Ne touchez pas à NASREEN
La bêtise atteint dans certaines sociétés des dimensions surhumaines. On savait que le conformisme et le fanatisme ont la peau dure, mais de là à assister à des démonstrations publiques de masses emportées par la barbarie et la haine, il y a, décidément, tout un monde que nous ne connaissons plus. Dans cette orgie plébéienne, les écrivains passent souvent pour les boucs émissaires les mieux lotis.
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Quel est le tort d’un auteur si la société qu’il entoure vit dans des paradoxes et des contradictions archaïques ? Â cette question, la pauvre Taslima Nasreen n’a toujours pas obtenu une réponse. Et pourtant, il en va de sa vie qu’elle risque quotidiennement de perdre au vu de la haine et des appels au meurtre dont elle fait l’objet depuis des années.
Rien que durant la semaine dernière, la romancière bangladaise a du quitter précipitamment Calcutta où elle vivait en exil. Des émeutes d’une violence inouïe, faisant une cinquantaine de blessés, ont contraint l’écrivaine à se réfugiant après dans un hôtel de New Delhi. Il faut dire qu’en août dernier déjà, des chefs musulmans indiens l’ont condamnée à mort, à la suite d’autre écrit critiquant notamment le sort réservé aux femmes dans la société islamique.
 cause de ses engagements contre l’islamisme et le fanatisme musulmans, plusieurs ouvrages de Nasreen ont été interdits au Bangladesh et en Inde afin de ne pas heurter certains musulmans. Il est vrai que ses déclarations sur le Coran ont propulsé Taslima Nasreen à l’avant-garde de la plus célèbre controverse de ces derniers temps. Mais jamais nous n’avons vu une telle haine populaire, manipulée et alimentée par de nombreux partis politiques islamistes, viser une écrivaine dont le seul tort est de véhiculer dans ses livres des idées modernes et des critiques justes à l’encontre d’une religion qui se veut la plus parfaite depuis l’existence humaine. Qu’on se le dise enfin en toute franchise : tout homme a le droit de ne pas aimer l’islam et de penser que les musulmans n’ont pas le monopole de la vertu et les tickets d’entrée au paradis promis.
L’écran de fumée de la passion religieuse et communautaire a obscurcit la vision de la Ouma musulmane dont aucun de ces savants imams, du Mechraq au Maghreb, n’a levé le petit doigt pour condamner ces appels au meurtre et ses manifestations dignes des temps préhistoriques. Evidemment, ce sont toujours les musulmans qui sont les victimes du complot sioniste et américain. Tout le monde est pourri et dévergondé sauf bien sur les valeureux musulmans. Après Mohamed Choukri, Salman Rushdie, Naguib Mahfouz, c’est aujourd’hui au tour de Nasreen de servir de défouloir pour la mauvaise conscience musulmane.
Les livres de Nasreen portent sur les entraves et les restrictions qui emprisonnent les femmes dans une société musulmane conservatrice, à base religieuse, et sur les barrières mentales créées et consolidées par un islam rigoriste. Ces réalités non seulement elles existent, mais elles sont aussi intériorisées par les musulmans eux-mêmes. La plume d’un écrivain pareille à un fouet ne que tomber vivement sur des frontières établies par une religiosité exacerbée par des idées haineuses à l’encontre de tout ce qui est humain. N’en déplaise aux derviches, la littérature sera toujours leur ennemie le plus redoutable. Alors islamistes de tout bord ne touchez pas à Nasreen car pour cela il faut nous occire nous tous qui sont plus que jamais déterminés à vous faire un éternel Djihad littéraire…
