L’État voit des terroristes partout

L'État voit des terroristes partout

Le 13 juin dernier, la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice a envoyé une note ubuesque aux parquets. La parano s’installe et le flicage atteint des sommets avec la mise en place d’EDVIGE, un fichier de personnes « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». Un paquet de monde se retrouvera bientôt dans le collimateur... dès l’âge de 13 ans !

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Signée par Thierry Pocquet du Haut-Jussé, l’adjoint au directeur des Affaires criminelles et des Grâces, la note du 13 juin a pour objet la « multiplication d’actions violentes commises sur différents points du territoire national susceptibles d’être attribuées à la mouvance anarcho-autonome » (sic).

Selon la note, « ces derniers mois ont été marqués par une résurgence de faits en lien avec la mouvance anarcho-autonome ». Diable ! Pour appuyer ses dires, les services de l’État ont relevé des « inscriptions réalisées sur des bâtiments publics ». De vulgaires tags donc... La « mouvance » se serait également manifestée par la « commission d’actions violentes » au préjudice de l’État et de ses institutions. La section anti-terroriste du parquet du Tribunal de grande instance de Paris se serait ainsi saisie de procédures impliquant des membres de la « mouvance anarcho-autonome » en possession d’explosifs. Et rien dans les médias pourtant toujours avides de sensationnel ?

On continue. « D’autres faits, relatifs notamment à des jets d’engins incendiaires contre des bâtiments publics, se sont révélés présenter des liens étroits avec ce mouvement. C’est aussi à l’occasion de manifestations de soutien à des prisonniers ou d’étrangers en situation irrégulière que ses membres s’expriment, parfois avec violence. » Nous y sommes. On se souvient des propos fâcheux tenus récemment par Frédéric Lefebvre, le porte-parole de l’UMP, à l’encontre des militant-e-s du Réseau Éducations sans frontières (RESF) et des personnes qui osaient soutenir les familles de sans-papiers pourchassées. Pour l’UMP, les défenseurs des droits de l’Homme ne sont donc que des « provocateurs » et des « semeurs de désordre ». Tragique renversement de réalité.

Citant Shakespeare, dans Hamlet, « Il y a de la méthode dans leur folie », le syndicat de la Magistrature (SM) a protesté contre cette note délirante qui demande aux magistrats d’informer dans les plus brefs délais la section anti-terroriste du parquet de Paris. Ce qui déboucherait sur une extension quasi illimitée d’une législation d’exception. « Cette manière de procéder devrait ainsi permettre – au prétexte bien commode de lutte contre le terrorisme – de renforcer la répression à l’encontre des différents acteurs du mouvement social », déclare le SM. Bientôt suspectés d’appartenir à cette fantasmagorique nébuleuse « anarcho-autonome », les militant-e-s trop remuant-e-s peuvent s’attendre à bénéficier d’une cuisine judiciaire bien assaisonnée.

La mise en place d’un traitement automatisé de données à caractère personnel n’allège pas les craintes des citoyens normalement constitués. Nommé EDVIGE (Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale), le dispositif apparu dans le Journal officiel de la République française le 1er juillet donne des hauts de cœur. Il décrète la centralisation et l’analyse des informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical, économique, social ou religieux significatif. Ce qui représente pas mal de monde. Il est ensuite prévu de répertorier de la même façon les « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». On appréciera une nouvelle fois le terme « susceptible » qui autorise toutes les interprétations, y compris les plus fantaisistes.

« Mais c’est pas tout, mais c’est pas tout... », comme chantait Bourvil dans La Tactique du gendarme. Moins drôle que la chanson, le décret du 27 juin signé par François Fillon et Michèle Alliot-Marie permet aux services de police d’exécuter des enquêtes administratives pour déterminer si le comportement des personnes physiques ou morales concernées est compatible avec l’exercice de leurs fonctions... Pour quand des « Berufsverbote » à la française ?

Après un TGV de réformes anti-sociales sur les retraites, la protection sociale, le chômage..., l’État se dote d’un arsenal liberticide pour contrôler, dissuader et réprimer tout esprit de résistance populaire. La récente fusion des RG avec la DST promet de grands moments. Non content de ficher les adultes qui ne rentrent pas dans le moule, l’État n’hésite pas, en prime, à ficher les gamins dès l’âge de treize ans s’ils sont « susceptibles » de perturber l’ordre public. La Ligue des droits de l’Homme réagit vivement. « Il ne s’agit plus de ficher les auteurs d’infractions constatées, mais de cibler ceux que l’on étiquette d’avance comme de futurs délinquants hypothétiques », proteste la LDH. Le soupçon devient science exacte. Il suffira que des policiers considèrent comme potentiellement dangereux des enfants, vus comme de futurs délinquants présumés, pour qu’ils soient fichés. Gerbant.

« Défaites vos idées toutes faites sur l’anarchie » dit un autocollant qui fleurit encore parfois dans nos villes (pour combien de temps ?). Y’en a vraiment marre de la caricature de l’anar-poseur-de-bombes. Pour contrer les fantasmes et la propagande de certains, rappelons ce qu’Élisée Reclus (1830-1905), célèbre géographe libertaire, disait : « L’anarchie est plus haute expression de l’ordre. »

Alors, juste une question. Qui sont les vrais fauteurs de troubles, les vrais semeurs de désordre, dans le monde aujourd’hui ? Les anarchistes ou ceux qui, entre autres méfaits, mènent une guerre impitoyable contre les pauvres et ratiboisent la planète ?

le 03/07/2008
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5 Messages

  • 3 juillet 2008 21:02, par Philippe Gras

    À qui sert cette inflation de fichiers informatiques, à part à donner du boulot à des flics que la préfecture préfère garder au chaud dans ses murs plutôt qu’à envoyer prendre l’air au carrefour ? À part à se planter en connectant ou pas les fichiers les uns aux autres afin de laisser filer les auteurs des crimes les plus odieux, pourvu qu’on mette la pression sur les calligraphes muraux et les brûleurs de feux rouges ? Il existe un très bon fichier en France, très complet, il s’appelle l’État civil, et il ne sert à rien. La police française est vraiment nulle en ce qui concerne la répression !
  • 4 juillet 2008 10:58, par Nanar

    "Ils ont voté et puis après" chantait Léo. Mais oui. Ils ont voté Sarkozy. L’"après" est donc très logique ! De toute façon, le mouvement de fascisation larvée (mais si je pèse mes mots !)s’étend à toute l’Europe et blinde les mentalités. Big brother is watching you depuis déjà un certain temps. Il ne fait que s’étendre davantage... Parce que beaucoup de nos contemporains le veulent bien et c’et là tout le problème !
  • 4 juillet 2008 16:41, par Big Brother

    Rendez vous ! Vous êtes cernés !
  • 15 juillet 2008 20:21

    Les organisations et les personnes signataires de cet appel :
    - exigent le retrait du décret autorisant la mise en place du fichier EDVIGE qui institue un niveau de Surveillance des citoyens totalement disproportionné et incompatible avec une conception digne de ce nom de l’état de droit,
    - sollicitent le soutien et la signature de tous nos concitoyens et de toutes les organisations attachées aux libertés publiques, au respect de la vie privée et des droits de l’enfant,
    - s’engagent à se constituer, dès le mois de septembre 2008, sous forme de Collectif afin de prendre toute initiative utile visant à obtenir des pouvoirs publics qu’ils renoncent à la mise en place du fichier EDVIGE.
    Premiers signataires : AC !, ACRIJ, ACT UP-PARIS, ACTIF SANTÉ (Réseau national de séropositifs), ACTION CONSOMMATION, ACTU-GAY, ADES (Association démocratie ecologie solidarité), AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), AJGM (Association jeunes gays mediterranée), ALIFS, ALTERNATIVE COULEUR CITOYENNE, ALTERNATIVE LIBERTAIRE, AME (Association malienne des expulsés), APEX, ARCAT, ARIS - LYON, ASSOCIATION DAVID & JONATHAN (Mouvement chrétien d’homosexuels), Jean/Isabelle ASSOCIATION IMAGINE LA PAIX (Dontreix ( creuse )), ASSOCIATION LE REFUGE, ASSOCIATION POUR LOGER, ATF (Association des tunisiens en france), ATF HAUTE SAVOIE, ATF NORD, ATF VAR, ATTAC, ATTAC VAL D’OISE SUD-EST, AUTREMONDE, BOUCLE ROUGE, CABIRIA, CANAL MARCHES, CARGO (Cercle associatif rhonalpin gay omnisport), CEDETIM (Centre d’Études et d’initiatives de solidarité internationale), CENTR’EGAUX (Association des centristes gays lesbiennes et gay friendly), CENTRE DES CULTURES, CENTRE GAY ET LESBIEN DE NÎMES, CENTRE LESBIEN GAI BI ET TRANS PARIS IDF, CENTRE LGBT DE NANTES, CENTRE LGBT DE NANTES, CGT BANQUE DE FRANCE, CGT CAISSE D’ÉPARGNE BASSE-NORMANDI, CGT CELM (Cgt du centre d’essais des landes et méditerranée), CGT INSEE, CGT OSEO INNOVATION, CGT RESEDA (Aide a domicile), CHRYSALIDE (Aide aux personnes trans, association lyonnaise), CIF (Coordination interpride France), COLLECIF NATIONAL POUR LES DROITS DES FEMMES, COLLECTIF 76 DES SALARIÉS DU SECTEUR SOCIAL ET MÉDICO-SOCIAL (Collectif de travailleurs sociaux en lutte), COLLECTIF CGT CAISSES D’ÉPARGNE, Montpellier COLLECTIF CONTRE L’HOMOPHOBIE, COLLECTIF HOMOBOULOT, COLLECTIF JUSTICE ET LIBERTES (C/o unsa education strasbourg), COLLECTIF LBO, COLLECTIF LGBT DE FRANÇAIS DU MONDE-ADFE, COLLECTIF SDF ALSACE, COMIN-G (Association des personnels lgbt des ministères des finances), CONFÉDÉRATION CGT, CONFÉDÉRATION NATIONALE DU LOGEMENT, CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE, COORDINATION NATIONALE DES COLLECTIFS UNITAIRES POUR UNE ALTERNATIVE AU LIBÉRALISME, COULEURS GAIES (Centre lgbt de lorraine-nord), CRÉDIT FONCIER DE FRANCE (CFDT CFE-CGC CGT FO SUD), CREIS (Centre de coordination pour la recherche et l’enseignement en informatique et société), DAL (Fédération droit au logement), DÉGEL (Debout les etudiants gays et lesbiennes), DIEM (Droit et immigration Europe-Maghreb), ECOLE EMANCIPÉE, ÉCRANS MIXTES, ENERGAY, ENSEMBLE POUR UNE SANTÉ SOLIDAIRE, ESSF (Europe solidaire sans frontière ), EUROMARCHES, FCPE, FCPE DES PYRÉNÉES-ATLANTIQUES, FÉDÉRATION DES LANDES DU MRAP, FÉDÉRATION FINANCES CGT, FEMMES DE LA TERRE, FLAG ! (Policiers gays et lesbiens), FO CAISSES D’ÉPARGNE, FONDATION COPERNIC, FORUM GAI ET LESBIEN DE LYON, FSU (Fédération syndicale et unitaire), FSU 66, GARE ! (Association des employés lesbiennes gay bi et trans du groupe SNCF), GAUCHE ALTERNATIVE 67, GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), GROUPE SOS, HES (Homosexualités et socialisme), IDEAL, IDEAL 92, INITIATIVES DIONYSIENNES, IPAM (Initiatives pour un autre monde), IRIS (Imaginons un réseau internet solidaire ), JE2000 (Jeunes espoir 2000), JEUNES RADICAUX DE GAUCHE, L’AUTRE CERCLE ILE DE FRANCE, L’AUTRE CERCLE NATIONAL, L’INTER-LGBT (Inter-associative lesbienne gaie bi et trans), LA LESBIAN ET GAY PRIDE DE MARSEILLE, LA NEF DES FIERTÉS (Association du personnel lgbt de la ville de paris et leurs ami(e)s), LCR, LDH (Ligue des droits de l’homme), LES "OUBLIÉ(E)S" DE LA MÉMOIRE (Association civile homosexuelle du devoir de mémoire), LES ALTERNATIFS, LES PANTHÈRES ROSES, LES VERTS, LESBIAN AND GAY PRIDE LYON, LESBIEN ET GAY PRIDE LILLE, LGP RÉGION CENTRE, LIGUE ODEBI, Jeunes gais et lesbiennes MOOVE ! (Lyon), MOUVEMENT ENSEMBLE POUR UNE SANTÉ SOLIDAIRE, MRAP, PCF, R@S (Réseau associatif et syndical), RAIDH (Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme), RAISONS D’AGIR (ASSOCIATION), RANDO’S ÎLE DE FRANCE, RAS L’FRONT 21, REIMS LIBERTÉ GAIE, RÉSEAU D’ALERTE SUR LES INÉGALITÉS, RÉSEAU NO-VOX, REVUE MOUVEMENTS, SDEN CGT 77 (Personnels d’éducation, de direction et d’enseignement de l’éducation nationale), SNABF SOLIDAIRES (Banque de France), SNCS-FSU (Syndicat national des chercheurs scientifiques), SNEP-FSU (Syndicat national de l’éducation physique), SNES-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré), SNESUP-FSU, SNMPMI (Syndicat national des médecins de PMI), SNUASFP/FSU (Syndicat national unitaire des assistants sociaux de la fonction publique de la FSU), SNUI (Syndicat national unifié des Impôts), SNUP-FSU CAISSE DES DÉPÔTS, SNUPDEN-FSU (Syndicat national unitaire des personnels de direction de l’éducation nationale - FSU), SNUTEF FSU, SOLIDAIRES DOUANES, SUD EDUCATION, SUD PTT, SUD-SOLIDAIRES PROTECTION SOCIALE BASSE NORMANDIE, SUP-EQUIP-FSU (Syndicat FSU de l’ex-ministère de l’Equipement), SYNDICAT CGT DE L’ÉTABLISSEMENT PUBLIC CAISSE DES DÉPÔTS, SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE, SYNDICAT FO BANQUE DE FRANCE, TAPAGES (Transpédégouines de Strasbourg), TJENBÉ RÈD ! (Mouvement civique pour l’action & la réflexion sur les questions noires, métisses & lgbt en France ultramarine & hexagonale), UNALS (Union des associations de lutte contre le sida), UNION DES SYNDICATS CGT DU GROUPE CAISSE DES DÉPÔTS, UNION SYNDICALE DE LA PSYCHIATRIE, UNION SYNDICALE SOLIDAIRES...
    Pour signer cette pétition
    Pour plus d’informations
  • 18 juillet 2008 21:14

    Communiqué du Collectif Non à EDVIGE
    Paris le 17 juillet 2008
    Le 16 juillet, 33 organisations du Collectif Non à EDVIGE se sont réunies pour dénoncer le décret du 27 juin 2008 créant le fichier EDVIGE (Exploitation Documentaire et Valorisation de l’Information Genérale) et ses attaques contre les droits et les libertés publiques (fichage des militants) et individuelles, contre les droits des enfants (fichage des mineurs), contre le respect de la vie privée (vie sexuelle, état de santé, comportements...), et pour organiser la riposte.
    A ce jour, près de 20 000 personnes et près de 200 organisations ont signé l’Appel en ligne « Pour obtenir l’abandon du fichier EDVIGE » http://nonaedvige.ras.eu.org , manifestant une inquiétude évidente des citoyens face aux atteintes à la vie de notre démocratie contenues dans ce fichier.
    Les organisations réunies dans ce collectif vont poursuivre et étendre les actions déjà en cours, qu’il s’agisse notamment de la signature de la pétition en ligne ou du recours contre le décret.
    Elles donnent rendez-vous à la presse début septembre pour dévoiler les actions qui seront proposées à l’ensemble des citoyens dans le but de porter le coup de grâce à ce fichier scélérat.
    Contact : contact@nonaedvige.ras.eu.org