Interview de Sophie Merceron de L’Ogre à plume

Interview de Sophie Merceron de L'Ogre à plume

L ‘Ogre à Plumes est un espace de création consacré à la littérature.
On y mange, on y boit, on y lit au milieu des bibelots et des banquettes.
Le restaurant, le café et le sous-sol se modifient au gré des manifestations proposées par l’association résidente le Poisson Soluble.
Nous avons rencontré la ravissante Sophie Merceron une des responsables de ce nouveau Café littéraire incontournable, accueillant et dynamique à découvrir d’urgence. Interview.

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Bonjour Sophie Merceron, vous êtes comédienne et avec deux amis Virginie Barreteau et Yves Arcaix vous avez créé un café Littéraire à Paris rue JP Timbaud qui répond au doux nom de L’ogre à plume. Parlez-nous de ce petit groupe qui a été au bout de ses rêves en créant ce lieu et pourquoi ce nom étrange, mystérieux et poétique ?

Nous sommes d’abord amis d’enfance , et avons toujours partagé cette même passion du théâtre et de la littérature. Après le conservatoire Yves et moi avons continués à travailler ensemble, dans les mêmes compagnies et également pour des maisons d’éditions en tant que lecteurs. Par exemple avec les éditions Joca Seria, qui organise tous les ans un festival « Ecrivains en bord de mer » Nous y faisons entendre des lectures des auteurs invités, nous y avons d’ailleurs rencontrés nombre d’auteurs qui nous ont marqués et que nous avons ensuite invités à l’Ogre. Comme Chloé Delaume ou Marie Nimier. Quand à Virginie, elle-même écrit pour le théâtre et met en scène ces propres pièces. C’est donc assez naturellement que nos routes se sont rejointes à paris et que nous avons fondé le café littéraire l’Ogre à Plumes. Nous avions envie d’un espace ou la littérature puisse rencontrer un public. Un espace d’échange entre des lecteurs et des auteurs, une « maison », où puisse se côtoyer, amateurs de livres et de bons vins !!

Quand au nom, (qui est aussi le titre d’un recueil de contes italiens rassemblés par Italo Calvino) il nous a plu parce qu’il est un mélange amusant d’une certaine idée gargantuesque de manger ou de dévorer (l’Ogre) et l’idée de l’écriture, des écritures plutôt (à Plumes)

2. Quel est le concept de départ de L’ogre à plumes et comment va t’il évoluer ?

Il s’agit d’un espace de création dédié à la littérature et aux arts vivants. (lectures, théâtre,musique) Nous y proposons une programmation quasi journalière, dans le but de faire découvrir ou redécouvrir des textes contemporains ou des auteurs. Presque tous les soirs, le public peut donc assister à des rencontres avec des auteurs , des éditeurs, des créateurs de revues, mais aussi à des formes théâtrales, des projections ou des concerts.

Pour les cartes Blanches, nous invitons un écrivain qui nous a marqués à venir investir les lieux en y proposant la programmation de son choix pendant trois jours. L’idée étant qu’ils nous fassent découvrir des artistes connus ou non, mais dont le travail lui est cher.

Dans l’avenir, nous espèrons qu’une certaine fidélité se tissera entre certains de nos invités et notre équipe. Nous y travaillons en tout cas, en suivant le travail de certains auteurs comme Chloé Delaume, qui étant venue, invitée par Marie Nimier, nous a donné envie de lui donner à son tour une carte blanche, et de découvrir son univers et les auteurs qui la touche. Même chose pour certains artistes, je pense à Michel Lascault auteur et chanteur dont nous aimons le travail et à qui nous avons proposé de revenir plusieurs fois, permettant ainsi au public de suivre un travail en évolution.

3. Marie Nimier, Camille Laurens, Chloé Delaume, Laurent Gaudé, Denis Podalydès ou encore Tanguy Viel... votre programmation est à la fois haut de gamme, prestigieux et hétéroclite comment se fait votre choix éditorial des invités ?

Pour l’instant uniquement au coup de cœur, nous avons tous les trois des goûts différents mais la programmation se fait assez sereinement, car ne pouvant « tout » lire, vu notre emploi du temps nous nous faisons régulièrement découvrir des livres et des auteurs. Notre volonté est de faire partager au public ces livres et ces auteurs qui nous ont touchés, et qui quelques fois il faut bien le dire nous changent la vie.

4. Votre volonté est-elle aussi d’aider à découvrir des artistes plus confidentiels ?

Bien sur !! c’est d’ailleurs un aspect très important de notre travail. Il est très fréquent que des auteurs ou des artistes se présentent à nous de façon spontanée, et que nous programmons parce que leur textes ou leur travail nous a touché. Nous invitons, par exemple, régulièrement des « petites »maisons d’éditions, je songe par exemple aux éditions Non-Lieu ou Grand Souffle et encore « L’Idée Bleue », éditions de poésie contemporaine. Louis Dubost, son fondateur fait un travail remarquable, de manière tout à fait artisanale, c’est un véritable artiste, et cette maison recèle de vrai perle comme « pas revoir » de Valérie Rouzeau.

5. L’idée des Cartes Blanches aux artistes vous a t’elle déjà amené de belle surprises et des rencontres étonnantes et belles ?

Oui et de nombreuses.
Je songe, parmi elles, à la rencontre avec les danseurs de la compagnie beaux-gestes : Daniel Larrieu , Dominique Boivin et pascale Houbin. Invités par Marie Nimier qui a écrit les textes du spectacle « A quoi tu penses » (chorégraphiés par D.Boivin), il se sont prêtés au jeu de la carte blanche et ont investit l’antre de l’Ogre (toute petite salle de spectacle) en improvisant sur les textes lus par Marie Nimier. Coutumiers des grands plateaux (A quoi tu penses se jouait à Chaillot), ils se sont appropriés ce petit espace, l’ont transformés en ring, dansant au milieu des spectateurs, un moment inoubliable !!

6. Comment interviennent vos partenaires financiers dans la gestion de votre café littéraire, êtes-vous totalement libre de vos choix ?
Vos animations sont gratuites et vous ne tirez donc vos bénéfices que sur la partie restauration, les artistes sont-ils rémunérés ?

Le projet se divise en deux structures bien distinctes l’Ogre à Plumes (le lieu) qui a pour charge de s’occuper de la partie bar et restauration, et l’association Le Poisson Soluble qui est en résidence à l’Ogre à Plumes et qui s’occupe de la programmation ainsi que des évènements artistiques.
L’association est soutenue par quelques institutions publiques. Pour l’instant, uniquement pour les projets plus « important » comme les cartes blanches, Lire en fête ou le printemps des poètes.

Nous sommes heureux de ce soutient car nous sommes une toute jeune structure et c’est une chance que ces institutions culturelles nous aident déjà. Nous restons évidemment totalement libres dans nos choix, il ne saurait en être autrement, car ce qui nous donne la force à tous les trois de porter un tel projet, c’est avant tout un désir de liberté culturelle
. Cela nous permets donc de rémunérer les artistes qui viennent lors de ces évènements, mais de façon plutôt « symbolique », car vous vous doutez bien que se sont de tout petites subventions qui nous sont accordées.

Pas d’aide au fonctionnement, donc, en tout cas pas encore. Nous sommes donc tous trois totalement bénévoles dans ce projet, étant comédiens, nous possédons encore le statut d’intermittent, mais je pense, pour très peu de temps, vu la conjoncture actuelle (cf. les réformes de ce statut) et le temps consacré a ce projet qui fait que pour l’instant du moins nous n’avons plus guère de temps pour jouer, en tout cas ailleurs qu’à l’Ogre à Plumes.

La structure du bar étant elle aussi toute jeune, les bénéfices ne pourrait en aucun cas rémunérer les artistes, ils permettent tout juste de payer les loyers et le cuisinier !.

8. Quels sont les invités à venir et les grands rendez-vous de 2007 à L’Ogre à Plumes ou du moins du printemps ?

Denis Podalydès reviendra à l’Ogre à Plumes pour une lecture d’un texte inédit « Le cas Jeckyll » de Christine Montalbetti, et fin juin nous accueilleront Marion Aubert, toute jeune auteur de théâtre publiée aux éditions Actes-Sud, pour une Carte Blanche de trois jours.
Nous clôtureront la saison le 29 juin avec une soirée une festive et littéraire en collaboration avec l’association Les fille du Loir, nous aurons le plaisir de recevoir Hubert Mingarelli (Qui est un de mes auteurs préférés !) , Joél Egloff, et bien d’autres..

9. Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Encore plein de belles rencontres, que le public de l’Ogre à Plumes continue à nous faire confiance, que nos envies trouvent écho chez les auteurs.

10. Je vous laisse le mot de la fin chère Sophie !!

C’est quand les vacances, dejà ?

le 12/04/2007
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