Luc, ci-joint l’interview de mon ami le Rabbin Haïm Korsia dans France-Soir :
Haïm Korsia, rabbin, père de famille : “Enseigner la Shoah, oui, mais pas forcément en CM2”
Le rabbin Korsia, aumônier général israélite des armées, organise chaque année un voyage pédagogique à Auschwitz. Il n’emmène jamais d’élèves de moins de 15 ans. Il adhère à l’idée du Président mais pose la question de l’âge.
FRANCESOIR. Que pensez-vous de l’idée de créer une relation identitaire entre un élève et un enfant victime de la Shoah ?
HAÏM KORSIA. La méthode est extraordinairement riche, très pédagogique. Cela permet de matérialiser l’histoire : l’enfant n’est plus spectateur ou simple lecteur, il est acteur. Rendons hommage à Serge Klarsfeld qui justement, par son travail, a rendu un nom et un visage à chacun des 11.000 enfants français victimes de la Shoah. Grâce à lui, ils sont sortis de l’abstraction, ils ne sont plus une statistique. La proposition de Nicolas Sarkozy relève de la même intention.
F.S : Mais n’est-elle pas émotionnellement dangereuse ? Comment un enfant de 10 ans peut-il appréhender sans traumatisme l’horreur de la Shoah ?
H.K : Effectivement, l’idée est bonne mais est-elle adaptée aux enfants de cet âge ? Est-ce la classe idéale ? Je ne suis pas sûr. C’est la seule question valable. En CM2, j’ai pu le constater à travers les récits de mes enfants, il y a souvent des problèmes familiaux, le divorce des parents, toutes sortes de choses qui, déjà, déstabilisent les élèves. A mon avis, il faut faire valider ce projet par des pédopsychiatres.
F.S : A quel âge peut-on expliquer sans risque des événements si incompréhensibles ?
H.K : Tout dépend de ce que l’on enseigne. Par exemple, des enfants de 9 ans lisent Le Journal d’Anne Frank, j’ai acheté le DVD aux miens, ils comprennent. On encourage la lecture de ce livre en primaire. L’histoire d’Anne Frank, Hollandaise, est aussi celle de milliers de petits Français. Pourquoi serait-ce plus difficile à entendre ? L’enfant doit savoir que, dans son quartier, dans son école, le petit Moïse Apelbaum a vécu, étudié, avant d’être déporté et gazé. Simplement, il ne peut pas tout recevoir, tout voir. Adultes, nous avons du mal à regarder des films sur la Shoah. Et moi, je me refuse à emmener des élèves de moins de 15 ans à Auschwitz. J’accepte parfois des lycéens en classe de seconde, mais le plus souvent, seules les premières et terminales m’accompagnent.
F.S : Ne craignez-vous pas que cette proposition suscite des réactions antisémites ?
H.K : Non. Comme l’enseigne le Talmud, les hommes qui ont des sentiments antisémites les auront toujours. Je sais que la communauté juive préfère la discrétion, estimant que trop parler des Juifs est dangereux. Mais la Shoah, ce n’est pas une tragédie qui n’appartient qu’aux Juifs. La Shoah touche l’ensemble de la conscience mondiale, elle concerne l’humanité entière, et par conséquent tous les Français".