L’émotion est à son comble aux obsèques de Pascal Sevran
Le dernier hommage rendu au célèbre amateur de chansons françaises mardi matin dans l’église de son quartier de l’île Saint-Louis, bien que prévu dans l’intimité familiale mardi à 10 heures et demie, devrait tout de même attirer nombre de ses amis des arts et du spectacle, ainsi que de ses admirateurs. Nicolas Sarkozy, pour lequel il n’avait pas caché ses préférences lors de la campagne présidentielle, ne s’y associe cependant pas, pour des raisons protocolaires autant que politiques. Le président de la République effectue un déplacement en province le matin même, et reçoit l’après-midi le chef de l’État équatorien Rafael Correa. Il devrait se recueillir sur sa dépouille dès que ses obligations le lui permettront et surtout, lorsque la foule se sera dissipée.
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Cet événement est propre à nous rappeler que tous les hommes ne sont pas égaux, même devant la mort. Pascal Sevran, pseudonyme de Jean-Claude Jouhaud, fils d’un chauffeur de taxi et d’une couturière, avec pour tout bagage un brevet de garçon coiffeur, n’a pas bénéficié de l’ascenseur social et a su s’élever à force de ténacité. Tout est possible ? Le slogan de campagne du candidat victorieux à l’élection présidentielle n’était certes pas un vain mot dans les années ’60… La réussite sociale de l’auteur prolixe de livres et de chansons a paru l’autoriser à toutes les outrances, alors qu’il n’a simplement jamais cherché à ressembler au garçon sage ou au gendre idéal. Plusieurs polémiques ont fait les choux gras des gazettes tout au long de la carrière de Pascal Sevran et chacun se désole aujourd’hui de l’éclat contrasté qu’un personnage haut en couleurs est en train de jeter sur ses proches et ses amis.
Quel que soit la valeur que chacun accorde ou non à son talent et à son héritage, il n’est pas sot de s’attarder sur l’étrange hypocrisie dont les media ont fait montre alors que le célèbre animateur disparaissait des plateaux de télévision par la porte de derrière…
En septembre de l’année dernière, tout le monde se demandait pourquoi Pascal Sevran ne présenterait plus Chanter la Vie sur France2. Ses fans ne cachaient pas non plus leur déception. C’est alors qu’il révèle à RTL et VSD qu’il vient de passer plusieurs mois à lutter contre la maladie. Une maladie qu’il refuse de nommer mais que tous les Français connaissent et vivent, dit-il. S’il accepte alors de parler de son été noir, c’est pour témoigner et aussi pour rendre hommage aux infirmières de l’hôpital.
D’après le rédacteur en chef adjoint de l’hebdomadaire qui l’a rencontré, il ne reste de son opération à la gorge qu’une faiblesse de la voix. C’est pourquoi le présentateur de 62 ans ne peut plus travailler à la télévision pour l’instant. La polémique sur ses propos sur l’Afrique est donc loin d’avoir motivé la fin de son émission dominicale. D’ailleurs, France Télévision compte à ce moment-là employer de nouveau les compétences de Pascal Sevran qui serait attendu dès le mois de janvier 2008 pour une émission de portrait d’artistes croit-on.
Le cancer est de notoriété publique un mal dont il est difficile de se défaire. L’animateur de télévision Pascal Sevran n’a pas vaincu la maladie, et peut-être à cause d’une maladresse monumentale d’un directeur de station généralement bien informé, la France apprenait la nouvelle de sa mort dans la journée du vendredi 9 mai au journal télévisé de France2. De fait, la presse et les media reprennent avec un bel ensemble un communiqué de la famille sans apporter d’information originale : la famille de monsieur Pascal Sevran a la profonde douleur d’annoncer son décès, survenu le vendredi 9 mai 2008 à 10 heures à Limoges, des suites d’un cancer du poumon.
Immédiatement, la nouvelle fait le tour de France et sur la Toile, dans les blogs et les forums, les commentaires fusent pour mettre en doute l’absence d’information.
Pascal Sevran suivait depuis plus de 3 ans un traitement trithérapie très lourd contre le Sida. Il est mort et c’est regrettable, mais je ne comprends pas pourquoi la presse ou la famille est obligée de cacher la vérité. Comment parler de cette terrible maladie, si dès qu’un acteur connu en meurt, on cache la vérité. Le Sida tue toujours, peut-on lire !
Je polémique, tu polémiques…
Il est de bon ton depuis quelque temps de mettre l’accent sur la lutte contre telle ou telle affection particulièrement grave et douloureuse d’un point de vue individuel, mais aussi très coûteuse au niveau collectif. À vrai dire, l’enjeu de santé publique a toujours prévalu. Au plan contre la maladie d’Alzheimer et à la lutte contre le cancer ont précédé bien d’autres, qui ont permis notamment l’éradication de la tuberculose ou de la syphilis en France.
Toutefois, il demeure difficile de faire état de sa souffrance, comme s’il s’agissait d’un aveu de faiblesse. S’agissant du cancer, le mot fut longtemps tabou et les nécrologies emploient toujours fréquemment l’antonomase d’une longue maladie…
Il faut se souvenir que l’agonie muette de Georges Pompidou avait motivé son successeur à l’Élysée à rendre public son état de santé à date régulière, un vœu pieu qui est resté lettre morte, et même contrefait à l’envi par François Mitterrand dès le jour de son accession à la magistrature suprême. Le tabou atteignit son comble au moment où le docteur Gubler a fait paraître à titre posthume les carnets de santé d’un chef de l’État qui avait jugé plus sage de mentir à son peuple sur son propre état : le livre fut temporairement interdit !
Le cas n’est pas propre aux puissants ou aux personnages publics : combien de gens simples ont tu leur douleur à la médecine du travail pour conserver un emploi ? Il n’existe aucun chiffre à ce sujet, mais certains praticiens n’hésitent pas à dissuader les salariés qui les visitent à ne pas faire mention d’un mal handicapant.
Le poids des conventions sociales :
Devant la maladie comme devant la vie, le conformisme est de rigueur. Pascal Sevran ne s’en cachait pas, il aimait les enfants non pas en tant que progéniture mais comme objet de plaisir : le journaliste du Soir de Bruxelles a les yeux bleu pâle. Ça l’intéresse, ces petites affaires de Tunisiens. Il pense lui aussi, et cela l’amuse, qu’ils étaient très dégourdis les petits Tunisiens. Gide d’ailleurs s’en émerveillait, ne nous privant d’aucun détail dans son journal. Pourquoi devrais-je me scandaliser un siècle plus tard de ces jeux charmants de plaisirs partagés ? Son journal a fait polémique à la fin de l’été 2007, parce qu’il exhortait les Africains au malthusianisme. L’incitation des mineurs à la débauche est un délit, et s’appelle aujourd’hui pédophilie. Pascal Sevran revendiquait son goût pour les moins de seize ans et il a choqué ses contemporains dont il jugeait les idées moins larges que celles de nos ancêtres. Ainsi appréciait-il dans Le Privilège des Jonquilles la mansuétude avec laquelle ont été jugés en leur temps Gabriel Matzneff et André Gide.
Le propos politique de son journal intime a été critiqué sévèrement dans la presse, mais celle-ci a soigneusement passé sous silence les raisons qui le motivaient. Dans les cent premières pages, il s’en prenait à l’homme d’État Hervé Gaymard en ces termes : ce qui me choque, en revanche, ce sont les huit enfants du ministre. Je ne leur veux aucun mal, aux chers bambins, ils sont là maintenant, mais vraiment leur papa n’a pas été raisonnable. Il donne un très mauvais exemple aux couples inconséquents qui logent dans trente mètre carrés et se distraient à faire des bébés qu’ils auront du mal à élever… Il ne s’agit pas de racisme donc, mais de la conception malthusienne de la vieille droite barrésienne à laquelle adhérait Pascal Sevran sans réserve. L’accusation de fascisme est-elle plus ou moins grave que celle de pédophilie ? Il appartient aux élus du peuple d’en décider mais toujours est-il que l’opinion publique a déjà fait son choix.
Après que la rédaction d’Europe1 a démenti l’information qu’elle a diffusé sur les ondes, annonçant prématurément une nouvelle que de nombreux journalistes s’apprêtaient à rendre publique, la controverse a jailli dans la presse, accumulant les fausses informations pour donner le change. Les faux notoires sont apparus jusque dans les détails, mais il est un lieu commun d’écrire que c’est là que se cache le diable.
Ainsi, La Dépêche du Midi fait savoir à ses lecteurs du sud-ouest de la France que Pascal Sevran est en convalescence dans sa maison de Morterolles, (Seine-Maritime) entouré des siens. Les Limousins qui bornent la zone de chalandise du quotidien régional n’en croient pas leurs yeux, la commune de Saint-Pardoux-Morterolles a déménagé le temps que l’orage s’apaise ! Gala avait-il publié quelque temps auparavant un reportage sur le lieu de villégiature de l’artiste ? Pas un journaliste n’en a le souvenir : dans sa maison de Morterolles, située à 40 km de Limoges, Pascal Sevran trouve l’apaisement. C’est son ami disparu, Stéphane, qui avait convaincu l’animateur d’acheter la propriété, en ruine à l’époque…
Le fait est que Pascal Sevran avait le mauvais goût de se moquer des conventions. Il a vécu en concubinage notoire avec une personne du même sexe, et c’est là que le bât blesse. Les Français, et les gens de presse à leur tête, ont plus de mal à débattre de mœurs que de questions politiques. Qu’un chef d’État mène une politique inepte est préférable au scandale… Que Pascal Sevran ait rendu les causes de la mort de son compagnon, 10 ans plus tôt, publiques, leur est insupportable. Plutôt mourir d’un cancer du poumon que de la tuberculose même si au fond, c’est la même chose : on est mort.
Il est mort et son corps disparaît dans la fosse :
Qui voudrait désormais faire un mauvais procès
À celui qui n’est plus juste après son décès ?
C’est la trêve, on se tait et chacun se défausse…
Le bruit qui règne alors au bureau du greffe hausse
D’un ton soudain sans fard pour mieux fustiger ces
Chiens qu’on sent dans la presse exciter les excès,
Mais toute attaque à son sujet nous paraît fausse !
L’homme a fait rire un peu, grincer les dents souvent,
Mais ses mots aujourd’hui ne sont plus que du vent
Qui passe avec les maux qu’on attrape au passage.
Celui qui cherche à voir s’il est droit ou vaurien,
Qu’importe au fond du trou s’il n’a pas été sage,
L’homme est parti dans l’ombre et ne dira plus rien !
