ZOOM sur El-OUED : Au-delà du cliché

ZOOM sur El-OUED : Au-delà du cliché

Depuis quelque temps, les projecteurs sont braqués sur la ville d’El-Oued. Située à de 620 km de la capitale, la ville des Mille coupoles est l’une des plus importantes cités du sud algérien. Cependant, ce n’est plus vraiment ses coupoles et ses arcades aux tons ocre et blanc, embellissant autrefois ses larges rues et artères, qui font aujourd’hui sa réputation. Loin s’en faut.

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Car si la vallée du Souf lutte depuis des années pour se défaire des bandes sablonneuses et de la remontée des eaux des nappes phréatiques qui envahisent le tissu bâti, ses habitants sont appelés, aujourd’hui plus que jamais, à lutter encore contre un cliché préjudiciable qui leur colle à la peau. Autrement dit, le salafisme, qui s’est nidifié depuis quelques années dans leur région a fini par ébranler, un moment, l’image d’une cité saharienne tranquille et sereine. L’histoire tragique de Walid, le premier kamikaze algérien en Irak, en est une très forte illustration. Aussi, la cité des « Rammala », qui ont jadis semé la vie sur l’erg oriental, ne se plie pas à la fatalité. Preuve en est, Abdelkader et ses amis fellahs de la région ambitionnent de faire de la pomme de terre une manne nouvelle pour la région. Voici un état des lieux d’une wilaya et d’une population qui se bat pour aller de l’avant, en dépit des aléas du temps….

La vallée du Souf dispose de considérables potentialités touristiques à travers tout son territoire allant des sites naturels aux sites archéologiques très diversifiés. Si la ville a perdu de son charme au fil du temps à cause d’une urbanisation sauvage non contrôlée, sa périphérie n’est pas sans fasciner le visiteur par les couleurs, les tons, les paysages du Souf et par ses dunes enserrant les petites palmeraies. Une simple balade à travers les dunes situées de part et d’autre de la route de Touggourt ou dans les environs de la localité de Nakhla nous fait découvrir toute la splendeur et la grandeur de cet immense erg oriental. C’est également dans les jardins « Ghitane », pluriel de ghoût, de Mih Bahi, à 11 km de la ville d’El-Oued, que l’on retrouve le silence et la sérénité du Sahara. Une sieste dans l’un des « Ghout » procure au visiteur un repos total et une sérénité.

Les « Ghitane » recèlent en elles-mêmes une attractivité exceptionnelle. Ces palmeraies spécifiques à la région du Souf ont été façonnées des siècles durant par les « Rammala », les hommes porteurs de sable. Il s’agit en réalité d’œuvre humaine qui date de plusieurs siècles et qui est l’origine d’un ingénieux système de creuser le sable et de planter des plants de palmier et de les protéger des vents de sable avec des « djerid », nervures de palmes, pour les irriguer jusqu’à la prise de la pousse. Par la suite, ces racines iront chercher l’eau de la nappe phréatique à quelques mètres du sol de façon autonome. Il faut dire que la région du Souf est la seule région au monde où le palmier n’est pas irrigué.

Ces palmeraies en forme d’entonnoir disséminées dans le grand erg oriental constituent une véritable originalité dans le monde entier. L’Unesco a, d’ailleurs, lancé une étude pour les classer patrimoine universel. Malheureusement, peu d’opérateurs touristiques proposent des circuits touristiques pour faire visiter ses merveilles à des touristes qui n’y manqueraient pas de s’émerveiller devant de tels panoramas.
Pis encore, les professionnels du tourisme font aujourd’hui un constat amer à El-Oued.

La vallée du Souf ne profite guère de ces atouts et la situation du secteur ne cesse de se dégrader. En tout et pour tout, la wilaya d’El-Oued compte à peine six agences touristiques et de nombreux hôtels ont été aussi déclassés suite à la nouvelle opération de classement des établissements hôteliers de la wilaya. Ainsi, le prestigieux Ghitane Palace a été déclassé de 5 à 4 étoiles, le Louss de 3 à 2 étoiles, alors que L’Or noir a été, quant à lui, déclassé de 2 étoiles à non classé. Seul l’hôtel le Souf a bénéficié d’une opération de réhabilitation d’un montant de 37.137.736.36 DA. Avec six hôtels existants, la vallée du Souf est dotée d’une capacité de seulement 643 lits, selon les responsables de la wilaya, ce qui est loin de correspondre aux atouts de la région.

Concernant la ville d’El-Oued, ces habitants ne la reconnaissent pratiquement plus. Les coupoles ont cédé la place aux garages des commerces qui ont complètement enlaidi les quartiers pittoresques. Dire que le bâti traditionnel et l’architecture authentique de la ville sont complètement dénaturés. la grisaille du béton n’épousant guère l’environnement est patente. Le beau décor qui s’offrait, jadis, aux étrangers n’est qu’un lointain souvenir. Les vieux se rappellent des groupes de visiteurs qui venaient en villégiature pour y couler des moments de farniente en écoutant le « meddah » qui conduisait son auditoire à travers ces récits vers d’autres contrées lointaines. Symbole de cette décrépitude dont est victime El-Oued, le quartier populaire d’El Aachach attend toujours sa réhabilitation. Les ruelles étroites en courbe de ce ksar typiquement saharien sont dans un piteux état et les parois des maisons risquent à tout moment de céder.

De leur côté, les autorités locales envisagent de créer six nouvelles zones touristiques et un nouveau centre d’information et d’orientation touristique afin de redynamiser le secteur du tourisme dans la vallée du Souf. Les projets sont toujours en cours d’étude laissant ainsi le chantier aussi vaste qu’avant et où tout reste à faire et à refaire…

La vallée du Souf ou le dur combat contre le salafisme…

ContenuLe périple fut rude. Dix heures de route pour parcourir presque 700 km. Le trajet n’était finalement pas une tâche aisée. Des plaines du nord noyées dans la verdure jusqu’à la mer des dunes de la vallée du Souf, le regard se promène sur une terre où les paysages défilent avec une harmonie de couleurs et de lumières éblouissantes. Impossible dans ces moments-là de ne pas penser à Isabelle Eberhardt, Fromentin, Delacroix, Dinet et à bien d’autres qui s’aventurèrent, il y a plus d’un siècle de cela, dans un voyage singulier pour tâter l’âme du Sahara. Ces écrivains, ces penseurs, ces peintres et artistes ont sillonné l’Algérie pour découvrir ses multiples visages et goûter aux diverses sensations que procure cette terre diversifiée au cœur insondable.

Aujourd’hui, les temps ont changé et l’exotisme a prêté le flanc à la hideur. El-Oued, « cette oasis aux mille coupoles » n’attire que rarement les visiteurs en quête de dépaysement. Et pour cause, la contrebande, le salafisme ambiant et la défiguration urbanistique dont est victime depuis des années la ville font fuir les gens. Mais à Oued Souf, on tente de faire contre mauvaise fortune bon coeur. On ne baisse pas les bras. On ne se laisse pas faire et on ne donne pas cher des préjugés et des idées préconçues qui souillent désormais la réputation des Soufis.

Le centre historique de la mémoire

« Oued Souf est l’une des plus importantes régions de l’Algérie. C’est aussi un centre historique incontournable dans la mémoire de ce pays. Mais, aujourd’hui, vous les journalistes, vous ne parlez que d’une seule chose concernant Oued Souf : le terrorisme et le salafisme », nous lance tout de go Chakib, 22 ans, étudiant et enfant de la région. « Il est vrai que la société ici est conservatrice. A Oued Souf, on ne badine pas avec la religion, mais on n’est pas pour autant tous des fanatiques. Croyez-moi, l’image véhiculée par les médias nous est très nuisible », confie-t-il encore. A chaque rencontre, les Soufis n’hésitent plus à lancer de pareils coups-de-gueule à propos de cette étiquette que la presse leur a collée. En réalité, les Soufis se sentent blessés dans leur amour-propre à chaque fois qu’on aborde avec eux le délicat sujet de la filière djihadiste irakienne qui a embrigadé, selon des sources sécuritaires concordantes, ces dernières années pas moins de 29 jeunes, dont 5 sont issus de la petite commune de Reguiba. Le climat de psychose est tel qu’aujourd’hui, c’est l’ensemble des 500 mosquées de la wilaya qui font l’objet de suspicion.

Pour Ahmed Rezzag, ancien correspondant de plusieurs titres arabophones et directeur de publication de l’hebdomadaire local El-Jadid, une publication qui paraîtra sous peu, le courant islamiste est certes, très bien implanté dans la région, toutefois, pour notre interlocuteur, les proportions du salafisme relayées par les médias sont très exagérées. « De par son histoire, la région de Oued Souf connaît une tradition religieuse qui remonte à la nuit des temps. En plus, c’est une région frontalière qui partage 300 km avec la Tunisie, ce qui favorise la contrebande, le trafic d’armes et les infiltrations vers l’étranger. Cette caractéristique a fait croire aux salafistes qu’ils trouveront ici un vaste terrain pour se déployer et conquérir les wilayas environnantes et ensuite, le reste du pays.

Mais leurs calculs ont été déjoués, car la région abrite de prestigieuses zaouïas dont l’influence sur la société soufie remonte à des siècles. La zaouia Tidjania et la zaouia Kadiria ainsi que d’autres encore ont fait barrage aux projets des salafistes. En réalité, les salafistes n’ont pas trouvé un écho favorable dans la région du Souf et leur influence n’a plus de prise », explique notre interlocuteur qui reconnaît néanmoins que de nombreuses mosquées de la région demeurent sous la coupe des salafistes qui y organisent des halaqate nocturnes en visant principalement les jeunes, afin de faire grossir leurs rangs. Sur ce plan, la mosquée Tolba de Guemar s’est distinguée ces derniers temps par son « activisme religieux » puisqu’elle regroupe en son sein l’essentiel du courant salafiste de la région qui ne recule devant rien pour séduire et endoctriner les jeunes de la région. Ainsi, beaucoup de témoignages attestent que de nombreuses « hamlatte » sont mises en oeuvre à partir de cette mosquée, à travers lesquelles les salafistes proposent des aides sociales aux couches sociales démunies, ce qui leur garantit parfois un capital sympathie auprès de la population locale.


Salafisme : les pour et les contre

Celle-ci formule d’ailleurs des avis divergents sur la réalité du phénomène salafiste dans la vallée du Souf. « J’ai connu des salafistes. J’ai même des amis qui en font partie. Ils n’ont rien à avoir avec le terrorisme. Ils ont juste une vision particulière de la religion. Moi, je n’ai jamais entendu de leur bouche une incitation à la haine », relève Ali, 23 ans, jeune chômeur qui fréquentait naguère beaucoup les mosquées salafistes. De son côté, Nadia, 21 ans, diplômée en comptabilité et membre d’une association culturelle « Les amis du Souf » porte un regard très critique sur la mouvance salafiste. « Moi, je ne les aimes pas. Ils ont sali l’image de notre région avec leur pensée rétrograde et moyenâgeuse. Mais leur influence n’est pas aussi importante que vous le croyiez, car la majorité des soufis désapprouvent leurs idées et leur pensée. Leur champ est très limitée même si leur propagande laisse entendre le contraire », souligne-t-elle.

Pour d’autres, le règne du salafisme dans la région connait un déclin. Selon des sources bien au fait de ce dossier, les services des affaires religieuses se montrent de plus en plus fermes avec les salafistes et n’hésitent plus à intervenir pour interdire leur ’’halaqate’’ dans les mosquées de la wilaya. Des affrontements ont même eu lieu entre les services du département et des groupes de taleb salafistes. D’autres encore estiment que la population, notamment les jeunes, n’est plus dupe et ne se laisse plus entraîner dans des mouvances obscurantistes. Il faut dire à cet égard que l’histoire tragique de Walid hante encore les esprits. Walid, alors âgé de 20 ans, était un jeune homme très aimé dans son entourage à Guemar. Ce jeune brillant dans sa scolarité était aussi un sportif. Pratiquant depuis longtemps le basket, il n’hésitait pas à passer le plus clair de son temps à jouer des matches avec ses amis profitant ainsi de cette ambiance conviviale.

Jeune, instruit et bien éduqué, rien ne laissait augurer le sort tragique que le temps allait réserver à Walid. Il y a deux ans, lors d’une journée ordinaire, le jeune homme disparaît et ne donne plus de signes de vie. Quelque temps plus tard, sa famille apprend qu’il s’est fait exploser en Irak, à Bassora. Il devint ainsi le premier kamikaze algérien en Irak. Le choc fut terrible pour toute la population soufie qui ne s’attendait pas à un drame aussi cruel dans une région ô combien pieuse. Depuis, parents comme enfants, jeunes et vieux, hommes comme femmes crient d’une seule et même voix : plus jamais ça !

Au royaume de la pomme de terre

La wilaya d’El-Oued connaît depuis bientôt 4 ans une importante dynamique agricole. Lorsque l’avion tente d’amorcer son atterrissage, du hublot, le visiteur peut aisément voir tous ses jardins, ces cercles concentriques de pommes de terre situés juste à côté des palmeraies, et ses fermes qui font que le Souf ne soit plus cette région qui produit quelques légumes pour l’auto consommation. Malgré tous les aléas climatiques, l’agriculture de la vallée du Souf est en plein boom et les perspectives d’avenir s’annoncent prometteuses. Preuve en est, El-Oued est désormais la deuxième wilaya productrice de pomme de terre après Ain Defla. Plus de 12.000 hectares sont actuellement consacrés pour cette denrée. La production a atteint, l’année dernière, 1,8 million de quintaux. Sur chaque hectare, l’agriculteur soufi produit jusqu’à 450 quintaux.

Sur l’ensemble des 10.000 agriculteurs de la wilaya, 6.000 sont affectés dans la culture de la pomme de terre. En 1999, ils étaient à peine 200 fellahs à se lancer dans cette culture, nous dit-on. Au début des années 90, on comptait à peine quelque 340 hectares consacrés à la culture de pomme de terre. C’est dire donc les grands progrès accomplis par les fellahs soufis dans ce type de produit maraîcher. Des progrès qui font que certains n’hésitent plus à faire du tubercule le plus consommé en Algérie, le symbole de la wilaya d’El-Oued. A ce titre, il faut savoir que la région du Souf, la seule en Algérie, connaît deux saisons de récolte : février/mars et septembre/octobre.

Cependant, le tableau idyllique dressé par les autorités locales ne reflète pas toujours la réalité des fellahs de la région. Ces derniers sont montés au créneau pour demander un véritable soutien de la part de l’Etat. « Le fellah s’assume tout seul ici. Il n’est pas protégé contre les problèmes auxquels il doit faire face. Et il sont nombreux », martèle Abdelkader, propriétaire de l’une des plus importantes fermes de la région d’El-Oued. « Ce n’est pas facile de pratiquer l’agriculture dans un environnement saharien. C’est un véritable défi que nous relevons chaque jour. Et ce n’est pas les dépenses qui manquent aussi. Sachez que la semence de pomme de terre nous revient de plus en plus cher avec au moins 140 DA le kilos. Parfois, les prix chutent à 70 DA avant de prendre leur envol à 220 DA le kilo. En plus, il faut se méfier de la semaine contrefaite qui a fait beaucoup de dégâts, il y a quelques années. Dans un pareil contexte, le fellah devient fragile et ne peut affronter tout seul cet impondérable. L’Etat doit jouer le rôle de régulateur et de contrôleur (...). Il faut absolument créer l’Office National de la pomme de terre. Cela va vraiment mettre le pays à l’abri », poursuit-il.

Par ailleurs, c’est le problème des engrais qui préoccupe davantage les fellahs de la vallée du Souf. Ces derniers n’ont pas le droit d’utiliser de fertilisants chimiques pour leur champ sans l’autorisation de la direction des mines et de l’énergie. Celle-ci, malheureusement, se montre peu coopérative avec les fellahs. Cette situation a conduit les agriculteurs à recourir à l’utilisation du fumier qu’ils doivent acheminer à partir du nord. « Cela nous coûte les yeux de la tête. Un seul camion de fumier nous revient, frais de transport compris, à 12 millions de centimes. Pour chaque hectare de pomme de terre, il nous faut au moins deux camions d’engrais. Faites le calcul vous-même et vous saurez à quel point cela nous coûte cher », explique Abdelkader qui ne décolère pas contre l’apathie dont font montre les responsables de la wilaya concernant ce handicap qui freine l’élan de l’activité agricole.


L’état doit nous aider

« Le fellah de la région est déjà en lutte permanente contre le désert pour la mise en valeur des immenses terres de la vallée. Cela exige, il va sans dire, un important investissement et beaucoup d’engagement. Nous demandons seulement de l’Etat à assurer son rôle de régulateur comme il se doit et nous aider à développer encore davantage l’agriculture dans notre wilaya. Mais, hélas, jusqu’à présent, nos griefs restent quelque peu vains », dira l’air dépité Abdelkader. Ce dernier nous fait découvrir sa ferme agricile et l’extraordinaire potentiel agricole qui permettrait à toute l’Algérie d’en finir une fois pour toute avec la dépendance des importations.

Par ailleurs, il est à signaler que des investisseurs étrangers s’intéressent désormais à la pomme de terre d’El-Oued. Ainsi, un important investisseur émirati, en collaboration avec la Chambre d’agriculture de la wilaya, la lancera prochainement une usine de fabrication d’OGM et de production de semence de pomme de terre. Les assiettes de terrain ont été dégagées et le projet devrait connaître sa première face de réalisation au cours de cette année. Une délégation hollandaise a visité également les exploitations agricoles de la région, l’année dernière, et elle s’est montrée très intéressée par des projets d’investissements dans ce créneau : la culture de la pomme de terre.
Sur un autre chapitre, l’oléiculture est aussi sur le point de connaître son heure de gloire dans la vallée du Souf.

Plus d’un million d’oliviers y sont déjà plantés et la wilaya d’El-Oued est considérée comme étant une wilaya pilote concernant l’application d’un vaste programme gouvernemental. Pour de nombreux experts, l’eau, le soleil et la qualité de la terre confèrent une qualité exceptionnelle pour l’olive, ce qui n’est pas sans encourager certains à opter pour l’oléiculture dans la région. L’olivier soufi produit même 5 à 6 de plus que l’olivier kabyle, selon des agriculteurs de la région.

A Oued Souf, la main de l’homme s’affaire à reculer petit à petit le désert... En effet, le fellah rêve de capitaliser les immenses étendues à perte de vue, en vue de les transformer en de rentables et verdoyantes exploitations agricoles.

le 02/04/2008
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