Il faut sauver Marina Petrella

Il faut sauver Marina Petrella

Plongée dans un état dépressif gravissime, Marina Petrella est menacée d’extradition vers l’Italie pour des faits liés aux années de plomb. Ne laissons pas faire et exigeons le respect de la parole donnée.

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Ancienne brigadiste, Marina Petrella vit en France depuis 1993. L’État français connaissait parfaitement son histoire et l’avait laissée s’installer sans rechigner. Une attitude qui s’inscrivait dans l’esprit de la politique d’accueil des réfugiés italiens mise en œuvre par François Mitterrand au début des années 80. C’était la fameuse « parole donnée »...

Ayant franchement tourné la page des années de plomb italiennes, vivant en pleine lumière, Marina Petrella a pu passer des diplômes grâce au titre de séjour délivré par l’Etat français. Elle est devenue travailleuse sociale dans un centre social d’Epinay-sur-Seine, au CCAS de Saint-Leu-la-Forêt puis dans une agence immobilière à caractère social.

Le 21 août 2007, tout a basculé dans la vie de Marina pendant qu’elle faisait de banales démarches administratives au commissariat d’Argenteuil, ville où elle habite. Sans crier gare, c’est l’arrestation arbitraire et absurde. Arrachée aux siens (elle a deux filles dont une, née en France, est âgée de 10 ans), à ses ami-e-s, à son travail, Marina a été incarcérée à la maison d’arrêt de Fresnes pour des raisons abjectes. Après quinze ans d’asile politique, la France a choisi de foudroyer la vie d’une famille pour flatter le délire sécuritaire italien, pour participer à la tragique mascarade anti-terroriste du nauséabond Berlusconi.

L’aberration de cette situation inhumaine a fait vaciller l’intégrité physique et psychologique de Marina, âgée aujourd’hui de 53 ans. Le 11 avril 2008, elle avait été placée pendant sept semaines à l’hôpital psychiatrique Paul-Guiraud de Villejuif suite à une sévère dépression nerveuse. Compte tenu de son état, elle a de nouveau été conduite dans cet hôpital le 12 juin. Désespérée, elle ne s’alimente plus normalement, renonce aux visites de ses proches. Les médecins experts parlent d’un « état dépressif gravissime » et de « crise suicidaire franche et inquiétante ». L’état de Marina est donc totalement incompatible avec son maintien en détention.

Quelques jours plus tôt, le 9 juin, sur la base de faits vieux de plus de vingt-cinq ans, François Fillon a donné son feu vert pour l’extradition. Marina risque la prison à perpétuité en Italie. Des précédents fâcheux peuvent faire craindre le pire. En 2002, Paolo Persichetti a été extradé. En 2004, Cesare Battisti l’aurait été s’il n’avait pas mis les voiles. L’auteur de romans policiers n’est pas pour autant sorti des griffes de Sarkozy. L’ex-ministre de l’Intérieur devenu par la suite président de la République l’a fait coincer à Rio de Janeiro en mars 2007. Depuis, Battisti croupit dans une cellule brésilienne en espérant que le camarade Lula le sortira de là.

« Consentir à la livraison de Marina Petrella à Berlusconi (et, après elle, combien d’autres sont sur la liste que réclame Rome ?), c’est renoncer encore un peu plus, prévient l’écrivain Jacques Vallet dans Le Monde libertaire du 19 juin 2008. Derrière ce monstrueux marchandage et le drame humain qu’il représente, on voit l’engrenage de « l’inexplicable cauchemar » dont parlait Battisti. Derrière ce scandale se profilent tous les coups bas qui se préparent contre nos vies. Fermer les yeux serait renforcer la démission commune et la démission de chaque individu devant l’entreprise de démolition sociale du sarkozysme. »

Des collectifs de soutien demandent l’abrogation du décret d’extradition et l’application immédiate de la clause humanitaire prévue dans les textes régissant l’extradition depuis 1957. Des personnalités aussi diverses que Jean-Jacques de Félice, Stéphane Hessel, Albert Jacquard, Jean Lacouture, Edgar Morin, Patrick Braouezec, Michel Tubiana, Nicole Borvo, Clémentine Autain, Noël Mamère, Fred Vargas, Dominique Voynet, Danielle Mitterrand..., des responsables religieux, des mouvements féministes, le syndicat de la magistrature, la CIMADE, la Ligue des droits de l’Homme, des militant-e-s de tous horizons syndicaux et politiques, les familles des réfugié-e-s politiques italiens et des milliers de citoyens réclament la libération de Marina et le respect de la « parole donnée » par la France.

Un rassemblement de soutien à Marina Petrella se tiendra le jeudi 26 Juin, à 18h30, devant le square Boucicaut (métro Sèvres-Babylone. Paris 17ème).

Les collectifs parisiens se réunissent tous les mardis, à 18h30, à la FASTI, 58 rue des Amandiers (métro Père-Lachaise).

Plus d’informations et une pétition se trouvent sur le site des collectifs de solidarité avec Marina Petrella

Pour recevoir des infos directement chez vous, envoyez un mail à paroledonnee@no-log.org

le 24/06/2008
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17 Messages

  • 24 juin 2008 22:17, par Antoine CIBIRSKI

    Quelques question simples :
    - la justice italienne est moins indépendante que la nôtre ?
    - la démocratie italienne est moins affirmée que la nôtre ?
    - qu’en pensent les démocrates italiens ?
    - que signifie cette condescendance vis-à-vis de nos voisins du sud, qui ont pourtant, eux , fait une opération "mains propres" ?
    - avez-vous lu Martinet, qui avait écrit des choses très sensées sur le sujet ?
    - si madame Petrella n’a rien à se reprocher, pourquoi cet émoi ?
    - pourquoi l’extrême-gauche radicale et violente serait-elle irresponsable pénalement ?
    - que pensez-vous des victimes innocentes des terroristes brigadistes ? ont-elles, elles, la possibilité d’être plongées dans un état dépressif grave après des années d’impunité ?
    - pleurez-vous également sur leurs filles, qui, elles, sont orphelines ?
    - qui "tourne la page", le bourreau ou la justice ?
    - pourquoi y aurait-il prescription pour des crimes terroristes d’extrême gauche et pourquoi pas, ce que je ne souhaite pas non plus, pour des terroristes djihadistes ou des nazis ?
    - quelle "parole donnée" et par qui ?
    - quelle version d ’un président florentin maintenant disparu et ne pouvant donc témoigner ( il y en a au moins 2 : crimes de sang et non crimes de sang) ?
    - en démocratie, avec séparation des pouvoirs, est-il normal qu’un président se prononce au nom de l’autorité judiciaire, pour autant qu’il l’ai fait, et dans ce cas, certainement pas au nom de la France ?
    Dernière question, la plus difficile et dont je crains de connaître la réponse :
    - puis-je escompter des réponses argumentées (juridiquement, politiquement...), claires, précises, sans logomachie ni invectives à ces questions simples ?
    Sincèrement et farouchement anti-totalitaire
    Antoine Cibirski
    • Il faut sauver Marina Petrella 25 juin 2008 18:58

      Excellentes questions !!!
      Qui méritent les excellentes réponses qu’y a apporté Fred Vargas au sujet de "l’affaire Battisti" !
      Si l’accusation daignait en faire autant....
      Denis
    • Il faut sauver Marina Petrella 28 juin 2008 14:19

      Une litanie affligeante qu’on avait déjà pu lire et entendre, en Italie et en France, à propos de Battisti. C’est pitoyable d’en être encore là.
    • Il faut sauver Marina Petrella 28 juin 2008 14:51

      Réponse de Simon de Montfort exterminant les Cathares : "Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens !"
      C’est la réponse qui semblerait appelée par ces questions. L’humanité ne fait aucun progrès ?
      • Il faut sauver Marina Petrella 12 juillet 2008 21:49, par Antoine Cibirski

        C’était aussi la réponse des terroristes brigadistes quand ils assassinaient des innocents comme Aldo Moro. Qui était complice, déjà ?
        Si, l’humanité fait des progrès : contre les terroristes, d’extrême droite ou d’extrême gauche, soit disant repentis même si elles ne demandent pas pardon aux orphelines de leurs victimes, la société applique le droit et plus la loi du talion.
        Raffinement suprême : après l’argument fallacieux de la "parole donnée" (on oublie au passage l’exonération de cette "parole donnée" pour crimes de sang), la confusion opportuniste avec les FARC, le mélange des genres et les contradictions perpétuelles de mauvaise foi. De la casuistique sur Berlusconi, en oubliant que la justice italienne n’est pas suspecte d’être à la botte, au contraire.
        Je constate enfin que, à défaut d’une quelquonque réponse à mes questions, les invectives commencent. De façon prévisible.
        farouchement anti-sectaire et dogmatique
    • Il faut sauver Marina Petrella 8 juillet 2008 16:31

      "Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire et de se poser des questions sur la culpabilité de cette ancienne dirigeante des Brigades Rouges. Elle a été jugée. Point. Pas question non plus de se demander si cette mesure envers les ex-terroristes est bonne ou mauvaise. Elle a été prise. Point. (D’ailleurs, la France ne vient-elle pas de proposer l’asile aux membres des Farc ?) Le noeud du désespoir de Marina Petrella vient de là : de l’attitude schizophrénique d’un Etat qui reprend brusquement ce qu’il a donné. Aujourd’hui, c’est au nom du reniement d’un principe établi qu’il faut accepter ce que son avocate, Irène Terrel, demande. D’abord, que son incarcération soit interrompue le temps qu’elle puisse être soignée durablement. Et que, ensuite, la « clause humanitaire » soit appliquée, qui prévoit de rendre impossible une extradition pour des raisons d’âge ou de santé. Alors, on pourra engager un débat. Mais la survie d’une femme est plus urgente aujourd’hui."
      Anne-Françoise Colombani
      Edito du magazine Elle du 5 juillet 2008
  • 25 juin 2008 12:41, par Aldo

    Pendant ce temps, Berlusconi se refait une virginité judiciaire. La semaine dernière, il a fait adopter un amendement au Sénat pour suspendre 100 000 procès passibles de dix ans de prison. Dans le magma des procès suspendus, on découvre, comme par hasard, le sien... L’affaire remonte à 1997. Le chef du gouvernement italien est soupçonné d’avoir versé 600 000 dollars à David Mills, son avocat britannique, en échange de faux témoignages en sa faveur !
    La combine n’impressionne pas Nicoletta Gandus, la juge chargée de ce dossier. Elle entend bien poursuivre les auditions. Aux dernières nouvelles, Berlusconi a demandé qu’elle soit écartée de son affaire en expliquant que de mauvais juges ont infiltré les tribunaux pour pervertir la démocratie. Sans commentaire.
  • 27 juin 2008 13:26

    IMPORTANT : MARINA A ETE TRANSFEREE A FLEURY-MEROGIS.
    CONTRE L’EXTRADITION DE MARINA PETRELLA ET DES AUTRES REFUGIES ITALIENS, RASSEMBLEMENT LE JEUDI 3 JUILLET, à 18h30, Place du Palais Royal (métro Palais royal - Musée du Louvre).
  • 27 juin 2008 13:37

    La fille aînée de Marina s’esprime dans une vidéo que l’on peut voir sur Bellaciao.
  • 3 juillet 2008 14:43

    Sarkozy propose d’accueillir en France les membres des FARC qui déposeraient les armes. Il faudrait peut-être que Marina Petrella adhère aux FARC pour avoir un jour la paix...
  • 7 juillet 2008 13:33

    Comment raconter les luttes sociales des années 70 en Italie - y compris celles débouchant sur la lutte armée - face au déni de justice imposé par un « populisme pénal » devenu doctrine d’Etat ?
    Rencontre-débat le mercredi 9 juillet, de 14 à 18 heures, au C.I.C.P. - 21 ter rue Voltaire 75011 (métro Rue-des-Boulets).
    Avec la participation d’historiens, de philosophes, d’écrivains, de psychiatres, de juristes et de protagonistes des « années 68 » en Italie (Rossana Rossanda, Enzo Traverso, Sophie Wahnich, Isabelle Sommier, Erri De Luca...).
    Rencontres le samedi 12 juillet, de 13 heures à 18h30, salle des Fêtes de la mairie du 13ème (métro Place d’Italie).
    À 13h, conférence de presse organisée par Fernanda Marruchelli.
    À 13h45, « En grève de la vie… » levée d’écrou, question de vie et de mort avec Irène Terrel, Jean-Claude Polack.
    À 14h30, rappport sur le débat du 9 juillet.
    À 15h, débat avec Georges Labica, Franco Piperno, Daniel Bensaïd, Miguel Benassayag et (par vidéoconférence), Paolo Persichetti.
    À 17h, N’effacez pas nos traces par Dominique Grange, JournaLettreImaginaire par Oreste Scalzone.
    Rassemblement contre l’extradition de Marina Petrella et des autres réfugiés italiens le jeudi 10 juillet, à 18h30, parvis de beaubourg (centre Georges-Pompidou), métro Rambuteau.
  • 8 juillet 2008 14:06

    Marina Petrella va être extradée vers l’Italie. Sarkozy l’a confirmé lors d’une conférence de presse tenue au Japon dans le cadre du sommet du G8. Tout un symbole. En digne successeur de Ponce Pilate, Sarkozy a demandé au président du conseil italien, Sylvio Berlusconi donc, de solliciter une grâce auprès de Giorgio Napolitano, le président italien ! On peut légitimement craindre une issue horrible.
    Nicole Borvo, sénatrice PCF, a récemment rencontré Marina. Dans l’Humanité, elle explique que Marina est « dans un état psychique très préoccupant. Elle a des idées suicidaires. Elle ne supporte pas l’idée d’être extradée et incarcérée de nouveau et se culpabilise. Elle a le sentiment d’être un poids insupportable pour ses enfants. La seule issue pour elle serait de disparaître. Je l’avais rencontrée en décembre, juste après son incarcération, c’était une femme en pleine possession de ses moyens. Aujourd’hui, elle est méconnaissable, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle se laisse mourir. »
    Dans l’euphorie de la libération d’Ingrid Bétancourt, Sarkozy a annoncé qu’il est prêt à offrir l’asile aux membres des FARC qui renonceront à la violence. Une telle déclaration au moment où la France renie ses engagements vis-à-vis des Italiens donne le vertige.
    Ainsi, ce qui serait valable pour les FARC ne le serait pas pour les ex-Brigades Rouges ? Qui pourra encore croire en la parole de la France au moment même où Sarkozy piétine les promesses faites par Mitterrand ? Si vous croisez des gens des FARC, conseillez-leur d’aller se réfugier ailleurs... La France n’est pas un bon plan pour tirer un trait sur le passé.
    Une grève de la faim tournante en soutien à Marina Petrella vient de démarrer dans les locaux de la FASTI au 58 rue des Amandiers 75020 Paris (métro Père-Lachaise). Participez si possible à cette initiative pour sauver Marina.
  • 9 juillet 2008 18:44

    Que cette femme retourne dans son pays pour affronter la justice qui va la juger pour le meurtre qu’elle a commi.
  • 12 juillet 2008 14:52

    Tribune libre de Nicole Borvo Cohen-Seat (présidente du groupe communiste républicain et citoyen du Sénat) lue dans L’Humanité du vendredi 11 juillet 2008.
    Ne laissons pas faire !
    Marina Petrella, cinquante-quatre ans, deux filles âgées de vingt-quatre et dix ans, se laisse mourir en prison, parce que le gouvernement de la France a décidé son extradition vers l’Italie où elle est menacée d’être enfermée à vie.
    Oui, Marina Petrella a été condamnée pour acte de terrorisme.
    Oui, quand elle avait vingt-cinq ans, dans l’Italie des années de plomb, où une partie de la classe politique s’organisait dans la corruption et le soutien mafieux, elle a été de ces jeunes gens qui ont sombré dans la folie sans issue du terrorisme, qui ont perdu tous leurs repères, qui ont commis des crimes odieux. Oui, elle a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité en 1993 sous le coup « des lois spéciales », après avoir passé huit ans en détention provisoire et avoir été placée sous contrôle judiciaire en 1988. Entre-temps, la France avait décidé, par la voix de François Mitterrand, le 26 avril 1985, d’accorder l’asile aux Italiens qui avaient participé à l’action terroriste mais avaient rompu avec elle. Quelques hommes et femmes ont saisi cette main tendue qui leur permettait, hors de leur pays, de se réinsérer dans la communauté humaine. Marina Petrella est de ceux-là. Pendant dix-sept ans, entre 1985 et 2002, aucun gouvernement n’a jamais renié la parole donnée par la France, malgré les demandes d’extradition formulées par l’Italie.
    Marina Petrella a été arrêtée en août 2007, après Paolo Persichetti et Cesare Battisti. Depuis elle est incarcérée. Le premier ministre a signé son décret d’extradition. Cette décision entache gravement l’honneur de notre pays, les principes qui fondent la parole donnée par la France : – le principe de prescription qui veut qu’en toute matière le temps efface les peines encourues, comme il change les hommes et les femmes eux-mêmes. Qui oserait dire que Marina Petrella est aujourd’hui la jeune fille qui voulait prendre les armes il y a trente ans ? – le principe de réconciliation qui veut qu’en politique – hormis les crimes contre l’humanité – les crimes puissent être, non pas pardonnés, mais dépassés, que peut se reconstruire la communauté des hommes. La France a amnistié les factieux d’Algérie ; Nelson Mandela, les racistes de l’apartheid…
    La parole donnée par la France en 1985 nous honore. C’est celle des valeurs universelles des Lumières, celle de la dignité humaine. C’est au nom de ces valeurs que nous refusons les peines perpétuelles, parce que nous refusons l’idée que l’homme ne peut se racheter et se réhabiliter. Alors nos gouvernements livreraient à la prison à vie une femme de cinquante-quatre ans qui s’est réinsérée dans notre pays où elle vit et travaille depuis quinze ans, mère de deux enfants ? Cela au nom de petits arrangements entre régimes politiques momentanés, de lâches concessions à l’air du temps. Au nom du peuple français, ne laissons pas faire. Nous nous réjouissons tous qu’Ingrid Betancourt soit libre et nous avons bien entendu le président de la République proposer que la France accorde l’asile aux membres des FARC qui libéreraient des otages. Et dans le même temps, contre toute humanité, il livrerait Marina Petrella à la prison à vie en Italie ?
    Elle veut se laisser mourir. Si nous laissons faire, c’est le peuple de France qui reniera la parole donnée ; nous en serons responsables. Nous vous appelons solennellement à ne pas accepter cette humiliation, à nous retrouver ensemble pour sauver Marina Petrella. Nous ne voulons pas l’abaissement de la France. Nous ne voulons pas la mort de Marina Petrella en prison. Nous n’attendons pas que d’autres fassent oeuvre d’humanité à notre place. Nous voulons qu’il soit mis fin à sa détention, qu’elle soit soignée et qu’elle reste en France. Nous voulons que Marina Petrella soit libérée au nom des principes qu’un grand peuple comme le nôtre doit défendre.
    Au-delà de ce que peut faire l’Italie par rapport à son passé, au-delà des rapports européens, la France s’est engagée. C’est à la France à respecter son engagement.
  • 1er août 2008 16:38, par ignu icsografe

    cela fera bientôt un an que Marina Petrella est entrée dans ce temps singulier de l’entre-deux-morts, moderne Antigone face à Créon le mal-taillé, à qui la Grande Autre a pour un temps délégué la charge de mettre en discours ses décrets.
    et Créon a parlé de Marina.
    un ami m’a offert l’occasion de répondre à une question que je n’avais pas eu la présence d’esprit de me poser ! le cadeau consiste en ce qu’il m’est revenu de porter la forme inversée de cette question sous celle de sa réponse. mais c’est bien à lui que le mérite en revient, pour autant qu’il est vrai que c’est à partir de la certitude anticipée de la réponse ("encore dans les plis jaunes de la pensée") que les question véritables se posent.
    "pourquoi M. Nicolas Sarkozy, Président de la République française, a-t-il pris la parole lors du dernier G8, ce 8 juillet 2008, à Toyako, pour parler de Marina Petrella ?"
    "La France, conformément aux accords européens que nous avons signés (...) et conformément aux décisions de justice françaises (...) extradera Madame Petrella. [en passant : pourquoi ne trouve-t-on que cette version ainsi caviardée des propos tenus ?]
    Mais j’ai demandé au président du Conseil italien dans ce cas de solliciter du président italien sa grâce, compte tenu de l’ancienneté de la condamnation et compte tenu de la situation psychologique et de santé de Madame Petrella. Le président du Conseil m’a fait valoir qu’il partageait mon analyse et qu’il interviendrait auprès du président pour obtenir la grâce"
    pourquoi à ce moment, en ce lieu, sans que personne ne lui demande rien, parler de cette femme qui se meurt en prison (actuellement en hôpital) au cours de cette rencontre des chefs d’Etat les plus puissants parmi les domestiques de ce monde ? à qui s’adresse-t-il ? quel message émet-t-il ainsi ? et tout d’abord, qui est Marina Petrella pour ces gens là ?
    eh bien ! un domestique en réfère au domestique en chef, au majordome, au grand chambellan, à M. Georges Walker Bush. les Etats-Unis n’ont-t-il pas pris la part active que l’on sait dans l’agitation meurtrière de l’Italie des "années de plomb" ? quel meilleur signal leur envoyer que cette confirmation que tout se règle en bonne intelligence, entre deux pays européens aux ordres, sur le seul plan pénal ("conformément aux décision de justice françaises"), sans plus aucune référence politique, dans le déni de toute autorité légale de la parole donnée (l’anomalie des années Mitterrand est résorbée : d’où l’emploi de l’expression "doctrine Mitterrand" pour personnaliser la parole d’un Etat censé pourtant être souverain et légal, oubliant en passant que M. Jacques Chirac avait assuré la continuité de cet engagement) et ce, last not least, en toute bonne conscience ?
    ce que M. Nicolas Sarkozy a dit à la face du monde, c’est "nous avons gagné, tout est sous contrôle, la guerre est finie, plus aucune contestation sérieuse n’existe, mission accomplie, over".
    le fait même de le dire aussi ouvertement - les conditions de l’énonciation - signifie qu’il n’est plus temps de se cacher pour effectuer de sordides transactions entre états s’échangeant ressortissants espagnols, français, italiens, européens, magrébins, dans la discrétion de la honte. non, la situation est "normalisée", tout peut se faire au grand jour, "rien ne nous menace plus, aucune autorité n’est au-dessus de la vôtre, votre altesse. nous vous avons bien servie et sommes bien méritants à vos yeux de Méduse, le corps de Marina sacrifié en gage pour sceller notre neuve sainte allégeance pangermanique."
    la bonne conscience a toujours taraudé ceux que charles marx nomme les "échangistes", qui font travailler femmes et enfants pour leur épargner les dangers de la rue pour leur vertu, qui réclament leurs dividendes en compensation de leur abstinence et de leur haute moralité. rien n’a changé. le système vient seulement d’atteindre sa perfection : il est mondial et incontesté. leur surmoi est satisfait et leur laissel’âme en paix.
    alors que marx prophétisait le passage du droit dans les faits, la référence au droit est à présent périmée et l’économie en est faite par celles et ceux qui sont réputés nous diriger. ne restent que les contrats (dans leur acception surtout mafieuse, qui maintenant s’étend ouvertement à toutes les sphères de la gestion politique des corps).
    mais l’abjection dans l’assujettissement des individu-e-s ne supporte aucune limite.
    c’est ainsi que l’appel à "se repentir" craché tranquillement à la face de Marina Petrella par M. Sarkozy, à la faveur d’un contresens entre les usages italiens et français de ce terme, a ici, par-delà l’infamie des pratiques de délation qu’il couvre en Italie, une dimension littéralement inquisitoriale : il faut que la victime se soumette intégralement, au plus intime de son moi, à ses bourreaux : "oui, j’ai eu tort, il n’y a qu’une seule voie, qu’une seule vérité, la vôtre".
    les procès ne se font plus seulement à Moscou, derrière un seul mur, ni nos corps ne sont plus détruits seulement derrière les murs des camps. l’asservissement total et sans partage est en bonne voie.
    en 1936, le monde civilisé avait offert au fondateur du parti national socialiste des jeux, histoire de voir si son système était rentable et permettait la gestion spectaculaire de nos corps. finalement, le monde civilisé a jugé que l’affaire n’était pas rentable. aujourd’hui, c’est en Chine qu’un nouveau régime est mis à l’épreuve : "voyons voir si la zoociété que nous voulons industrialiser au niveau mondial tient ses promesses. voyons voir l’envahissant spectacle et détournons les yeux du sort et du corps de Marina !" qu’ils disent...
  • 12 octobre 2008 12:18

    Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a enfin renoncé à faire appliquer le décret autorisant l’extradition de Marina Petrella pour des « raisons humanitaires ».
    Souhaitons belle liberté et bon rétablissement à Marina et aux siens.
  • 13 octobre 2008 11:51

    Nous apprenons avec joie et soulagement la décision, annoncée par le Président de la République française, de renoncer à l’extradition de Marina Petrella en application de la clause humanitaire.
    Cette juste décision permettra à Marina de retrouver sa famille, se soigner et, nous l’espérons, reprendre le chemin d’une vie engagée en France depuis plus de 15 ans.
    Nous remercions toutes celles et ceux qui ont été avec nous depuis le mois d’août 2007, et qui ont permis ce dénouement de la raison et du coeur. Un grand merci aussi aux avocats de Marina, Mes Irène Terrel et Jean-Jacques de Felice (lequel n’est malheureusement plus avec nous), dont le dévouement et la ténacité ont été hors pair.
    Nous n’oublions pas la situation des autres réfugiés politiques italiens en France. Cet espoir d’une vie retrouvée pour Marina doit indiquer la voie d’une solution politique qui reconnaisse définitivement leur présence en France.
    Nous invitons toutes celles et ceux qui ont accompagné notre combat de nous retrouver pour un rassemblement de solidarité le 16 octobre prochain à Beaubourg.
    Collectif de soutien à Marina Petrella