Le MAGue : Avez-vous l’impression que ce Conseil des ministres à Ajaccio peut être une bonne idée pour la Corse ?
Fabienne Giovannini : D’après Nicolas Sarkozy, c’est un conseil des ministres comme les autres, mais où seront sans doute prises des décisions pour la Corse. Mardi soir, son discours devant les élus de l’Assemblée de Corse qui devait nous en donner la primeur a été décevant. Il n’a pas fait mention par exemple de la récente initiative de dialogue faite à la demande d’Edmond Simeoni du groupe Unione Naziunale auquel fait partie notre organisation. Cette proposition de créer une Commission ad’hoc réunissant tous les groupes de l’assemblée, pour parler de tout sans tabou, a été approuvée à l’unanimité et a été mise en place depuis quelques semaines. Elle discute de ce qui fonde la crise corse, des problèmes de violence et du développement économique de l’île. C’est une initiative très importante qui répond à une véritable attente en Corse après plusieurs appels à la paix de différents horizons, y compris de la part de l’église de Corse ou d’initiatives politiques diverses. Le président Sarkozy a totalement ignoré cet événement.
Le MAGue : Parlons-en, de la violence, justement ! Avez-vous le sentiment que les choses ont changées depuis la dernière visite de Nicolas Sarkozy en Corse, l’été dernier ?
Fabienne Giovannini : Les choses ne peuvent pas changer. C’est une chose de condamner la violence, mais encore faut-il œuvrer à la paix, en faisant l’analyse des causes de cette violence et des moyens d’en sortir. S’il suffisait de mettre des gens en prison, il y a longtemps que le problème serait réglé ! Les causes sont beaucoup plus profondes. C’est une question qui pèse en Corse, personne ne peut se satisfaire des dizaines de prisonniers politiques, de la tension permanente et de la répression qui s’en suit. Les Corses en ont assez. Tous les gouvernements qui ont eu cette approche uniquement répressive et de diabolisation n’ont fait qu’empirer le problème. Pour notre part, nous recherchons la voie de la paix et celle-ci passe par un vrai dialogue, sans tabou.
Le MAGue : Votre parti ne prône donc pas l’action violente ?
Fabienne Giovannini : Non ! U Partitu di a Nazione Corsa condamne l’action violence et inscrit son action sur un terrain démocratique et public. Ce qui nous singularise dans la famille nationaliste, voire même déplaît. Le discours général du président mardi soir était à l’incantation plus qu’à l’action. Je ne vois pas la possibilité d’en sortir dans ces conditions. Je ressens même un certain recul de par le ton général agressif, voire provocateur, qu’il a employé à plusieurs reprises. Il apparaît vraiment en décalage avec la réalité corse, certainement s’est-il davantage adressé à l’opinion publique française. C’est dommage.
Le MAGue : Avez-vous toutefois remarqué des propositions pour le développement de l’île ?
Fabienne Giovannini : On attendait des conséquences du Grenelle de l’Environnement, sur la vocation de la Corse par rapport aux énergies renouvelables. Il est resté dans le flou. Même chose par rapport à la dépendance énergétique de la Corse, nous réclamons le raccordement au Galsi, le gazoduc Algérie-Italie, il s’est contenté de dire qu’il en parlerait à Romano Prodi ! Pour la langue corse, il n’annonce rien de nouveau que le réaménagement de l’existant. Or il nous faut des mesures plus offensives pour sauver la langue menacée de disparition selon les rapports de l’Unesco. Nicolas Sarkozy dit être prêt à aller très loin, mais rien de précis n’a été annoncé ! Il a botté en touche au sujet de la ratification de la charte européenne sur les langues minoritaires, qui devrait pourtant déjà être transcrite dans le droit français. C’est une déception supplémentaire. Enfin, sur nos difficultés économiques, je n’ai rien entendu de très concret.
Le MAGue : Comment va se dérouler la journée de mercredi en Corse, à votre avis ?
Fabienne Giovannini : Le Conseil des ministres s’annonce tendu à Aiacciu. Les indépendantistes appellent à manifester, mais toutes les manifestations sont interdites. Même chose du côté des syndicats de salariés. La préfecture est bunkérisée, toute circulation est interdite dans ses abords, même pour les piétons... Il y aura certainement des décisions, et on fera le point lorsqu’elles seront rendues publiques. Nous en reparlerons.
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