CHRONIQUES D’UN GARDIEN DE PHARES par André Not
On le sait depuis Baudelaire, un phare c’est un grand écrivain. Un de ces incontournables dont le patronyme étiquette les avenues les plus glorieuses et les squares les plus feuillus. Un de ceux qu’on édite en Pléiade, qu’on ânonne dans les dictées d’écoles primaires et qu’il faut faire semblant d’avoir lu dès qu’on est député de la majorité. Les phares, pour qu’ils continuent à éclairer – après tout ils sont là pour ça – il faut les entretenir, les bichonner, leur polir la lanterne et leur graisser le mécanisme à grands coups de commentaires, de gloses, de dissertations, supputations ou annotations.
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C’est à cette condition qu’ils éclairent les navigations approximatives de nos « chères têtes blondes ». Le gardien de phare, c’est donc un prof. Il les entretient, les phares, il les garde, auxiliaire zélé de la pensée lumineuse. Et comme il lui reste malgré tout pas mal de temps libre puisqu’il est fonctionnaire, il lui arrive aussi de penser par lui-même. Avec nostalgie parfois, avec colère souvent, avec tendresse à tous les coups. Puis il colle tous ces bouts de pensée ensemble et il les flanque dans une bouteille à la mer. En profite qui voudra, mais je crois qu’il serait dommage de passer à côté du livre d’André Not, professeur et illuminé !
Le bougre est donc professeur : professeur de lettres à la faculté d’Aix-en-Provence, ce qui n’est pas rien et en impose à beaucoup, à commencer par le pauvre de moi. Ainsi toute sa vie André Not a enseigné les classiques à des élèves de collège, de lycée et de fac, avec l’humilité qui sied à ce sacerdoce et un pantalon en velours côtelé. Aujourd’hui que la craie a blanchi cette mèche folle qui témoigne de l’éternelle jeunesse de son esprit, le voilà qui se penche avec une légèreté qui n’est pas exempte de maturité, sur la responsabilité ou l’absence de responsabilités liées à son métier. En quelque sorte, l’auteur joue ici avec talent à être son propre psy. Ni autocritique, ni auto-flagorneur, mais en cherchant à comprendre et à expliquer, avec humour et une sorte de tendre nostalgie, à quoi ça sert tout ça…
Ce texte singulier est publié dans la collection overlittérature de l’Ecailler, dévolue à une littérature décalée et qu’on n’aurait peu de chance de pouvoir lire ailleurs : question de politique éditoriale ambiante, volontiers frileuse et généralement formatée, qui vise à vendre de l’opinion à la tonne. Mais l’idée, la pensée, sont un bien plus précieux que l’opinion, qui a pour point commun avec mon trou du cul que tout le monde en a une… Mais heureusement pour qui se donne la peine de fouiller plus avant les rayons des libraires, il existe encore de quoi lire et ce petit bouquin entre essai et roman en est l’illustration bienvenue. André Not deviendra-t-il à son tour un phare de la littérature ? Faut-il le lui souhaiter ? On notera que la préface est du toujours bouillonnant Gilles Ascaride, « le plus talentueux des Ascaride » selon son propre avis, qui fait autorité en la matière.
CHRONIQUES D’UN GARDIEN DE PHARES par André Not aux éditions L’Ecailler
Article publié en partenariat avec nos amis du Journal Marseille la Cité
