Le Havre. Non aux centrales au charbon

Le Havre. Non aux centrales au charbon

Un collectif écologiste se mobilise contre le projet de construction de deux centrales au charbon au Havre. Malgré certaines promesses électorales, la menace n’est pas écartée... Les « gueules noires » ne vont pas tarder à refaire parler d’elles.

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État des lieux. Une centrale thermique EDF existe déjà au Havre. Elle est la première émettrice de poussières de Haute-Normandie, la première émettrice de NOX et la troisième émettrice de SO2. En fonctionnement pourtant discontinu, la centrale rejette aussi plus de trois millions de tonnes de CO2 par an, soit plus du dixième des émissions de toute la région. Laquelle, comme le montrent des documents de la DRIRE et d’Air Normand (Agence régionale de la qualité de l’air), très fortement industrialisée, arrive au top des émissions de gaz à effet de serre par habitant.

Avec ce joli cocktail, Il ne faut pas s’étonner si les Havrais ne pètent pas la santé. Les statistiques de l’Observatoire Régional de la Santé laissent moroses. Ça ne plaît pas quand on dit ça, mais c’est comme ça. Le Havre a le taux de cancers le plus élevé en Haute-Normandie et en France (35,7% contre 33,9% et 31,8%). Avec 978,8 décès pour 100 000 habitants, le territoire havrais se place en troisième position des sept communautés d’agglomérations les plus touchées par la mortalité générale.

C’est dans ce cadre idyllique, sur un site appartenant au Port Autonome du Havre (PAH), que deux sociétés privées, ENDESA et POWEO, veulent construire deux nouvelles centrales au charbon de 800 mégawatts chacune. La production serait entièrement destinée à l’exportation. Qu’en serait-il des émissions de gaz à effet de serre si trois centrales fonctionnaient conjointement ? Si l’on se souvient des propos du candidat Sarkozy à l’élection présidentielle, « le problème du réchauffement climatique devient une urgence ». Nous sommes au moins d’accord sur ce point. Alors ?

La Haute-Normandie produit 10 000 mégawatts. Cette région représente 2,98% de la population française. Elle produit 11% de l’électricité nationale et n’en consomme que 4%. C’est dire si de nouvelles installations sont inutiles pour la région. Deux centrales nucléaires (Paluel et Penly) d’un côté, une centrale vétuste et polluante plus deux nouveaux projets, stop, la coupe est pleine ! Ici comme ailleurs. Selon Pierre Radanne, ancien directeur de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’énergie (ADEME), « la France n’a pas besoin de produire davantage d’électricité avant 2025 ».

Avant de penser à construire des centrales au charbon qui tournent le dos au protocole de Kyoto, il faudrait surtout apprendre à consommer autrement en faisant appel aux économies d’énergie (chasse aux gaspillages...), à l’efficacité énergétique (isolation des logements...) et aux énergies renouvelables. Selon l’ADEME (qui n’est pas un nid d’éco-warriors préhistoriques), la France est en capacité d‘économiser 50% de l’électricité actuellement consommée sans aucune perte de confort ni de compétitivité.

Pour contrer les arguments écolos, ENDESA et POWEO tentent un numéro de charme en annonçant que leurs centrales au charbon seront « propres ». Par quelle magie ? D’une, on ne sait pas capter le CO2 et, encore moins, le stocker. Les techniques de capture et de séquestration de CO2 ne seront pas au point avant longtemps. De deux, ces procédés seraient très coûteux du point de vue économique et énergétique. Quant à l’héritage laissé aux futures générations... On ne saura jamais éliminer totalement tous les autres polluants. Le charbon « propre » est un mythe créé pour berner les naïfs. Que ce soit lors de l’extraction, du transport, du déchargement, de la combustion, et même après la combustion, le charbon pollue. Le charbon propre n’existe pas.

Depuis des mois, la résistance contre le projet de centrales gronde. Douze mille personnes ont signé la pétition du Collectif contre les nouvelles centrales à charbon (2Cn2C)* qui a plusieurs fois manifesté avec des masques noirs tout en interpellant les élus des deux rives de la Seine. La communauté de communes de Honfleur et le conseil municipal de La-Rivière-Saint-Sauveur soutiennent le collectif. Les élus de Gonfreville l’Orcher ont invité les écologistes à s’exprimer durant une séance du conseil municipal avant de voter, à l’unanimité, un vœu contre le projet. Jean-Paul Lecoq, député-maire communiste, est lui-même signataire de la pétition. « Trop c’est trop, explique-t-il. Il faut savoir dire stop quand on connaît les effets de la pollution sur la santé dans l’agglomération. En plus, ces centrales seraient un nouveau cadeau pour le secteur privé. Je refuse que les citoyens paient deux fois la note, avec leur santé et avec leur porte-monnaie. »

Les candidats aux élections municipales et cantonales, de gauche comme de droite, ne semblaient pas d’accord pour signer un chèque en blanc au duo POWEO-ENDESA. Pressé par certains de ses électeurs, Antoine Rufenacht alla jusqu’à déclarer, le 5 mars, sur le blog des jeunes UMP locaux, qu’il était « hors de question d’autoriser la construction de ces centrales tant que le problème du captage du CO2 n’aura pas été résolu. » Il ajoutait : « Je pense que beaucoup de temps passera avant qu’on ne puisse construire éventuellement ces centrales. » Des propos rassurants dans la bouche de celui qui vient d’être réélu maire UMP du Havre ?

Pas si nous lisons le numéro de mars 2008 de la revue La Recherche où Bernard Gérard, directeur scientifique de la Ville du Havre, annonce l’accueil des projets conduits par POWEO et ENDESA en précisant que le coût de chaque projet est d’un milliard d’euros... L’inquiétude se renforce à la lecture du numéro d’avril 2008 du magazine L’Expansion où l’on apprend que « Le Havre se trouve en situation de renforcer sa vocation de pôle de production énergétique avec un projet de terminal méthanier à Antifer et de deux projets de centrales à charbon ».
Quant au directeur du Havre Développement, il n’y va pas par quatre chemins pour parler de « la création en 2012 d’une installation pilote de captage du CO2 d’une dimension inédite en Europe ».

C’est typiquement le genre de déclaration qui met en colère Bernard Lelièvre, le porte-parole du collectif 2Cn2C, et ses ami-e-s. Il y a de quoi. Alors, il promet que ça va bouger dans les prochaines semaines. Les masques noirs vont refaire surface.

Pour préparer collectivement les prochaines actions citoyennes, les écologistes organisent une réunion ouverte dans le local d’Eco-Choix, dans l’ancienne école de Saint-Laurent-de-Brèvedent, le jeudi 17 avril, à 18 heures. Vous y serez les bienvenu-e-s.

Si vous voulez être informés sur les activités du collectif, contactez Bernard Lelièvre

Que vous habitiez Le Havre ou non, vous pouvez signer la pétition

*Le collectif 2Cn2C associe Eco-Choix, Ecologie Pour Le Havre, Estuaire Sud, UFC Que choisir Le Havre, SOS Estuaire, ATTAC, Effet de serre toi-même, ADPB.

le 05/04/2008
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13 Messages

  • 5 avril 2008 11:59, par denis

    Faut-y être couillon pour braire à l’unisson du "Grenelle de l’environnement" et découvrir une fois de plus que ce n’est que du vent qui n’a pas même la capacité de mettre en branle une seule éolienne.
    C’est la dernière fois qu’on se fait avoir ????????????
    denis
  • 5 avril 2008 16:03, par jcm

    Je serais tenté de qualifier Poweo et Endesa d’entreprises "malsaines" pour établir de tels projets alors qu’il y aurait beaucoup mieux à faire !
    Par exemple elles pourraient investir dans DESERTEC , un projet initié par le Club de Rome et qui me semble mille fois plus sain !!!
    En savoir plus en français : TREC France.

    Voir en ligne : Activart

  • 6 avril 2008 10:38, par Escaravage Michel

    Nos villages nivernais sont confrontés au même problème :
    Un projet de mine de charbon à ciel ouvert, couplée à une centrale thermique de 1000 MW , menace notre environnement immédiat. Dans le contexte actuel de catastrophe climatique tout rejet intempestif de CO2 est intolérable. La CSC et le charbon "propre" ne sont que des alibis utilisés par le lobby charbonnier. Potentiellement dangereuse la CSC, dont la réussite reste à démontrer ne pourrait être industriellement applicable que dans plusieurs décennies, durant lesquelles les centrales à charbon continueront à majorer l’effet de serre. La prétention de créer des sites pilotes redondants, étant donné les multiples expérimentations en cours à travers le monde, n’est qu’une tentative pour attirer des crédit de recherche que nous financeront par nos impôts. C’est la même pratique que celle consistant à vous faire payer dans certains pays la balle qui va vous abattre.
    Dr Escaravage Lucenay-les-Aix.
  • 7 avril 2008 14:01

    Les Havrais sont mal barrés. Pollués, malades, nous sommes également victimes d’une pénurie de médecins. Et quand on sait que l’hôpital public envisage de sabrer plus de 500 postes... Si on ne veut pas crever la gueule ouverte, il va falloir secouer le cocotier !
  • 28 avril 2008 17:14

    Plusieurs actions ont été décidées lors de notre dernière réunion :
    1. création d’une chorale. Nous voulons chanter partout notre colère avec une « vraie chorale ». Pour soutenir la voix et être en rythme, nous ferons un enregistrement que nous accompagnerons en chantant partout aux réunions publiques de la CODAH, des communautés de Saint-Romain et de Criquetot l’Esneval, au conseil d’administration du Port Autonome.
    Nous participerons à la fête de la musique, bref, partout où il y aura du public, nous chanterons. Même si vous chantez faux, rejoignez-nous.
    Vous pouvez vous inscrire auprès de Marie-Claude : marigis76@yahoo.fr
    2. continuer à appeler à faire signer la pétition.
    3. nous demanderons à tous les nouveaux élus, maires, conseillers généraux et municipaux de se joindre à nous afin que le PAH et le Préfet-représentant l’Etat- disent STOP aux centrales à charbon.
    AGISSONS TOUS ENSEMBLE. SEULS LES CITOYENS SONT À MÊME D’ARRÊTER CE DÉSASTRE.
  • 11 mai 2008 18:58

    Un taux de pollution de 7 sur une échelle de 10 (indice ATMO) a été enregistré le 11 mai 2008.
    Ce qui veut dire en clair entre 250 et 299 µg/m3 de dioxyde de soufre SO2 et d’indice 6 pour le 10 mai 2008 (200 à 249 µg/m3), alors que le taux de tolérance selon l’OMS est de 125 µg/m3 pendant trois jours par AN...
    Deux centrales charbon en plus, ce serait encore plus de pollutions, plus de cancers, plus de souffrances.
    CENTRALES A CHARBON AU HAVRE : JAMAIS !

    • Inquiétants ces chiffres !!!! Ca va si mal que ça au Havre au niveau pollution ?
      Chiffres confirmés ?

      • Hélas, oui. Aujourd’hui, nous sommes encore sur l’indice 6 et les prévisions pour demain sont toujours bloquées sur 6...
        Les chiffres sont donnés en ligne par Air Normand qui n’est pas une officine gauchiste !
  • 29 mai 2008 16:17

    Voici les prochaines actions du collectif (poursuite de la campagne de pétitions). Rendez-vous les :
    SAMEDI 31 MAI sur la plage du Havre lors des Dixie-Days (festival de jazz). RDV devant les Bains maritimes à 15heures.
    DIMANCHE 1er juin sur la plage de Saint-Jouin de Bruneval de 10h à 17h.
    SAMEDI 7 JUIN à Gonfreville l’Orcher pour tenir un stand à la Fête de la Citoyenneté de 11h à 19h.
    SAMEDI 14 JUIN sur la plage du Havre dans le cadre du festival Polar à la plage organisé par l’association Encres Noires.
    DIMANCHE 15 JUIN au pont de Normandie pour la défense de l’Estuaire de 10h30 à 17h.
    • Le Havre. Non aux centrales au charbon 2 juin 2008 14:04, par Nicky

      Quelle belle démonstration hier à saint jouin bruneval ! animations, fondation nicolas hulot, expo photos. Conférence de presse.
      CHAPEAU BAS MESSIEURS DAMES LES ORGANISATEURS
      A quand la prochaine ? Dans un an, la donne aura peut etre changé
  • 13 juin 2008 22:14

    Grand rassemblement le dimanche 15 juin 2008 sur le parking du pont de Normandie (côté Seine-Maritime, près du péage).
    10h30 : Manifestation.
    12h-14h : pique-nique.
    14h-17h : Découverte de l’estuaire en compagnie d’ornithologues.
    Venez nombreux et organisez des covoiturages.
  • 10 octobre 2008 12:46

    Le maire du Havre, Mr RUFENACHT, annonce un « grenelle havrais de l’environnement ». Mieux, il informe que l’agglomération doit devenir un POLE D’EXCELLENCE (c’est le mot à la mode) en matière de préservation de l’environnement !(OCEANES d’octobre 2008)
    Mais le 7 octobre 2008, à Gonfreville l’Orcher, AIR NORMAND a signalé que le taux de dioxyde de soufre (mesuré en microgr/m3) était de 361 à 4h du matin et de 741 le 09 octobre à 11h. Nous quadruplons toutes les limites acceptables recommandées par l’OMS (125 µg/m3 pendant 3 jours par an).
    Pourtant les industries polluantes continuent de s’installer dans la zone industrielle et le nouveau directeur du Port Autonome voit les centrales à charbon d’un bon œil (presse havraise du 09.10). Des millions de tonnes de gaz polluants supplémentaires seront rejetés dans l’atmosphère : nous les inhalons tous la nuit en dormant et le jour en travaillant : le record de France du nombre des cancers dus à la pollution atmosphérique est inévitable.
    Nos prochaines actions :
    - Du 10 au 13 octobre, nous serons à la Foire de Rouen pour informer et faire signer la pétition.
    - Nous préparons pour le 1er trimestre 2009, avec les associations, un FORUM sur le thème : « stop à la pollution, sauvons l’Estuaire de la Seine et notre SANTE – NON à toute nouvelle usine polluante.
    Nous voulons agir avec les citoyens pour exiger que les Communautés d’agglomération du Havre et de Saint-Romain, leurs conseils municipaux s’engagent à dire NON, sans conditions, à l’implantation des nouvelles centrales. Nous participons à tous les débats pour expliquer nos propositions.
  • 17 décembre 2008 22:37

    La mobilisation des citoyens a payé !
    « Force est de constater que nous ne sommes pas assez avancés au niveau industriel sur le captage du gaz carbonique ». C’est la raison officielle que vient d’avancer le président de POWEO pour annoncer l’abandon de son projet de centrale au charbon d’une puissance de 800MW dans la zone industrielle du Havre. Il reprend ainsi exactement l’argumentation de notre collectif contre les centrales à charbon dans l’estuaire de la Seine. Notre collectif doit-il crier victoire pour autant ?
    Notre union fait notre force
    Les dix associations unies du collectif, fortes de plus de 12 000 signatures à la pétition lancée auprès des habitants de l’estuaire, doivent-elles considérer que le but est atteint ?
    Le très médiatique président de POWEO, admet donc que la filière capture/stockage du CO2 généré lors de la combustion du charbon n’est pas viable, ni sur le plan technique ni sur le plan financier. Commencerait-il à mettre en concordance son discours publicitaire « l’électricité verte » avec sa pratique industrielle ?
    La réponse à ces questions est négative :
    - Le projet d’une autre centrale thermique à charbon d’ENDESA (aujourd’hui filiale du géant allemand de l’énergie E.ON ) n’est pas abandonné.
    - Poweo met à l’étude un autre projet de centrale à gaz.
    La solution ne consiste pas à multiplier les centrales électriques, mais à mettre en œuvre les trois propositions suivantes, toutes créatrices de milliers d’emplois :
    Il faut :
    - Promouvoir les solutions économes en énergie, réduire les gaspillages,
    - Accroître le recours aux énergies renouvelables (géothermie, éolien, biomasse, hydraulique, solaire…)
    - Rechercher les technologies les plus performantes tant dans la production que l’utilisation de l’énergie (efficacité énergétique) tout en préservant nos ressources.
    Ces propositions ne font que reprendre les objectifs fixés par l’article 2 de la loi Grenelle, eux-mêmes conformes aux objectifs européens pour 2020 (Néanmoins restons vigilants car le respect des textes n’est jamais garanti.) :
    - Réduction de 20% des rejets de gaz à effet de serre
    - Utilisation de 20% d’énergies renouvelables
    - Réduction de 20% de la consommation d’énergie
    Objectifs incontournables face au changement climatique et à la raréfaction des ressources non-renouvelables si nous voulons léguer un monde vivable à nos enfants.
    Poursuite des actions
    Notre collectif considère que ce premier succès doit en appeler d’autres, à commencer par le retrait du projet d’ENDESA, la 2ème centrale au charbon prévue dans l’estuaire. Notre action doit contraindre les décideurs à prendre en compte l’intérêt général face aux puissants intérêts particuliers. Nous poursuivrons donc nos actions.
    Ainsi, nous appelons plus que jamais nos concitoyens :
    - à faire connaître et signer la pétition électronique contre les centrales à charbon : http://eplh.free.fr
    - à engager les associations et citoyens qui le souhaitent à rejoindre notre collectif.
    Nous appelons aussi les élus à soutenir notre combat comme certains l’ont déjà fait.
    le 16.12.08, Bernard Lelièvre, coordinateur du collectif 2Cn2C