UN MARSEILLAIS A PARIS

UN MARSEILLAIS A PARIS

Les amis, je reviens de Paris, j’y ai vu des choses
tout simplement incroyables...
Déjà, à Paris, il y a des trottoirs : ici, on ne
sait pas ce que c’est ! Des trottoirs, ce sont de
larges espaces aménagés le long des rues pour que l’on
puisse y croiser une poussette ou promener son teckel
sans gêner personne, ni devoir s’écarter lâchement
devant un grand singe sous peine de se faire démettre
l’épaule et plus si affinités. Le pire, frères

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Marseillais, c’est que des trottoirs, vous pouvez même
pas imaginer, il y en a de partout ! Ce qui fait qu’un
piéton peut agréablement circuler en ville toute la
journée sans jamais être amené à haïr son prochain.

A Paris, en plus, ils ont un métro. C’est un engin
de transport en commun qui parcourt la capitale dans
tous les sens et qui ferme tard afin que les Parisiens
puissent un peu sortir le soir. Dingue, non ? Il nous
en faudrait un...

Mais vous noterez qu’à Paris, chose plus incroyable
encore, il existe des commerçants, de vrais bistrots
et de bons petits restaurants chez qui l’on est
aimablement reçu, il faut dire... Si, si, c’est
possible. De même, figurez vous que les endroits de
Paris les plus chouettes et les espaces verts sont
ouverts au public, vous et moi, et l’on peut se
promener sous la tour Eiffel même après vingt heures !
Un peu comme si chez nous, nous étions autorisés à
jouir du panorama nocturne unique depuis
Notre-Dame-de-la-Garde, prendre un bain de minuit aux
Catalans, flâner librement dans le jardin de nos
rares vestiges rescapés des bulldozers ou accéder à la
digue du large sans adhérer à la "franc-pêcherie"
d’une association monopole. Impensable... De quel
droit, vraiment, les Marseillais entendraient-ils
profiter des derniers beaux restes de leur ville ? Qui
sont-ils après tout ? Même pas des touristes !

Au risque de chagriner Kaufman & Broad, qui ont
remplacé Marius et Jeannette dans le coeur de notre
bon maire, il existe à Paris des quartiers entiers qui
n’ont pas été massacrés au profit de la spéculation
immobilière ! Mais si, ça peut exister... et l’on peut
marcher parfois des kilomètres sans croiser un
immeuble moche. Il y a même un centre-ville
historique... et intact ! Comme si des générations
d’élus successifs avaient oublié de passer par là...
A Paris, comme on n’y dresse pas tout à fait encore
les habitants les uns contre les autres pour mieux
gouverner à ses petites affaires, bobos, prolos,
immigrés et néoarrivants arrivent encore à se
supporter en bonne intelligence, alors tenez vous bien
 : les gens se montrent souvent avenants et souriants
comme dans une opérette marseillaise ! Du jamais vu...
depuis quelque lustre déjà dans nos rues qui en
manquent tant !

Eh oui, car à Paris on pourrait manger par terre...,
quand à Marseille, on peut ! Croûtes de pizza,
reliquats de kebab, chocolat fondu, carcasse de
poulet, poubelles débordées et odorantes sous notre
beau soleil, de l’Estaque à la Pointe-Rouge sur la
trace d’un million de petits poucets dégueulasses...,
il n’y a carrément qu’à se servir ! A table, les garis
 !... Alors au bout de sa laisse dans les rues de
Paname, mon chien a forcément eu d’abord l’air un peu
déçu, la truffe collée en vain au sol, puis il a
repris le goût de redresser fièrement la tête.

Va caguer à Paris, me direz-vous, si tu te plais pas
chez nous ! ... Fiers d’être Marseillais et puis c’est
tout, quand on a dit ça on a tout dit ! Et il ne nous
reste plus qu’à nous le faire enfoncer dans le tralala
avec l’accent de Pagnol.

Et où émigrer ? Paris ? Pas Paris ? Y a pas que
Paris, non plus, mais toutes nos provinces riches de
merveilles ! Avec mon boulot d’ambassadeur plumitif de
la cité phocéenne, forcé de sortir d’entre nos quatre
murs et d’élargir mon horizon au-delà du marché de La
Plaine, je découvre depuis peu la France chaque
week’end par un coin différent de l’hexagone... et
c’est, je le constate à mon grand damn, partout mieux
que chez nous, ma pourtant si chère Marseille, ma
ville que j’aime ! Rien que ces temps-ci, j’ai dû me
trimbaler le taffanari jusqu’à Metz, Besançon et
Saint-Louis(Saint-Louis en Alsace, pas du côté de
Saint-Antoine et Saint-Henri) et c’était mieux, mieux
et mieux, et toujours plus sympa, même en Alsace chez
les chleus (par contre, leurs kébabs, zéro) !

Alors il va quand même falloir que ça change à
Marseille... Je dis ça comme ça, mais à Paris enfin,
j’ai même serré la main d’un maire de secteur de
gauche, ils paraît qu’ils en ont plein, ces fadas,
alors que tout le monde sait que plus on est pauvres,
plus il faut voter Sarko comme à Marseille ! Ou alors
c’est nous les jobastres...

le 08/08/2007
Impression

2 Messages

  • 8 août 2007 13:41, par LeFred

    Vivement que je sorte mon film, "un imbécile à Marseille", je vais pas manquerd’inspiration ;-)

    Voir en ligne : Euuh

  • 25 septembre 2007 18:21

    Marseille, pour y vivre, il faut y rester...je veux dire qu’ il ne faut pas partir, il ne faut pas vouloir franchir l’ étoile, ou la nerthe..de toute façon, il n’ y a rien à voir au delà des montagnes. Les franchir ne peut nous apporter que des ennuis. La sagesse de Marseille émane de ce huis clos permanent. Qui a dit que cette ville était un lieu d’ échanges avec le monde ? c’ est tout à fait faux ! c’ est un lieu d’ échouage, un lieu où tous les nouveaux arrivants échouent, ratent, quoi, se manquent. Alors il ne leur reste plus qu’ à se forcer à aimer cet endroit, parce qu’ on accepte mal de n’ avoir pas su faire mieux que ça, alors on s’ assoie sur les bancs , sur les quais ou sur son derrière et l’ on fait comme les singes chinois les mains sur les yeux, la bouche ou les oreilles et l’ on s’ éloigne du reste du monde, des autres villes, autres pays. Marseille alors se met à enfler et devient éblouissante de soleil, d’ odeur, de bruit, de lumière de mer, jusqu’à nous étouffer les sens, aveugler nos yeux que nos mains dévoilent, assourdir nos oreilles tendues maintenant, liberer nos cris qui explosent de nos gorges et viennent s’ unir à l’ unisson dans un tourbillon de papiers gras, de cartons de pizza, de poubelles éclatées, de canettes écrasées que le vent éloigne puis rapporte puis que le soleil cristallise... Après, vous voulez encore comprendre Marseille ?, vous voulez encore vous échapper ? mais où iriez vous donc ? vous êtes désormais définitivement marqués, lobotomisés, Marseille ne vous quittera plus, elle a passé avec vous un pacte, vous a pris votre âme, votre jugement, votre raison. Vous ne pouvez plus que déplacer votre être de chair...Vous êtes à jamais condamné à être fier d’ être marseillais, ..sinon..mefi !