Louis de Funès nous manque !
Voilà bien plus d’une dizaine de fois que je regarde le film « La grande vadrouille » de Gérard Oury et je ris encore, comme au premier jour en voyant jouer cet incroyable comédien qu’était Louis de Funès, dans le rôle de Stanislas Lefort qui est Chef d’Orchestre à l’Opéra de Paris.
De Funès est bien le seul à nous faire rire d’un sujet qui n’a rien de risible… l’occupation allemande de 1942. Il aurait pu refuser ce rôle à Gérard Oury, pour la simple et bonne raison qu’il avait perdu son frère Charles qui avait été tué en 1939 pendant l’offensive allemande, mais la vie est un jeu et de Funès est passé outre.
Depuis le 27 janvier 1983, jour de la mort de Louis de Funès, je ne ris plus ou presque.
Que ce soit dans la série des « Gendarmes de Saint-Tropez », dans « L’aile ou la cuisse », « Les aventures de Rabbi Jacob » ou la « Soupe aux choux », pour ne citer que ces films là parce qu’il y en a tellement… je voyage dans le monde du bonheur, de l’innocence et du rire sans aucune retenue. Qu’il est bon de se bidonner avec les gags et les mimiques de cet acteur comique plein de talent, d’énergie et de dialogues percutant ajoutés parfois au scénario par lui.
Véritable comédien de théâtre et acteur de cinéma, Louis de Funès était aussi un passionné de piano-jazz.
Louis de Funès se complaisait à ridiculiser avec excès, les personnages qu’il incarnait, n’hésitant pas une seule seconde à appuyer sur leurs défauts qui sont aussi un peu quelques part les nôtres inavoués. Ces travers bien humains déclenchent, chez le spectateur, des rires qui nous permettent d’exorciser notre façon d’aborder notre quotidien. De Funès nous renvoie face à nous-mêmes et à nos côtés obscurs que sont la cupidité, la lâcheté et toutes les autres faiblesses des couards que nous sommes. En riant de lui, nous rions un peu de nous. De Funès était notre soupape de sécurité, face à nos vies privées et professionnelles pas toujours avouables, il jouait à merveille ce patron autoritaire qui est aussi le nôtre et auquel il est parfois impossible d’avouer qu’on lui couperait bien la tête, alors nous rions pour ne pas pleurer sur notre triste sort. Il a joué volontiers des personnages d’un certain rang social en mettant l’accent sur l’irascibilité dans laquelle il méprise ses interlocuteurs ou en les ridiculisant. Il savait jouer le colérique, l’autoritaire et le grimaçant. Il pouvait ne pas parler et s’exprimer par le mime. Ses gestes devenaient d’une impressionnante réalité parce qu’il devenait un masque de Pantalone à lui seul, nous emmenant dans les plus beaux délires de la « commedia dell’arte ».
Louis de Funès était le seul comique qui avait réussi à joindre le geste à la parole et sa gestuelle nous permet de visualiser, au-delà du film et dans notre imaginaire, le message qu’il voulait nous faire passer.
Qui, à part vous Monsieur de Funès, sait à présent nous faire rire et rêver en même temps ?… Benoît Poolevorde est certainement celui qui a le plus ce talent !