CONFESSIONS D’UNE BABE IDOL /JAILHOUSE ROCK
Le monde se plaît à voir de la duplicité là où il n’y aurait que de
la diplomatie. Ce que je veux ce n’est pas être aimé, c’est être
préféré. Etre l’élu de votre cœur et non un parmi une myriade de noms
et de visages.Car en ne me préférant pas tu me nie, tu me déclares non
pas unique mais interchangeable. Or par essence je suis unique et
irremplaçable et je veux être au centre et non à la périphérie : "Tu
es un égocentrique" n’arrêtais-t-elle pas de me répéter et j’avais
envie de lui répondre : " Et toi alors tu t’es regardée ? Essaie de me
faire croire que tu ne désire pas être l’objet de toutes les
attentions ! " Mais alors cela aurait été un dialogue de sourds .
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Drapée dans sa dignité et le regard hiératique elle m’aurait réaffirmé
son indépendance affective. Elle aurait même pu chanter comme Brigitte
Bardot : Je n’ai besoin de personne en Harley Davidson. Paroles
Paroles Paroles. Entre la diplomatie et la duplicité c’est une
question de manières. A vouloir nier la jalousie on s’expose à de
graves déconvenues.Et tout l’art de la diplomatie est de trouver un
équilibre entre ce qui se dit et ce qui se tait.
Le silence absolu est mortel , les explications labyrinthiques
dévoilent ce qui veut être dissimulé car l’on sait que le langage a
été inventé pour déguiser notre pensée. Dans les rapports amoureux la
jalousie et le mensonge sont des topiques nécessaires et bienveillants
qui apportent à ceux-ci un sang neuf, une énergie renouvelée. Mais ce
sont des poisons contraires, des alcools qui versés en excès sur le
feu de la passion ne provoquent que braises et cendres. Bienfaits du
mensonge à dose homéopathique pour s’abstenir de vénérer la vérité ,
cette sublime vérité qui laisse derrière elle des champs de ruines :
c’est l’ennui l’œil chargé d’un œil involontaire il rêve d’échafaud
en fumant son houka écrit Baudelaire dans son introduction aux fleurs
du mal. Bienfaits de la jalousie, petite nitroglycérine mentale qui
consommée avec modération instille dans le cœur ses méandres paysagés
et fertilise l’imaginaire en créant ce trouble qui pousse à
rechercher un air plus pur.Il faut lire à ce sujet le livre culte de
la littérature amoureuse Belle du Seigneur d’Albert Cohen et les
fameux manèges de séduction de Solal , véritable plongée abyssale dans
la psychologie des deux sexes pour se déciller d’une vision primitive
des descendants d’Adam et Eve que nous sommes sans oublier que l’homme
et la femme des cavernes et les grands singes ne sont pas très loin
non plus. A une époque pas si lointaine je fréquentais trois femmes
simultanément. C’était grisant et dangereux bien qu’assez épuisant.
Je
vivais avec une, était amoureux de la seconde et venait de rencontrer
la troisième qui m’offrait les plaisirs des sens avec une générosité
inouïe dont elle même tirait partie dans des moments de volupté et de
liberté qu’aujourd’hui encore je ne peux oublier.Certaines de mes
lectrices ou quelques uns de mes lecteurs en lisant ces lignes se
demanderont comment ceci est possible et pourtant je le confirme
j’aimais ces trois femmes sincèrement et pour des raisons différentes
ressentant davantage les sentiments d’un esthète que ceux d’un
libertin ou d’un dépravé. Or un soir que je raccompagnais la seconde
avec laquelle je vivais tout le trouble de la passion elle me posa une
question à laquelle je ne sût répondre avec fermeté. Ce fût ma perte
.Et précisément parce que je craignais de la perdre et elle le savait.
L’amoureux se doit d’être comme un funambule, ne jamais regarder le
vide, affronter sa peur les yeux dans les yeux, regarder la mort en
face pour la vaincre. J’hésitais, me livrais tout entier au mensonge
au lieu d’affirmer mon autorité.
On ne doit absolument pas tout
partager. Elle me le fît payer très cher en me faisant danser le
jealous rock le plus endiablé de ma vie. Elle me trompa par dépit avec
tout ce qui passait à sa portée puis me quitta pour un médecin russe
avec lequel elle partit en Amérique. Elle me laissa exsangue,
incapable d’éprouver pendant de longs mois le moindre désir ni le
moindre sentiment excepté de la souffrance et de l’amertume. J’ai dit
Jealous rock ou jailhouse rock ?
