LA JUSTICE RABROUE L’OPUS DEI

LA JUSTICE RABROUE L'OPUS DEI

L’Opus Deï avait eu la curieuse idée d’attaquer en
justice un (excellent) roman : Camino 999, écrit par
Catherine Fradier sans penser qu’elle allait s’attirer
les foudres divines, ou tout le moins celles des
serviteurs zélés d’un dieu vengeur que d’aucuns, et
moi avec, qualifieraient d’un autre âge.

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Les magistrats de la 17e chambre correctionnelle du
Tribunal de grande instance de Paris ont tranché.
L’assignation en diffamation déposée le 31 mai 2007
par l’Opus Dei contre et Jean-Jacques Reboux, éditeur,
et Catherine Fradier, auteure de Camino 999, a été
déclarée nulle, donnant raison à leur avocat, Me
Emmanuel Pierrat.

Une bonne nouvelle pour la liberté d’expression, à
l’heure où l’on constate une tentation grandissante
des bien-pensants de tout bord à s’en prendre sous
quelque prétexte aux oeuvres de fiction.

L’Opus Dei a
été déboutée de sa demande (30.000 euros de dommages
et intérêts)et condamnée à verser à l’auteure et à
l’éditeur du roman 2.000 euros de dommages et intérêts
au titre de l’article 700 du Nouveau code de
procédure civile. Bah, ça ne les ruinera pas !...

Par
ailleurs, l’Opus Dei a été condamnée aux dépens et
devra donc régler la totalité des frais de justice
engagés par cette plainte.

L’affaire ne sera donc pas jugée au fond. La
question "Camino 999 est-elle une
oeuvre diffamatoire envers l’Opus Dei ?" ne sera pas
débattue devant la justice. Tant mieux pour les
écrivains, la démocratie et. les nerfs éprouvés de
Fradier et Reboux !

Cette décision judiciaire est d’une importance
vitale. Pour Catherine Fradier, qui va pouvoir
continuer à écrire des romans mettant en
lumière certains éléments sombres de notre société.
Pour les éditions Après la Lune, qui vont donc pouvoir
continuer à exister - une
condamnation les aurait contraint à mettre la clef
sous la porte - et à publier des livres de fiction, dans les conditions (difficiles) qui sont celles des petits éditeurs !

Mais il faut
des petits pour ouvrir leur gueule, quand les gros
baissent leur pantalon et les lecteurs mangent à la
gamelle la merde qu’on leur sert...

Me Emmanuel Pierrat a ironisé, lors de l’audience du
7 novembre, sur le fait que l’Opus Dei aurait été
mieux inspirée de s’en prendre au Da Vinci Code,
éditée par un éditeur du groupe Lagardère - ceci
expliquant sans doute cela.

La décision des magistrats de la 17e chambre
correctionnelle du TGI de Paris lui
a donné raison. Camino 999 n’est donc pas un livre
diffamatoire, ni, comme le prétendait Me
Varaut, avocat de la Prélature, une "fiction
journalistique".

C’est "juste" un
roman, d’ores et déjà sélectionné pour le Prix Polar
SNCF 2007 et le Prix Cezam des Comités d’entreprise
2008.Bonne chance, petit roman qui revient de loin !

le 22/11/2007
Impression

3 Messages

  • 22 novembre 2007 18:21, par Philippe CHAUVEAU-BEAUBATON

    Enfin un vrai jugement qui fera, sans doute, jurisprudence pour toutes les atteintes à la liberté de s’exprimer tant par des propos... que par des dessins, Mon Cher Serge !
    • LA JUSTICE RABROUE L’OPUS DEI 23 novembre 2007 02:04, par Serge

      C’est tout ce qu’on espère, car il ne faut pas oublier qu’il y a quelques jours l’auteur du roman "Le procès de Jean-Marie Le Pen" a perdu devant la justice, comme le pauvre Placid, qui avait eu l’audace en 2001(mais rattrapé l’année dernière) de dessiner un flic avec un nez de cochon (comme par ailleurs l’ensemble de ses personnages, pour qui connait son travail de bédéïste) ! Alors c’est pas gagné non plus, mais c’est une victoire réjouissante.
  • 4 décembre 2007 06:27

    1. La plainte a été déclarée irrecevable parce que les passages diffamatoires n’étaient pas clairement indiqués. Débouté, ce n’est pas jugé.
    2. Il n’y a pas condamnation + dépends, il y a juste les dépends.
    3. Si la liberté d’expression est si importante, pourquoi n’est-ce pas bon de l’aborder dans un procès. Diffamer ce n’est pas s’exprimer.
    4. Il y a une marge entre une fiction avec un prêtre de l’Opus Dei hystérique (Da Vinci) et tout un roman qui mêle fiction et faits réels sur une prétendue Sainte Mafia.
    5. La richesse de l’Opus Dei est très relative : 1,7 million de $ en 2003. Pas énorme pour 80 000 membres alors que le peu d’étudiants que compte Harvard est choyé par un budget de 1,3 milliard, à titre de comparaison.
    6. Comme l’auteur du roman, en n’allant pas regarder plus loin que le bout de votre nez, vous colportez une image fausse. J’avais la même image jusqu’à ce qu’un reportage me pousse à me documenter et à enquêter sur l’Opus Dei. Et la réalité est beaucoup moins trépidante que les fictions...
    Pour ceux qu’une vision objective et très bien contre-balancée intéresse : Opus Dei de John Allen, édition Stanké.