Monsanto, une firme qui nous veut du mal

Monsanto, une firme qui nous veut du mal

Arte va diffuser, mardi 11 mars, à 21 heures, Le Monde selon Monsanto, un documentaire de Marie-Monique Robin. Après divers sujets brûlants, la journaliste free lance s’attaque à la multinationale Monsanto. Un film fracassant à ne pas rater.

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Marie-Monique Robin n’a pas froid aux yeux. Elle a à son actif des livres et des documentaires sur des sujets explosifs. Citons notamment Voleurs d’organes qui lui donna, en 1995, le prix Albert-Londres ou Escadrons de la mort : l’école française. Dans ce travail réalisé en 2003, la journaliste dévoilait le rôle de militaires français dans la formation des tortionnaires latino-américains. Les méthodes expérimentées en Indochine, puis généralisées en Algérie, étaient enseignées aux bourreaux fascistes de l’Opération Condor qui couvrait le Chili, l’Argentine, la Bolivie, l’Uruguay, le Paraguay, le Brésil dans les années 1970.

Avec son dernier documentaire, Marie-Monique Robin se bat à nouveau contre un gros poisson : Monsanto, une multinationale très décriée. Créée en 1901 aux Etats-Unis, présente dans quarante-six pays, leader mondial des biotechnologies, Monsanto a souvent défrayé la chronique. La plupart de ses produits sont interdits : le PCB/pyralène, l’agent orange (herbicide meurtrier utilisé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam), l’hormone de croissance bovine (pour forcer la production laitière, interdit en Europe et au Canada). Sans oublier le produit vedette de la firme, le Roundup, l’herbicide le plus vendu dans le monde malgré sa haute toxicité. Avec ce sombre palmarès, il y a quelques raisons de s’alarmer quand Monsanto devient le leader mondial des OGM. Les semences transgéniques de Monsanto couvraient, en 2007, 7% de la superficie arable mondiale.

Dans son documentaire, Marie-Monique Robin, fille d’agriculteurs, livre le résultat de plusieurs années d’enquête à travers le monde. La menace n’est pas seulement environnementale. Les conséquences économiques sont aussi désastreuses. Les projets hégémoniques de Monsanto sont dignes des meilleurs films d’épouvante. La multinationale impose à la planète une monoculture qui met en danger la Terre, les paysans et les consommateurs. De l’Inde aux Etats-Unis, les agriculteurs tombés sous la dictature de Monsanto vivent dans la misère et la terreur. On a pu compter jusqu’à 680 suicides en six mois dans des familles paysannes indiennes piégées par le système Monsanto.

« En contrôlant les semences, Monsanto contrôle la nourriture », explique Vandiana Shiva, physicienne indienne et lauréate du Prix Nobel alternatif. Comme une secte mafieuse, Monsanto a infiltré la Maison Blanche, l’OMS, la FAO, la FDA… La multinationale dispose à présent d’une arme plus puissante que des bombes. Avec l’arme alimentaire, la firme a les moyens de contrôler les populations du monde entier.

Le film de Marie-Monique Robin fourmille de témoignages accablants. Malgré leur peur, des victimes parlent. Pour obtenir parallèlement des interviews de gros bonnets, la journaliste a utilisé la même tactique qu’avec les tortionnaires vus dans Les Escadrons de la mort. « J’ai joué la naïve », a-t-elle expliqué à l’Humanité Dimanche. Et ça a marché. Et c’est effrayant.

Au moment où le maïs MON 810 a été provisoirement interdit en France, il est urgent de se pencher sur le travail de Marie-Monique Robin. Le Monde selon Monsanto sera projeté à l’Assemblée nationale le 31 mars. Le vote de la loi est prévu pour avril. Le Sénat et le président de l’Assemblée générale sont pro-OGM. C’est dire si les citoyens doivent se mobiliser. Il est vraiment grand temps de se mêler de ce qui nous regarde. C’est la sécurité alimentaire mondiale qui est en jeu !

Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, éditions La Découverte/Arte éditions. 20€.

Diffusion du documentaire Le Monde selon Monsanto sur Arte le mardi 11 mars à 21 heures. Le DVD (trilingue) sera en vente le même jour. Il sera visible gratuitement pendant sept jours sur Arte+7.

Pour avoir une idée de ce reportage explosif, regardez la bande annonce.

Plus d’infos sur le site World of Monsanto à partir du 11 mars.

le 09/03/2008
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14 Messages

  • 10 mars 2008 08:55

    http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article832
    Pour ma part, je vais me passer de ce doc démago et insignifiant.
    Le journalisme est mort, vive le journalisme !
    • Sacré Robin va ! 10 mars 2008 11:16, par Marie-Monique Robin

      J’informe notre ami de "pseudo-sciences" au ton bien cavalier que j’ai répondu point par point dans mon blog aux pseudo arguments scientifiques de l’AFIS ainsi qu’aux calomnies qui ont valu à d’autres des condamnations pour diffamation devant des tribunaux parisiens.
      Marie-Monique Robin
      • Sacré Robin va ! 10 mars 2008 13:15

        Fichtre, en plus d’être journaliste, notre amie s’intronise aussi scientifique !!!
        Incroyable...au fait, à combien de publications sur la transgénèse pouvez-vous prétendre ? Et la génétique ? Quand on en appel à Pusztail (Séralini était malade pour votre doc en toc ?) pour soutenir une pseudo-démonstration et qu’on infirme les propos de VRAIS scientifiques qui démontrent preuves à l’appui que ce chercheur à fait fausse route, on se fait petite, toute petite.
        Ne vous enfoncez-pas, Kuntz, Houdebine ou tous ceux qui travaillent sérieusement sur le sujet doivent bien rire en vous lisant.
        Je précise que je suis géographe, mais que la prudence et l’esprit critique me font préférer les sites sérieux (dont l’AFIS en effet et l’AFSSA) à ceux, plus promotteurs de l’irrationnel comme Greenpeace.
        Scandalisé également d’une presse qui se répand autant sur ce genre de reportage qui mélange tout. A force d’être partout, on est nulle part...

        • Les arguments de ce « géographe » me font penser à l’époque où de très sérieux scientifiques en blouse blanche nous assuraient que le vilain nuage radioactif de Tchernobyl avait contourné la France... Ils nous faisaient de belles démonstrations à la télé pour nous dire : « rentrez chez vous, dormez tranquilles, n’écoutez pas tous ces petits cons qui veulent retourner au temps où l’humanité s’éclairait à la bougie. » Les écologistes et les VRAIS scientifiques qui osaient affronter les mensonges officiels étaient traités comme de la merde. Pourtant, qui avait raison ?
          Les pro-OGM utilisent les mêmes méthodes que les nucléopathes. Ils prennent de haut les arguments des citoyens qui osent se poser des questions. Ils méprisent, ils insultent celles et ceux qui osent leur résister. Par pure bêtise ou par reconnaissance du ventre (combien de « scientifiques » sont-ils nourris par les géants de l’agro-alimentaire ?), ils jouent à merveille leur rôle de fidèles larbins et de savants fous. Cette farce macabre ne durera qu’un temps.
          Par ailleurs, le problème des OGM ne se limite pas seulement à l’aspect environnemental. La dimension humaine et économique est aussi catastrophique. Monsanto, entre autres firmes, incarne le capitalisme dans tous ce qu’il a de plus criminel et ignoble. C’est révoltant et le monde ne tardera pas à se révolter contre ces monstres qui mettent froidement en pièces la Terre et les Hommes.

          • Ce qu’il y a de bien chez les anti-tous, c’est leur lisibilité irrationnel. Passons sur le nuage de Tchernobyl, argument prédigéré qui consiste a faire l’amalgame entre une technique et ses applications ; l’habitude sans doute (dans le genre il reste aussi le syndrome Galliléen). Avez-vous par ailleurs une seule preuve d’un seul mort imputable à Tchernobyl en France ?
            Je n’ai pas mis de guillemets à "journaliste", je vois que vous en mettez à "géographe". Tellement attendu que ça en est risible.
            Madame Robin n’a fait qu’un travail de sédimentation d’arguments mille fois infirmés depuis des années et repris en coeur par une presse aveugle et souvent abrutie à l’endroit des sciences (paranormal, pseudo-médecines, astrologie ou autre billevesée ont souvent bonne presse et Monique Robin en est une digne représentante -conf le doc sur le paranormal qu’elle a produit-). Par ailleurs, combien de défenseurs des OGM calomniés pour un seul anti portée aux nues ? Combien d’articles critiques sur le doc de la journaliste ? Aucun.
            Et où voyez-vous que je défends Monsanto ? C’est une firme comme les autres, loin d’être philantropique et par ailleurs nain industriel (environ 600ème sur l’échiquier mondial) : un peu juste pour contrôler politiques, rapports scientifiques et autre pièce montée conspirationniste.
            Quand comprendrez-vous que les Monsanto ce n’est pas les OGM, et les OGM pas Monsanto ? Cette méthode culturale existerait sans le semancier, que vous le vouliez ou non.
            J’ajoute que madame Robin est d’une démagogie incroyable lorsque pointe l’agent orange mis au point par la firme. Dégueulasse les agissements de Mosanto ? oui et mille fois oui...mais dites moi, saviez-vous que c’est Boeing qui à largué la bombe H sur Hiroshima, que Bayer, la maison mère de l’aspirine à aussi produit le gaz moutarde en 14-18, que Hugo Boss a eu sa carte du parti Nazi est qu’il restera dans l’histoire comme celui qui a confectionné les uniformes des Waffen SS ?? Pendrez-vous encore l’avion, cesserez-vous l’aspirine pour autant ? Monsanto est suffisamment critiquable en tant que multinationale (comme toute les autres ni plus ni moins) sans avoir à en rajouter de la sorte.
            Pour les savants. Que les recherches se fassent par fonds privés c’est regrettable, mais tentez une recherche avec fonds publics en France et votre labo sera saccagé, les champs détruits. Ignorez-vous de plus que ce n’est pas le semancier US qui produit les connaissances sur les OGM mais les universités américaines ? Et puis quoi, un scientifique qui offre ses talents à des agro-industriels et de facto un pourri et un vendu. Si j’ai bien compris, dans ce cas, la valeur d’une expertise n’a plus aucune valeur intrasèque mais extrasèque c’est bien ça ? Elle sera forcément biaisée si le scientifique oeuvre dans le privé ? Et par truchement, le vrai rapport, les véritables tests de toxicités se doivent d’être établis pas des "chercheurs purs" : peu importe le contenu donc, seul le commanditaire assure de véritables analyses. Comme le CRIIGEN c’est ça ? Financé par qui au fait ? Carrefour (minuscule entreprise qui aime son prochain bien sûr et qui pèse juste 30 fois plus que Monsanto). Un peu juste comme analyse. Ce qui doit être analysé c’est la valeur scientifique d’un rapport, pas le financement dudit rapport.
            Je précise (au cas ou) que j’ai toujours voté LCR, que je me retrouve dans bien des idées soutenues par José Bové mais qu’à l’endroit des biotechnologies, tout nous sépare.
        • Sacré Robin va ! 11 mars 2008 23:08, par Louvert

          Mon cher ami, il me semble que si on laisse aux seules personnes exerçant un métier ou une fonction, le droit d’en parler, vous n’aurez bientôt plus le droit de parler de rien, car à la première critique que vous émettrez sur votre propre travail... vous serez licencié, donc réduit au silence !
          Soyons sérieux : les journalistes d’investigation ont le devoir de n’être assujettis à aucun lobby ni groupe de pression d’aucune sorte ce qui leur permet justement, en enquêtant de façon sérieuse, de contrer la propagande de tous ceux qui ne cherchent qu’à nous faire acheter leur production pour pouvoir s’enrichir sur notre dos.
          Dans votre propre intérêt, ouvrez les yeux ! Il y va de votre survie.
        • Sacré Robin va ! 12 mars 2008 22:22, par Ave Cesar

          Monsieur sacré scientifique,
          Ce sont des gens comme vous qui discréditent la Science par leur
          sarcasmes leurs rires comme si notre époque n’est pas assez tragique...
          Nous avons eu droit au Mammouth Allègre, et ça continue avec vous.
          C’est le nouveau style scientifique.
          Vous êtes gonflés d’orgueil arrogants rigolards suffisants.
          La science avec vous non merci.
          Et finalement vos insultes se retournent contre vous, vous donnez raison
          à Mme Robin, par votre vocabulaire indigne.
          Et bravo pour ce pensum indigeste, le mépris des pauvres ignorants
          continue mais les catastrophes constatées en Inde ne semblent même
          pas vous intéresser, vous crachez vos arguments comme des armes
          des tapis de bombes style B52...
          Mais vous, vous et votre belle image de celui qui sait, ça c’est intéressant !
          Vous voulez que tout le monde vous loue et vous reconnaisse comme un grand homme, avouez, au fond de vous, vous en mourez d’envie, être le meilleur !
          Et ne vivre qu’avec vos pairs, loin de tous ces minus !
          En attendant les filières scientifiques sont de plus en plus abandonnées.
          Regardez-vous...
    • Sacré Robin va ! 10 mars 2008 12:25

      Arf, le lien est mort
      tant pis, je poste la réaction de Marcel Kuntz, qui lui, connait au moins ses dossiers.
      Le film « Le monde selon Monsanto » part du postulat que le passé (années 60 et début 70, voire avant) de la firme chimique Monsanto « éclaire ce qu’elle est ou prétend être aujourd’hui ». Les culpabilités passées, si elles sont avérées, amenant à la conclusion, leitmotiv du film, « on ne peut pas faire confiance à Monsanto, jamais ! ».
      La posture générale peut être ainsi synthétisée :
      a) les biotechnologies sont intrinsèquement dangereuses ;
      b) les risques ne sont pas évalués comme ils devraient l’être ;
      c) cette insuffisance est imputable à l’influence de Monsanto sur les instances d’évaluation.
      Le cas de la production du L-Tryptophane serait l’illustration première de la déficience des instances d’évaluation : il s’agit bel et bien d’un véritable accident industriel imputable à une mauvaise filtration pouvant laisser passer un contaminant (Belongia et al. (1990). An Investigation of the Cause of the Eosinophilia-Myalgia Syndrome Associated with Tryptophan Use", The New England Journal of Medicine, 323(6) :357-365) ; signalons d’ailleurs qu’il ne s’agissait pas d’un produit végétal mais bactérien, et que la firme responsable n’était pas Monsanto, ni même américaine, puisqu’elle était japonaise (Showa-Denko KK).
      Afin d’examiner la validité scientifique du film, ce texte se concentrera sur les seuls arguments scientifiques relatifs aux seuls OGM. Les autres thèmes, Agent Orange, hormone de croissance bovine recombinante et l’herbicide RoundUp, tout comme les autres aspects (économiques, sociaux, etc.), mériteraient aussi d’être commentés mais le choix a été réalisé de se focaliser sur les arguments scientifiques maltraités dans le reportage.
      Argument n° 1 : le principe d’équivalence substantielle aurait conduit à considérer les OGM comme équivalents aux autres aliments, et donc à ne pas les évaluer
      Dans les années 90, un débat a porté sur les risques potentiels des applications de la transgénèse (sont-ils de nature différente de ceux des autres variétés végétales ?) et sur la façon de les évaluer. Le concept de substantial equivalence a été proposé comme un outil d’évaluation des incertitudes, dans un cadre d’harmonisation des approches étatsunienne et européenne (1). Il s’agit d’une méthode comparative de l’OGM avec un organisme reconnu comme sûr (en raison d’un long usage antérieur), c’est-à-dire la variété non-OGM la plus proche (hormis le transgène). La réalisatrice du film a, quant à elle, compris qu’il s’agissait d’un principe dispensant l’OGM d’études ! Il s’agit donc d’un contre-sens complet.
      Ce principe a évolué depuis l’origine : il est aujourd’hui considéré comme une étape (impliquant des analyses vérifiant expérimentalement la composition équivalente en substances chimiques) vers d’autres études (tests toxicologiques sur rongeurs par exemple), si nécessaire.
      La principale faiblesse de ce passage du film est qu’il assimile des risques théoriques à des risques avérés, et un débat sur ces risques à une preuve de la dangerosité.
      Argument n° 2 : le « lanceur d’alerte » Arpad Pusztai aurait été sanctionné car ses travaux montreraient la dangerosité des OGM
      Le 10 août 1998, Arpad Pusztai annonça à la télévision britannique qu’il était en mesure de prouver que les plantes transgéniques pouvaient entraîner des effets inattendus (sur des rats en l’occurrence). Il s’agissait d’une lignée de pomme de terre expérimentale (n’appartenant pas à Monsanto). Que cette annonce ait suscité une excitation médiatique est étonnant en soi car, dans un passé récent, trois variétés de pomme de terre conventionnelles n’ont pu être commercialisées pour cause de présence intempestive de substances toxiques, sans que cela n’attire l’attention de la presse … De plus, si une variété OGM devait se révéler, à l’étude, impropre à la consommation, elle ne serait pas commercialisée, sans que cela préjuge du cas des autres OGM : les évaluations se font, et doivent se faire, au cas par cas.
      Contrairement à ce qui est dit dans le film, le directeur de l’Institut de recherche de Pusztai n’était pas au courant des soi-disant résultats de son chercheur : submergé d’appels de la presse le lendemain de l’interview, incapable de répondre, il mena une enquête qui lui suggéra qu’aucune donnée fiable n’était en possession de Pusztai. Ce dernier n’a d’ailleurs jamais publié dans un journal scientifique ses affirmations médiatiques (sa publication d’octobre 1999 ne reprend pas la plupart de ses allégations de 1998). Il y a donc eu une entorse grave à la déontologie scientifique qui veut que les données soient d’abord publiées dans un journal scientifique (et ainsi soumises pour examen critique par tous) avant médiatisation : dans le cas contraire, les affirmations ne peuvent être vérifiées, ce qui ouvre la voie à toutes les allégations fantaisistes.
      Pusztai persiste aujourd’hui dans sa posture victimaire, mais en fait il n’a jamais convaincu la communauté scientifique, et encore moins la commission qui l’a entendu et qui a conclu a des résultats « deeply flawed ». Tous les éléments du dossier sont présentés dans la référence (2, de manière équilibrée (y compris sa défense par quelques personnes qu’il a lui-même sollicitées).
      Argument n° 3 : l’évaluation du soja transgénique serait insuffisante et montrerait des anomalies sur les animaux
      Parmi les amis de Pusztai figure Ian Pryme (ils ont collaboré à de nombreuses reprises). Dans le film, Pryme « décortique » une publication de Hammond et collaborateurs (3) décrivant l’évaluation du soja génétiquement modifié (GTS ou 40-3-2) de Monsanto. Bien que publiée dans un journal scientifique reconnu, l’étude de Hammond et al. serait, pour Pryme, « de peu de valeur » et de la « mauvaise science ». Précisons que Pryme était un scientifique compétent, mais que l’on voit mal en quoi ses travaux scientifiques lui permettent de remettre en cause une publication peer-reviewed et qui, depuis sa publication en 1996, n’a été contestée par aucun spécialiste du domaine.
      Examinons en détail l’un des arguments à charge contre le soja GTS de Pryme. La publication montrerait une coloration plus prononcée du foie de rats gavés de ce soja ! Précisons d’abord que cette publication jugée « minimaliste » a examiné les effets sur des rats mais aussi sur des poulets, des poissons et des vaches laitières (sans anomalies). Que lisons-nous page 723 ? Plusieurs individus ont présenté une coloration plus sombre du foie (tous les autres paramètres étant normaux) chez les rats gavés du soja GTS. Effectivement. Ce que Pryme omet de préciser est que cette même caractéristique a également été observée chez les rats nourris de soja contrôle (non OGM) et n’est donc pas liée à la modification génétique, mais plus probablement à la consommation, en quantité élevée, de soja cru.
      Précisons, car le film omet de le mentionner, que deux autres publications de 1996 montrent, pour ce même soja, par rapport à un soja contrôle, une composition similaire en nutriments et anti-nutriments (4) et que la protéine spécifique du soja GTS ne montre pas d’effet dans des tests de toxicité aigüe (5). De plus, une publication de 2005 montre que l’introgression du transgène dans d’autres variétés de soja ne change pas leur composition en substances principales (6). Mêmes résultats quand le soja est cultivé en Europe (Roumanie) (7). Une étude de l’Université d’Etat du Dakota du Sud, sur plusieurs générations de souris nourries de ce soja, n’a pas révélé d’anomalies (8). Toujours dans la liste des omissions du film, une étude d’un groupe hospitalier danois qui ne montre pas de problème d’allergie pour ce soja (9). Et pour finir, citons l’avis européen (10).
      Argument n° 4 : les échecs du coton Bt pousseraient les paysans indiens au suicide
      L’efficacité du cotonnier Bt n’est pas celle du maïs Bt. Les générations actuelles de cotonniers génétiquement modifiés permettent de réduire significativement le nombre d’épandages d’insecticides (d’un facteur trois à quatre) mais ne les abolissent pas pour autant complètement : les variétés actuelles de cotonnier ne sont pas protégées contre tous les ravageurs et cette protection est variable suivant la saison (11, 12, 13).
      Même si certains épandages restent nécessaires, ces résultats positifs des cotonniers Bt, cultivés dans neuf pays en 2007, suffisent à expliquer que la part des agriculteurs indiens acquérant des semences biotechnologiques soit passée de 0 (en 2001) à 63 % (en 2007 ; soit 3, 8 millions d’agriculteurs) (14). Les difficultés rencontrées localement doivent être analysés en fonction des situations locales (15), sans oublier qu’en Inde ont pignon sur rue des vendeurs de variétés non-certifiées, quelquefois vendues comme transgéniques (Bt) alors qu’elles ne le sont pas.
      En résumé, le film met en scène des événements dramatiques, réalise une sélection partielle et partiale de l’information et désigne un coupable – les OGM – : il relègue artificiellement au second plan le rôle des facteurs les plus souvent invoqués pour expliquer ce phénomène initialisé bien antérieurement à l’introduction des semences biotechnologiques, à savoir le surendettement et l’usure (16) et omet totalement les études qui montrent des bénéfices pour les cultivateurs de Bt (17). Le film omet aussi de mentionner que l’entreprise américaine Monsanto n’est plus la seule à vendre des semences biotechnologiques de cotonnier en Inde (18, 19) et que la recherche publique y développe ses propres variétés OGM (20).
      Argument n° 5 : le maïs transgénique envahirait le Mexique et produirait des formes monstrueuses
      Le film donne le beau rôle à Ignacio Chapela qui prétend avoir détecté, au Mexique, la présence de transgènes en provenance de maïs OGM des États-Unis. Le fait que les travaux de ce chercheur ait été contestés, contredits par d’autres et désavoués par la revue Nature (voir 21, pages 28-29) est passé sous silence dans le film : Chapela serait la victime d’une « campagne de diffamation » ! N’est pas mentionnée non plus la réflexion exemplaire, déjà menée, sur les implications qu’auraient l’utilisation de maïs transgéniques au Mexique (22), ni l’analyse de Bellon et Berthaud (23) montrant que ce n’est pas la présence d’un transgène qui nuirait à la biodiversité du maïs dans ce pays mais l’abandon des pratiques de sélection traditionnelle des fermiers paysans.
      Des sommets sont atteints lorsque sont montrées des images de mutation affectant la morphologie florale et qui seraient susceptibles de se diffuser dans les maïs mexicains. Ce qui est montré (le film parle d’une espèce locale) est en fait une crucifère nommée Arabidopsis thaliana, plante modèle de laboratoire, utilisée entre autres pour étudier le développement floral, grâce notamment à ces mutations (dites homéotiques). Précisons, pour sortir de la vision apocalyptique du film, que certaines de ces mutations, qui peuvent apparaître spontanément, procurent le caractère « fleurs doubles » particulièrement apprécié des amateurs de fleurs ! Pour faciliter la recherche, ces caractères peuvent être créés par transgénèse, grâce à la propriété du transgène de s’insérer aléatoirement dans le génome (au moment précis de la transformation, mais plus dans les lignées sélectionnées). Le film insinue que ces événements aléatoires pourraient survenir par croisements d’une lignée transgénique de maïs avec des variétés non-transgéniques. Ce qui est faux puisque la lignée transgénique commercialisée possède une seule insertion, qui est stable, et ne saute plus aléatoirement dans le génome. Ces affirmations sont, de plus, parfaitement grotesques quand on sait que plus de la moitié du patrimoine génétique du maïs est formée, sous l’effet des mécanismes de l’évolution (mutations, sélection naturelle), d’éléments génétiques résultant d’insertions de fragments d’ADN, générés par le maïs lui-même nommés rétro-transposons…
      Ces connaissances scientifiques n’empêchent pas un militant anti-OGM – que l’on voit manipuler sans scrupules des paysans en leur montrant des images de « monstres » (par exemple, plantes avec trois épis) – de prétendre qu’il s’agit de maïs transgéniques, qu’il faut arracher sous peine de les voir envahir les champs de maïs traditionnel.
      En guise de conclusion
      À la formulation d’une hypothèse classique selon laquelle les biotechnologies végétales constitueraient, pour l’entreprise américaine Monsanto, un choix stratégique en faveur de la biologie la repositionnant par rapport à la chimie, son métier d’origine, le film préfère prêter à Monsanto l’intention de « contrôler la nourriture » et les « populations du monde ». L’objet du reportage est de documenter cette opinion, mais force est de constater qu’il est truffé d’allégations pseudo-scientifiques. Comme la plupart des personnes convaincues par avance du caractère néfaste des OGM tout comme des motivations des entreprises biotechnologiques, la réalisatrice, non outillée pour faire le tri entre le vrai et le faux sur le plan scientifique, ne se montre ainsi perméable qu’aux seuls arguments allant dans le sens de ses a priori et expose aux téléspectateurs l’image d’un monde binaire, avec des bons et des méchants.
      Marcel Kuntz, 3 mars 2008
      Vaala
      • Sacré Robin va ! 11 mars 2008 19:48, par Geant vert

        Tiens !Un expert !
        L’expert a parlé,l’expert a raison !
        Mais en dehors de tout "débat" sur l’innocuité ou non des OGM,fondamentalement ils vont servir à quoi ?
        Epargnez moi "nourrir l’humanité souffrante",qui n’a jusqu’ici que peu interessé monsanto.
        Merci
      • Sacré Robin va ! 11 mars 2008 22:16, par VerneL

        Personnellement, j’ai toujours eu du mal à croire l’indépendance de scientifiques financés par des firmes agro-alimentaires. En effet, M Kuntz, je ne remets absolument pas ses compétences en cause, mais comment peut-il vraiment être indépendant alors que ses travaux sur les OGM sont en parti financés par des industries agro-alimentaires (cf. http://www.france.attac.org/spip.php?article1701).
        Avant de citer des scientifiques, merci de se renseigner pour qu’ils travaillent !
        Merci Marie-Monique Robin de nous informer !!!

        Voir en ligne : http://www.france.attac.org/spip.ph...

        • Danger intox 12 mars 2008 09:16

          CQFD... Comme le montre bien le documentaire de Marie-Monique Robin, les sbires de Monsanto (et leurs semblables) sont les rois de l’intox. Ils sont notamment capables d’envoyer des tonnes de mails foireux en se faisant passer pour n’importe qui (et même pour des sympathisants de la LCR et de José Bové ?) dans l’espoir de manipuler l’opinion. Comme l’on fait des personnes dans le documentaire, il suffit parfois de remonter à la source des mails litigieux pour découvrir le mic-mac.
          Qui peut défendre Monsanto sinon Monsanto ? Des scientifiques indépendants ont montré les méfaits et les mensonges de la multinationale dans divers domaines. Quant aux paysans mexicains, indiens..., ils n’ont besoin de personne pour constater en direct les méfaits de la logique criminelle du semencier !
        • les scientifiques, tous pourris... 13 mars 2008 15:06, par tybert

          Marcel Kuntz est membre du CNRS, et tout le monde sait que cet organisme est une filiale de monsanto, pas vrai..
          C’est Goebbels qui disait en substance en parlant de la propagande : " plus c’est gros, plus ça passe", en foi de quoi, les pauvres paysans indiens se suicident parce que le coton Bt leur fait faire des bénéfices ( ce n’est d’ailleurs plus monsanto qui produit le coton Bt en Inde mais des entreprises indiennes..) en foi de quoi les américains qui ingurgitent des OGMs tous les jours depuis 10 ans meurent comme des mouches parceque les OGMs c’est pas bon pour la santé...etc..etc..Mais Mme Vandana Shiva mêne une campagne contre les OGMs parce que ce sont les fruits de la science occidentale colonialiste et ne sont pas issus de la science védique ...
          Pour en revenir à Goebbels je préfère rappeler Audiard : " Les cons ça ose tout, c’est à ça qu’on les reconnait"
          • les scientifiques, tous pourris... 13 mars 2008 20:50, par Ave Cesar

            Encore un Mammouth !
            Pauvres scientifiques tous contaminés, ooh lala.
            Comme les paranoïaques, vous n’en finissez pas de tout réduire à un débat binaire, les cons innombrables et moi, Ô moi,tout le monde devrait être comme moi, grand scientifique !
            Je me montre en exemple. Tout simplement. Vive moi.
            Le CNRS SS ? Mais pourquoi pas, amusez-vous avec vos cubes !
            Vos imageries et vos fantasmes n’intéressent que vous, et
            laissez le CNRS tranquille, pensez aux individus et comment
            ils se conduisent au lieu de tout outrer ou symboliser.
            Quel mauvais avocat vous faite, mais trés bon troller.
            D’autres scientifiques seront ici mieux que vous : lesquels, hein, ah...non je ne vous donnerai pas ce plaisir, pas à un
            pervers comme vous, un Goebbels refoulé (vous n’auriez pas dû le citer, malheureux !)
  • 12 mars 2008 23:05

    Le collectif anti-OGM de Rouen (Attac, Greenpeace, Confédération paysanne...) organise une projection-débat du film "Le monde selon Monsanto" de Marie-Monique Robin le jeudi 20 mars, à 20h30, salle du Conseil général, rue Saint-Sever, à Rouen (rive gauche).