Pakistan le Rouge est Mis

Pakistan le Rouge est Mis

Ce ne sont pas les étudiants retranchés dans la Mosquée Rouge d’Islamabad qui sont pris au piège, mais bel et bien le président pakistanais Pervez Musharraf. Si l’assaut ne fait plus guère de doute, la prise de force d’un édifice religieux est mal vécue par les consciences, quels que soient les maux qu’on attribue à ceux qu’on soustrait à la protection divine. Les affrontements ont fait 24 morts depuis mardi dernier, dont un colonel qui, à la tête d’un détachement des forces spéciales, s’employait à miner les murs du bâtiment samedi. À jouer avec le feu avec les talibans, le pouvoir pakistanais se retrouve enfin le cul entre deux chaises. Son soutien à la guerre de George W. Bush contre le terrorisme, qui suppose le démantèlement des écoles coraniques et des mosquées acquises au fondamentalisme musulman est d’autant plus mal comprise qu’il s’est assis très longtemps sur l’embrigadement de la jeunesse et l’hostilité à l’influence impie des voisins indien et afghan. C’était l’opportunité de favoriser d’une part l’irrédentisme au Cachemire, et d’autre part, de combattre la tutelle soviétique en Afghanistan. Un face à face tendu oppose depuis des mois les autorités à des étudiants et des dignitaires religieux proches de Lal Masjid, Mosquée Rouge, qui militent pour l’instauration à Islamabad d’un système de valeurs et de règles inspiré des talibans. Désormais, il ne lui suffira plus de déclarer que ce sont des gens endoctrinés, puisque c’est de sa faute, et quant à effectuer une rupture idéologique avec sa politique passée, nombre d’appuis lui font désormais défaut. De là la relative clémence dont le président Musharraf a fait montre dans le règlement du conflit avec les religieux de la Mosquée Rouge, en cherchant à éviter un bain de sang par tous les moyens. Ce n’est pas seulement parce que la Mosquée Rouge se trouve à un jet de pierre du palais présidentiel et du siège des principaux centres de décision politique du pays, mais parce que le président pakistanais viendrait d’échapper vendredi à un 3ème attentat à bord de son avion au décollage.

Des insurgés dans un quartier résidentiel
Font la guerre au pouvoir tout près, dans la mosquée,
Ces gars, à qui l’on n’a pas donné la becquée
Sont des gamins qui sont aussi tout près du ciel !

Pour le chef de l’État, l’affront est officiel,
C’est vrai : sa politique est trop alambiquée,
L’indulgence accordée aux clercs était risquée
Quand son allié prend peur de leur fort potentiel.

Pour obtenir de l’aide, il faut donner des gages,
Ensuite, on ne peut pas tenir plusieurs langages
Sans s’exposer au blâme et à la rébellion…

Pendant un temps, les gens n’ont pas vu qu’on les mène,
Le peuple était un âne, il devient vite un lion,
Il rue et il rugit comme un fier phénomène.