla des FARC est notoire. Paris soutient que cette option a été validée par le président colombien lui-même lorsqu’en août 2007, il a invité Hugo Chavez à entreprendre une médiation pour conclure un accord humanitaire.
Aujourd’hui, les diplomates français considèrent que cela a été payant avec l’obtention de preuves de vie en novembre 2007, les premières depuis 2003, et la libération de six otages, 2 en janvier et 4 en février 2008. Il n’y aurait pas eu de libération hier soir s’il n’y avait pas eu ce qui a été fait ces dernières années, assurait, jeudi, un diplomate français. Ce qui a été fait au cours des dernières années renvoie à une pression insistante de la France auprès de Bogota. Paris souligne que la recherche d’une solution négociée s’est effectuée, ces derniers mois, sans pour autant mettre sur le même plan les FARC et le gouvernement du chef de l’État colombien, Alvaro Uribe. Cette position française avait d’ailleurs provoqué une vive crispation dans les relations entre Paris et Bogota à l’automne 2005.
Or, le soir même de sa libération par l’armée colombienne, après Dieu, Ingrid Betancourt remercie la Colombie et son président, Alvaro Uribe. C’est un très bon président, déclare-t-elle sous le regard effaré de sa mère, Yolanda, qui ne porte pas dans son cœur ce chef d’État. Ingrid insiste. Elle veut saluer l’action des militaires qui l’ont délivrée, sur ordre de la présidence colombienne, et donner raison à Uribe, à sa stratégie que sa famille et ses comités de soutien dénonçaient, la jugeant trop dangereuse. Ingrid Betancourt fait presque allégeance à ce président contre qui elle s’est présentée en 2002, mais que personne dans son pays ne peut aujourd’hui défier.
la stratégie militaire d’Alvaro Uribe
Paris reconnaît que la situation s’est considérablement modifiée en faveur des autorités colombiennes sur le plan militaire au cours des derniers mois. C’est cela dont témoignent l’élimination de responsables importants de l’organisation et le succès de l’opération de mercredi. Pour Paris, la question des otages demeure entière. Il en reste 24, 3 civils et 21 policiers et militaires, considérés par les FARC comme échangeables contre leurs partisans détenus dans les geôles colombiennes. Nous aurons à essayer de redistribuer dans les prochains jours la dynamique qui a été créée, dit-on à Paris. Cela étant, avec la libération d’Ingrid Betancourt, il est certain que le prisme français n’est plus d’actualité, comme le formule un diplomate.
Cette position antérieure explique, entre autres choses, le voyage du ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, en Colombie à la fin du mois d’avril, après l’exécution du numéro deux de la guérilla des FARC, Raul Reyes, en territoire équatorien, le 1er mars. Le président colombien, Alvaro Uribe, avait alors expliqué au ministre français qu’il envisageait toutes les options, dont la militaire. Il avait même détaillé, en particulier et avec un grand luxe de détails, au ministre français sa préférence pour celle de l’encerclement humanitaire, c’est-à-dire un mouvement habile de troupes consistant, après une localisation de la cible, les otages et leurs geôliers, à la fixer, la circonscrire, étudier les options et attendre le moment opportun pour une intervention. C’est ce scénario préparé depuis plusieurs mois qui a été appliqué avec succès, mercredi.

Dans une interview parue samedi dans Le Figaro Magazine, le colonel Gomez, l’un des principaux organisateurs de ces libérations, précise que l’armée colombienne avait localisé les otages depuis environ 4 mois. Nous disposions de renseignements techniques et aussi d’informations obtenues par des "infiltrés". Environ 200 soldats étaient impliqués dans cette phase, et certains ont pu s’approcher très près de la zone où se trouvaient les otages sans être repérés. Début mai, des soldats ont même vu deux des otages américains, et deux des Colombiens qui se lavaient dans la rivière, mais on n’a pas voulu tenter une libération pour ne pas mettre en danger la vie des autres.
L’objectif du président Uribe est de faire libérer les otages les plus importants, au premier rang desquels Ingrid Betancourt et les trois Américains. Mais ils sont divisés en trois groupes, détenus en des lieux différents. Profitant de la décapitation de l’organisation après les décès du n°2 Raul Reyes et du chef historique Manuel Marulanda, grâce à l’agent infiltré au sein du secrétariat, l’armée réussit à faire croire aux Farc que leur nouveau chef, Alfonso Cano, a ordonné le regroupement des otages et leur transfert en un nouveau lieu, en vue d’un éventuel échange de prisonnier. Selon le colonel Gomez, les agents parviennent même à faire circuler cet ordre fictif sur les ondes radio de la guérilla.
D’abord, l’opération ne serait pas 100% colombienne, comme l’avait affirmé le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santo, juste après la fin de la mission. Bogota a bel et bien bénéficié d’aides extérieures. En premier lieu, une aide des États-Unis. Très diplomatiquement, la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino, a assuré que la Colombie n’avait pas eu besoin du feu vert de l’Administration américaine. Mais elle a aussitôt rappelé que ça faisait longtemps que l’opération de sauvetage était en préparation, ça fait longtemps que nous travaillons avec les Colombiens. Elle a aussi indiqué que Washington avait fourni du renseignement et du soutien technique. L’ambassadeur américain à Bogota, William Brownfield, l’a confirmé.
Israël a du jouer aussi un rôle important. La radio militaire affirme que deux conseillers militaires ont participé à l’opération. Et le quotidien Haaretz rappelle que deux officiers supérieurs, depuis peu à la retraite, Israël Ziv et Yossi Kuperwasser, dirigent à Bogota une société de conseil en sécurité, qui emploie des dizaines d’anciens membres d’unités d’élite ou des services secrets israéliens. Cette société, Global CST, a décroché un contrat de 10 millions de dollars en Colombie, après un feu vert du ministère de la Défense, pour aider les forces spéciales dans leur lutte contre les Farc.
Selon la Radio suisse romande, des dirigeants de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie auraient touché 20 millions de dollars pour la libération de 15 otages, dont Ingrid Betancourt, et l’opération de l’armée n’aurait été qu’une mise en scène. La France a affirmé aujourd’hui n’avoir versé aucune rançon à la guérilla des FARC pour la libération d’Ingrid Betancourt, libérée mercredi au cours d’une opération de l’armée colombienne. La réponse est très simple : non, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Eric Chevallier, interrogé pour savoir si Paris avait versé de l’argent à la guérilla colombienne. N’ayant pas été associés à cette opération, nous n’avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant ait qu’il y ait eu des modalités de financement, a-t-il ajouté au cours d’un point de presse.
Le webzine d’Ewy Plenel parle d’un véritable conte de fées, prenant parfois les allures d’une bluette de série B, sous la signature de Claude-Marie Vadrot. Ce dernier affirme que le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d’armes, ce qui n’est qu’une reddition d’un groupe des FARC. Selon lui, les guérilleros qui avaient la garde des otages libérés étaient prêts à les relâcher en échange de l’immunité et d’une récompense. Et de conclure : il n’y a eu, en dépit de la version officielle, aucune infiltration des services spéciaux militaires. Simplement, avec l’aide logistique américaine, et notamment le support de drones, le groupe a été suivi jour après jour pendant que se préparait par radio, et par l’intermédiaire d’un émissaire, le scénario de reddition.

Quoi qu’il en soit, les guérilleros n’avaient pas les moyens de vérifier les informations données car ils savent bien que toutes leurs communications radio sont écoutées par les renseignements colombiens, affirme Eduardo Mackenzie, journaliste colombien en poste à Paris. Des avions militaires surveillent leurs territoires et enregistrent leurs conversations. C’est ainsi que Raul Reyes, ancien n°2 des FARC, a été tué, après une conversation avec un responsable du gouvernement vénézuélien, qui avait permis aux militaires et à la police de localiser très précisément où il se trouvait. Depuis, tous les membres des FARC ont peur de se faire capturer ainsi et font appel à des messagers qui se déplacent à pied. C’est pour cela que chaque décision importante des FARC prend des jours et des semaines à se concrétiser.
Pour Guillaume Belan, journaliste à TTU, une lettre spécialisée sur les questions de Défense cité par Libération, c’est une tendance illustrée par la réélection d’Alvaro Uribe : c’est la meilleure illustration de la réussite de sa politique. Il y a aussi la manifestation de la population colombienne contre les Farc début février, lors de laquelle 2 millions de Colombiens sétaient donné rendez-vous dans les rues pour afficher leur opposition aux FARC. Tout cela ne se serait pas passé sous l’ère Pastrana, les gens avaient peur et se cachaient. On assiste clairement à un inversement de tendance.
L’armée colombienne est très puissante, il ne faut jamais oublier que la Colombie est un pays en guerre intérieure. Politiquement, Alvaro Uribe a énormément misé sur l’armée et sur la sécurité du pays. Actuellement, l’armée colombienne compte 400.000 hommes, dont 100.000 policiers gérés par le ministre de la Défense, pour une population globale de 45 millions d’habitants. Le but du président colombien est d’augmenter les effectifs militaires de 30% par rapport à 2002, quand il est arrivé au pouvoir à Bogota. Tout ceci prend sa source dans le cadre de sa politique de sécurité démocratique, qui a à la fois un aspect civil de développement des politiques publiques et de présence de l’État dans les zones autrefois abandonnées, celles où règnent les FARC.
Les FARC sont un mouvement fermé et très difficile à pénétrer. Et, qui plus est, Ingrid Betancourt était leur otage le plus précieux. Ils ont donc perdu très gros avec sa libération. Le soir même de l’opération, elles ont publié un communiqué par l’Agence Bolivarienne de Presse, révélant l’inquiétude des familles de leurs membres incarcérés dans les prisons colombiennes. Elles mettent l’accent le lendemain sur le voyage en Colombie de l’agent français Noël Saez et de l’émissaire suisse Jean-Pierre Gontard en vue de négocier une libération d’Ingrid Betancourt et de 40 otages avec le Secrétariat des FARC contre celle de 500 guérilleros. Les 2 hommes se seraient d’ailleurs réunis dimanche ou lundi avec un proche d’Alfonso Cano, leur n°1, dans la jungle colombienne. La guérilla présente le subterfuge de l’armée colombienne comme une trahison et un mauvais tour joué par ses chefs aux diplomates européens.
La roue a tourné pour l’égérie du martyre colombien. La Colombie reste un pays très dangereux : il y a des quartiers de certaines villes où l’on peut pas se rendre. L’État a visé les FARC. Il y existe aussi d’autres menaces, à commencer par les groupes de narcotrafiquants. Ces bandes criminelles sans idéologie ne visent pas à renverser le régime et montent en puissance dans le pays. Il s’agit d’anciens groupes armés dont le seul but est de faire de l’argent. Il y a aussi l’ELN, un mouvement politique armé d’inspiration cubaine. En 10 ans, les FARC sont passées de 20.000 à 10.000 individus. Et elles ont perdu beaucoup d’hommes et beaucoup de fronts. Tout juste libérée, Ingrid Betancourt a surpris par sa verve et son engagement toujours intacts. Le public, en empathie avec son héroïne, gagné par l’émotion, l’imagine, à tort, improvisée. Il découvre une combattante politique reprenant, avec une détermination qui semble renforcée par l’épreuve, là où elle avait été contrainte de l’abandonner, dans la jungle, le chemin de sa campagne présidentielle de 2002.
Ses condisciples de Sciences-Po se souviennent qu’à 18 ans, elle était habitée par le rêve de devenir présidente de la Colombie. Comment aurait-il pu la quitter dans la jungle, alors qu’elle s’efforçait de se construire un avenir pour survivre ? John Pinchao, qui a partagé sa détention avant de s’échapper, a raconté qu’Ingrid Betancourt lui avait dit vouloir être présidente. Qu’elle s’y préparait. Elle aurait ainsi, selon ce témoignage rapporté par l’hebdomadaire Semana, élaboré un programme en 190 points : une éducation gratuite, un train à grande vitesse, un métro à Bogota, un foyer de développement pour les 3 millions de personnes qui ont dû fuir les combats entre les guérillas et l’armée, la transformation de Ciutad Bolivar en lieu touristique… Ingrid Betancourt a occupé son esprit. Elle s’est forgé un destin.
En 2 jours et consciente de la popularité du président Alvaro Uribe, qui s’apprête a rechercher les moyens constitutionnels pour effectuer un 3ème mandat avec le soutien de près de 80% du corps électoral, l’ex-candidate aux élections présidentielles de Colombie en 2002 a pris le chemin de l’Europe. Reçue vendredi avec tous les honneurs par Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner à l’aéroport de Villacoublay, elle est attendue par la foule de ses supporters parisiens et Bertrand Delanoë sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.
Ingrid Betancourt avait la veille clamé son amour pour le pays qu’elle a appelé sa douce France et son impatience à revenir au plus vite dans le pays où elle a passé une grande partie de sa vie et qui s’est beaucoup mobilisé pour sa libération. Née en Colombie, elle est arrivée à Paris lorsque son père Gabriel, ancien ministre colombien de l’Éducation, a rejoint l’UNESCO. Elle y a passé une partie de son enfance et y a fait des études, à l’Institut des Sciences politiques. C’est là qu’elle a rencontré son premier mari, le futur diplomate Fabrice Delloye, avec qui elle a eu deux enfants, Mélanie et Lorenzo. Paris est aussi le domicile de sa soeur Astrid et de ses deux enfants, qui ont rejoint leur père après des menaces de morts reçues quand, sénatrice colombienne, Ingrid Betancourt faisait campagne contre la corruption et les guérillas. Ingrid Betancourt a répété que son cœur était partagé, étant colombienne, mais aussi française. Elle a également émis le souhait d’être enterrée en France. Ingrid Betancourt a décidé de manquer une manifestation prévue en Colombie demain pour revenir le plus rapidement possible en France, suivant son rêve et son besoin d’exprimer sa gratitude envers les Français qui se sont mobilisés pour obtenir sa libération ainsi que celle des quelque 700 autres otages.

Les proches d’Alan Jara, ancien gouverneur colombien détenu en otage par les FARC depuis 2001, se sont réjouis de sa libération, mais espèrent que tout sera fait pour celle des nombreux autres captifs de la guérilla. Nous avons appris la nouvelle avec une immense joie mais nous n’avons pu la savourer totalement quand Alan, ainsi que des policiers et des soldats continuent de souffrir dans la jungle, a déclaré jeudi l’épouse de l’ex-gouverneur de la Meta.
Le fils d’Ismael Marquez, un avocat de 33 ans, est détenu par les FARC depuis 1999. Ils ne se sont parlés que deux fois au téléphone depuis son enlèvement. La pression internationale est très importante. C’est un moment crucial pour toutes les familles d’otages en Colombie, cependant il me semble que, pour l’instant, ils oublient un peu qu’il n’y a pas que ces trois personnes qui sont détenues, se désole-t-il : le président Uribe dit qu’il y a 500 personnes en captivité, ce qui est ridicule. On ne connait pas le nombre exact de prisonniers, mais certains disent qu’il y en aurait 6.500. Je m’étonne que les pays d’Amérique latine n’aient pas un rôle plus déterminant dans cette crise. Pourquoi des pays comme l’Argentine, le Chili, le Brésil et Cuba ne s’engagent-ils pas plus ?
Les Colombiens sont las de cette longue partie de ping-pong entre Caracas et Bogota. Ces deux derniers mois ont renforcé la perception très largement négative qu’ont les Colombiens du président Hugo Chavez. En effet, malgré les récents débordements diplomatiques du président Uribe, sa popularité est très élevée, nombreux sont les citoyens qui croient en sa bonne volonté dans ce processus de négociation avec la guérilla. En revanche, le public colombien s’interroge toujours sur les motivations profondes du président vénézuélien. Sur le plan diplomatique, Hugo Chavez pourrait bien profiter de cette occasion pour isoler encore un peu plus le président colombien, dans un contexte sud-américain largement orienté à gauche. Il est clair que la Colombie s’est réjouie de retrouver le petit Emmanuel, fils de Clara Rojas né en captivité, qui est devenu le symbole de la protestation populaire contre les FARC. Elle se souvient aussi des échecs des précédents gouvernements et les gens restent sceptiques vis-à-vis de ces négociations.
Ingrid Betancourt, en revanche, est à l’aube d’une vie nouvelle. On ne s’étonne donc pas de l’annonce faite ce vendredi par le Vatican : sa sainteté le Pape Benoît XVI recevra l’otage libérée. On ignore actuellement le jour précis, mais on sait déjà que leur rencontre aura lieu la semaine prochaine. Une divine nouvelle que cette fervente catholique a appris de la bouche de sa sœur Astrid. Une fierté pour Yolanda, leur mère, qui avait été reçue par le souverain Pontife en février 2007.
Enfin, la candidate écologiste aux élections présidentielles colombiennes en 2002 a été en son absence élue présidente d’honneur des Verts au niveau mondial au mois de mai dernier. La passion politique et le souhait d’œuvrer pour le bien commun ne l’ont pas quittée. Il est à l’heure actuelle envisageable de la voir enfourcher un nouveau cheval de bataille avec ses amis écologistes, les mouvements pacifistes européens, le mouvement Vert européen, sont depuis des années, les opposants les plus résolus à la solution militaire et au Plan Colombie d’inspiration nord-américaine. Leur mobilisation a amené la France, la majorité des pays européens, l’Union européenne elle même, à refuser de participer à ce plan et à lui opposer un projet de pacification de la Colombie fondée sur l’aide à la résolution de ses problèmes sociaux. Dans l’avion qui l’amenait à Paris, Ingrid Betancourt a confié combien elle se sentait sensible au problème du rapt politique, au point d’envisager la création d’une organisation non gouvernementale…
D’autres voies peuvent également être envisagées. Ingrid Betancourt apparaît aujourd’hui la seule en France, après bien des souffrances endurées, à même de présenter une alternative à une idéologie libérale trop sûre d’elle et dominatrice, et aux forces progressistes en plein désarroi. Ségolène Royal aurait mieux fait de se taire au lieu d’utiliser le retour d’une rivale potentielle à son profit, à moins que son adversaire de toujours envisage de lui proposer dans les jardins de l’Élysée à la garden party du 14 juillet de remplacer un ministre des Affaires étrangères au bord du gouffre.
Elle est malade, et tous ses jours sont des sévices
Qu’on lui impose alors qu’on voit son teint cireux,
Elle est très faible, et ses regards sont langoureux,
Au fond, le rapt est-il l’enfant de tous les vices ?
On la fit libre un jour sans nom pour que tu visses
Comment en un instant tout le monde est heureux,
Que pour le cœur humain nos liens sont chaleureux,
Tu ne sais pas qu’en fait c’est un coup des services !
Tout futur paraît sombre au fond de ces forêts,
Quand plus tard, à l’orée, on ne voit plus ses rets,
La vie est bien plus belle et l’amour revient vite…
La vision se fait large et les remords qu’elle eut
S’en vont pour que la vie au même instant s’invite,
Quand sa bouche écarlate aux gens forme un salut.
