CONFESSIONS D’UNE BABE IDOL /MINISTERE DE LA JOIE
Je vous écris du Ministère de la Joie crée par moi-même . En quelle
année ? Je n’en ai guère de souvenir. Disons qu’il date de l’époque ou
on savait s’amuser de rien, perdre son temps sans développer une
pathologie grave, parler aux gens sans avoir bu deux litres de côtes
du Rhône, être d’avant-garde sans craindre de passer pour un
misérable marginal un peu fêlé et en état de prolétarisation avancée.
Le Ministère de la Joie n’a ni appareil, ni budget et les ministres
qui le dirigent ne font rien d’autre que des vacations au gré de leur
humeur qui vu le culte de la morosité permanente a du mal à se
maintenir tout le temps à un niveau acceptable.
La faute aux
endorphines, à l’idée répandue et démagogique d’un avenir forcément
plus radieux que le présent, à la crainte de quelque malheur imminent
annoncé par les médias, à la fameuse culpabilité judéo-chrétienne, aux
douleurs quotidiennes qu’elles soient physiques, matérielles, morales
ou existentielles. La joie a mauvaise presse.No news is good news
clame l’adage qui défend aux tabloïds d’en faire étalage par crainte
de décevoir le public.Du sang, du sexe trivial, des larmes…et beaucoup
de fric sont les ficelles pour dérouler en permanence le théatre si
vendeur de la damnation humaine.
Hier j’accompagnais ma mère chez Léon de Bruxelles, Léon qui clame
que chez Léon c’est toujours le moment des meilleurs moules et que
selon un cahier des charges très strict, les moules sont sélectionnées
tout au long de l’année, à maturité, dans les meilleures zones de
production, en veillant à ce qu’elles soient toujours charnues et
savoureuses. Après une attente de trois quart d’heure j’eus enfin la
joie de voir arriver ma marmite de moules au céleri et aux oignons. Ma
mère quant à elle avait choisi un plat belge très semblable au bœuf
bourguignon.Le tout arrosé à la bière. Je me concentrai sur le
décorticage du mollusque en tentant de faire coïncider la réalité de
l’assiette avec le fantasme de la propagande léonesque. Mais il y
avait fort à parier que dans cette lutte héroïque je sortirais perdant
et à peine rassasié.
Ma mère elle, se révélait moins ombrageuse .
Elle dégustait et buvait tout à son aise et surtout haranguait les
garçons à intervalles réguliers pour leur adresser remarques,
compliments et états d’âmes avec un naturel confondant. Le repas
terminé elle finit par se lancer avec le gérant, le maître d’hôtel, et
un responsable du marketing dans une conversation à bâton rompus
digne d’un talk show d’Ardisson.
Cela aurait pu s’appeler Nationale 39
et ça valait bien 93, Faubourg . Elle avait descendu une bonne bière
et faisait son show devant un parterre de jeunes gens tout en faisant
un sort à une gauffre au chocolat. Elle draguait à l’ancienne
parfaitement à son aise, affichant une joie que les quelques degrés
d’alcool maintenait à flots. Le responsable marketing voulut savoir
si j’avais bien mangé, je lui demandais simplement si la maison
fournissait éventuellement un microscope, allusion à la taille
ridicule des moules.
Il fît mine de s’énerver et j’imagine qu’il
m’aurait balancé un pain si on s’était trouvé seuls dans une ruelle
déserte. Pendant ce temps ma mère continuait son numéro entre
harangue, one woman show, monologue et autocélébration de son fils
avocat qui possède un appartement de trois cents mètres Boulevard
Lannes et lui à fait un anniversaire royal avec buffet de Lenôtre.
Je
vous écris du Ministère de la Joie qui vient de fusionner avec celui
de la Santé.Ma mère souffre de diabète mais cette fois-ci l’infirmier
qui releva son taux de sucre dans le sang fût stupéfait de le trouver
aussi parfait.Shootez vous à la joie je vous dis, vous ne vous en
porterez que mieux !