Le Scriptorium d’Albi

Le Scriptorium d'Albi

Vous avez jusqu’au 15 décembre 2007 pour vous rendre à l’exposition présentée à la médiathèque Pierre-Amalric d’Albi ; sinon vous pouvez demander au Père Noël de vous livrer le catalogue de l’expo. Ou les deux. Dans tous les cas, vous ne sera pas déçu …

Deux ans après l’exposition sur les incunables qui a connu un succès mérité, la ville d’Albi vous propose à nouveau de vous faire découvrir les traces les plus précieuses de son histoire …
Pour cette année, ce sont les splendides et rarissimes manuscrits de la cathédrale qui sont mis à l’honneur. Grâce au partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, les archives départementales du Tarn et de la Haute-Garonne, la bibliothèque municipale de Toulouse et la Beinecke Library de l’université de Yale (USA), l’exposition présente pour la première fois tous les manuscrits albigeois du Haut Moyen Age aujourd’hui conservés de par le monde …
Sans avoir été influencée par les Romains car à cette époque, Albi n’était qu’un petit coin gaulois du Rouergue – et Rome n’avait d’yeux que pour Rodez – la ville a réussi à se forger une identité à l’aube du Moyen Age, et le scriptorium de sa cathédrale en est alors l’un des centres le plus dynamique au sein du monde intellectuel de l’Occident méridional. Tous les manuscrits qui vous sont proposés témoignent de cette vitalité culturelle, perceptible dès le VIIe siècle et qui culmine au tout début du XIIe siècle.

Ce splendide catalogue s’articule autour de quatre axes : les textes d’époque avec cette extraordinaire carte du monde qui est reconnue comme étant la plus ancienne aujourd’hui référencée ; les tout premiers manuscrits musicaux ; l’apogée de l’enluminure romane ; et, enfin, les livres des morts du XIIe siècle, une étonnante réalisation …

Ce qui frappe le plus dans le long Moyen Age albigeois, finalement, c’est cette variété des années et cette fugacité des œuvres produites. Comment expliquer qu’autour de 1100 le scriptorium connaisse soudain un apogée tel qu’il puisse produire ses plus beaux manuscrits sous la houlette de l’archidiacre Sicard ? Sans doute est-ce du à son style : il modifia radicalement l’apparence des lettrines franco-saxonnes carolingiennes, tout en en préservant le bâti structuré. La charpente de l’initiale s’affine en un mince bandeau sans couleur – on dit réservé – sur le fond du parchemin et sert de claie à des nœuds d’entrelacs disposés en écheveaux aérés, ainsi qu’aux ramifications plus ou moins exubérantes des rinceaux terminés en palmettes.

Cette région, qui vit naître l’art des troubadours, connut aussi une production de musique religieuse caractéristique qui se révéla dans des genres nouveaux. En effet, l’activité poétique et musicale était intense dans les scriptoria albigeois qui possédaient et copiaient, outres des manuscrits liturgiques, les classiques latins et des ouvrages de théorie destinés à l’enseignement.
La notation aquitaine a souvent été appelée notation à points en raison de son aspect ponctué … L’ensemble ici présenté offre un aperçu remarquable de l’évolution des notations aquitaines, notamment celles, très soignées, portées sur les sacramentaires du premier quart du XIIe siècle qui trouvent leur aboutissement dans les neumes qui, dès la fin du siècle, peuvent être répartis sur plusieurs lignes.

Par rapport à d’autres diocèses, il faut ici souligner l’exceptionnelle richesse des obituaires de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi. En effet, il est très très rare de pouvoir avoir accès à autant de manuscrits originaux, pour une période aussi longue, allant du début du XIIe au milieu du XVIIe siècle … Pour la cathédrale, quatre documents sont conservés : un calendrier nécrologue du XIIe siècle, un martyrologue obituaire de la moitié du XIIe, un obituaire du début du XVe et un du XVIIe. Cette richesse de patrimoine permet de suivre concrètement – et cela jusqu’à leur extinction – les évolutions des pratiques de commémoration des défunts.

Cette exposition – et ce catalogue – montre les plus belles pièces manuscrites produites par les clercs de l’église albigeoise. Elle montre qu’il y a bien eu un Moyen Age des Lumières, trop en avance sur son temps, un Moyen Age qui s’exprimait aussi, d’une autre manière, sur les célèbres fresques murales de l’édifice, et qui apporta tout son lustre à ce joyau de l’art roman qu’est la cathédrale Sainte-Cécile.

La mémoire de l’homme dure ce que dure son existence, tandis que le temps de l’histoire s’étire les siècles des siècles tant que perdure l’histoire des hommes ; et sur notre terre, alors, même l’éternité devient périssable … Mais une trace subsiste qui la fige au-delà des normes, témoin imputrescible. Cependant, le temps est trop puissant et bien trop cruel pour que l’homme puisse lutter et l’empêcher de réduire à néant tout désir d’immortalité. Car l’éternité, pour exister, doit échapper à ce monde.

Matthieu Desachy (sous la direction de), Le Scriptorium d’Albi – les manuscrits de la cathédrale Sainte-Cécile, coll. "Trésors écrits Albigeois", 240 x 270, Editions du Rouergue, septembre 2007, 174 p. – 40,00 €