CONFESSIONS D’UNE BABE IDOL/BONNIE
Il fut un temps ou je confondais sexe et gaudriole, amour et carnaval
avec la candeur des gens qui s’évertuent contre vents et marée à
vouloir réconcilier les contraires.
Ma gravité sur le plan sentimental
ou je jouais les amoureux transis plus souvent qu’à mon tour allait de
pair avec une effronterie qu’aucun relent de scandale ne pouvait
effrayer. A l’instar d’un compagnon de turpitude qui m’avait longtemps
accompagné sur la voie de la déréliction je pouvais aussi bien me
défroquer devant une mijaurée, braquemart en berne que lui adresser
les premiers outrages en laissant à son corps défendant une main
voyager sur son séant.
Quelques années plus tard ces pratiques
négligentes m’auraient sans doute valu une plainte pour attentat à la
pudeur ou harcèlement sexuel. Pour tout dire il s’agissait autant ,en
me comportant ainsi , d’exorciser quelque démon que de m’entraîner
à franchir certaines limites qui constituaient le carcan d’une
insupportable inhibition.
Je n’avais de cesse de faire exploser les
hypocrisies et faux-semblants ainsi que le cortège de traditions et
bonnes manières qui les accompagnaient. Il va sans dire que mon souci
permanent de créer l’évènement au risque de me perdre ne m’attirait
pas que des amis mais me donnait un sentiment de griserie tel que
pareil à un drogué je ne pouvais m’empêcher de recommencer. Le premier
effet de ce statut d’éternel adolescent potache et peu fréquentable
était un besoin additif d’affection que je réclamais illico à toute
âme féminine qui avait la faiblesse de me trouver sympathique.
Les résultats étaient bien entendus très en dessous de mes espérances
car comme chacun sait les Saint Bernard en minijupe ne courent pas les
rues. A la limite elles peuvent avoir un tonneau de rhum en pendentif,
tonneau duquel on ne peut tirer qu’un seul coup. Bien des années plus
tard c’est à la lecture du roman Belle du Seigneur d’Albert Cohen que
je dû mon édification sexuelle et sentimentale . Comme l’a dit un jour
dit Frédéric Beigbeder "On s’est tous pris pour Solal une fois dans
notre vie".
La complexité féminine s’ouvrit à moi comme une
passionnante terra incognita. Une terre à conquérir avec les moyens
sophistiqués de l’art et du verbe, des moyens autres que les
pitreries irrévérencieuses et les galéjades de gentils organisateurs.
Bonnie était venue à l’exposition. Après qu’elle m’eût acheté trois
petites pièces en céramique je lui demandais de me laisser son numéro
de téléphone pour l’inviter au prochain évènement . Elle accepta de
bonne grâce et tout en écrivant elle me glissa qu’elle aussi était une
artiste." Je fais du dessin et des tableaux abstraits…" Trois jours
plus tard aux environs de 19 H je l’appelais pour lui dire que j’étais
très intéressé de voir son travail."Tu veux passer maintenant " me
proposa-t-elle .
Une demi heure après j’étais chez elle. Après qu’elle
m’eût montré ses œuvres que je trouvais très respectables (des
portraits au crayon et au pastel nerveux et débridés à la Baselitz )
elle m’offrit une bière.
Nous étions face à face devant une étroite
table de salon , nous regardant mutuellement dans les yeux , alors que
nous engagions une conversation sur l’art et la littérature. Elle
m’écoutait avec une attention soutenue , me donnant imperceptiblement
mais de façon croissante des signes d’intérêt, sourires, hochements
bienveillants de la tête, tout en paraissant à certains moments comme
pétrifiée par le trouble. Lorsque je me levais elle ne bougea pas. Je
n’eus qu’à tendre la main pour lui effleurer le visage. Je me mis
derrière elle, lui caressais la joue et les cheveux puis me
penchais.
Elle tourna la tête pour s’abandonner à un baiser fougueux,
profond qui me sembla durer une éternité. (A suivre)