Oui, mes remarques sont certainement bêtes. Je pense bêtement que la justice telle qu’elle a été érigée dans notre pays est une chose exercée par la société dans son ensemble, et que je n’ai pas à condamner ou pardonner personnellement une personne pour tel ou tel fait. La victime est la seule à pouvoir pardonner ou non. La société dans son ensemble est la seule à pouvoir déclarer coupable, et c’est au nom de la société que le juge assigne une peine, en proportion du crime commis.
Et c’est la société entière que vous condamnez ici. Vous la condamnez à renoncer devant cette liberté que vous semblez chérir et encourager, et vous condamnez ses membres à devoir imposer des châtiments barbares à d’autres de ses membres. Vous condamnez la société à devoir payer des gens pour alimenter cette barbarie, gardiens de prisons, médecins, infirmières, etc., devant subir le contact permanent de cette barbarie (à moins que vous ne pensiez qu’on peut vivre une vie parfaitement heureuse en cotoyant chaque jour des gens qui n’ont comme seul espoir que de briser leur geôle). Vous condamnez également les proches des criminels dont les familles sont également détruites, et pour lesquelles vous ne montrez pas la moindre considération, mais je suppose qu’être de la famille d’un monstre fait de vous un monstre également.
Pour tout ceci, je suppose, c’est un moindre mal, n’ayons pas peur de renoncer. Vous devez avoir raison. Le problème est que les enfants que vous prétendez protéger grandissent dans cette même société. Je suppose qu’il faut donc aussi leur apprendre qu’il est parfaitement légitime d’enfermer des humains à vie, que la nature humaine est fluctuante et que donc pour les monstres il ne faut pas montrer le moindre soupçon de gène. J’espère que ces enfants vous demanderont de définir un peu plus précisément ce qu’est un monstre, et que vous aurez une réponse très claire, afin qu’ils apprennent à distinguer qui mérite l’enfermement à vie, et qui ne le mérite pas. Mais vous avez aussi l’option protectrice, qui veut qu’on n’en parle pas du tout aux enfants, ainsi quand ils seront grands ils apprendront vaguement ce que sont les centres de détention que vous proposez, après tout nous ne parlons que de monstres, quelle importance que les enfants sachent la manière dont les humains se traitent entre eux dans leur nation ?
Plutôt que d’expliquer à mes enfants qu’il est normal de mettre des gens dans une cage pour toute leur vie, je préfèrerais bêtement leur dire que certaines personnes sont atteintes de pulsions dangereuses, qu’il ne faut pas faire confiance à n’importe qui, leur apprendre à distinguer une personne en qui ils peuvent faire confiance (ont-ils des connaissances en commun ?, depuis quand connaissent-ils la personne ?), et s’ils ont une tendance trop grande à faire confiance à des inconnus, ne pas les laisser sans surveillance. Parce que, voyez-vous, avec mes arguments idiots, je me dis simplement que le fait de mettre en cage un pervers multi-rédiviste, cela ne fera pas revenir la victime dans le passé et empêcher le crime.
En effet, bêtement, je me dis que, primo-criminel ou récidiviste, cela ne fait pas grande différence pour la victime (que je n’oublie pas, malgré vos jugements rapides), et qu’enfermer pour toujours un criminel n’enlèvera absolument en rien le risque que mon enfant soit victime d’un viol par un pervers — il suffit juste que ce pervers n’ait jamais été attrapé auparavant.
Bêtement je me dis
— qu’on ne peut pas enfermer tout le monde a priori,
— que l’effet dissuasif d’une peine lourde face à une pulsion sexuelle est des plus faibles (sachant que le criminel verra d’abord la chance de ne pas être pris, ce qui sera souvent le cas),
— et que par conséquent l’effet d’une peine très lourde est nul quant à la progression de l’exercice de nos libertés.
C’est vrai, je ne suis pas aussi intelligent que vous. Je n’ai pas compris en quoi le fait d’enfermer le dernier pervers en date ayant sévi me donnera moins à craindre pour mes enfants.
Je me dis bêtement
— qu’il est préférable d’apprendre à vivre avec les dangers de la nature humaine, plutôt que de croire qu’enfermer un pervers, ayant déjà sévi, les fera tous disparaître de la société,
— qu’il est préférable d’apprendre aux enfants à éviter les pièges qu’on leur tend plutôt que de les soulager après coup en leur disant « ne t’inquiète pas, cesse de pleurer, celui-là au moins ne reviendra pas »
— qu’au lieu de diminuer le nombre de fonctionnaires dans la santé publique comme cela a été préconisé par le guignol qui nous tient lieu de président, qui a par ailleurs pourri notablement la situation carcérale en bourrant les prisons jusqu’à ras-bord, il faudrait au contraire augmenter la qualité du dialogue sur la pédophilie et les moyens de suivi des gens ayant déjà sévi.