Théâtre : LE MEDECIN MALGRE LUI…
"Le Médecin malgré lui", l’un des textes les plus joués du répertoire français, est sans doute une des œuvres majeures de ce festival de Théâtre baroque à Paris. Eclats baroques - plus de 100 représentations d’une dizaine de spectacles -, qui a lieu du 3 avril au 3 juin 2007 au théâtre Le Ranelagh, met actuellement à l’honneur des auteurs (mé)connus du siècle de Louis XIV.
Molière s’est toujours moqué des médecins, notamment dans sa farce du Médecin volant (1647) et dans sa comédie du Malade imaginaire (1673), illustrée par ses célèbres Diafoirus… Mais peut-être, Le Médecin malgré lui, comédie en 3 actes et en prose de 1666, tirée d’un fabliau du XIIIe siècle – le Médecin de Bray ou le Vilain mire - incarne sa satire la plus drôle à l’égard des adeptes du serment d’Hippocrate. « Les médecins ne se contentent pas d’avoir la maladie en gouvernement, ils rendent la santé malade pour garder qu’on échappe à leur autorité », écrivait déjà le sage Montaigne !
Sganarelle, le personnage principal, interprète donc ce médecin « mythomane » malgré lui. A la fois observateur et acteur des mille pitreries de la vie… Une sorte d’antihéros. Molière se sert de Sganarelle pour se moquer de la crédulité de ses contemporains. Dans Le Médecin malgré lui, l’amoureux se déguise en apothicaire, l’amoureuse en muette ; le simple coupeur de bois devient soudainement un extraordinaire savant … Les personnages du Médecin malgré lui, comme souvent dans l’œuvre de notre illustre auteur dramatique, évoluent masqués. Ils expriment des sentiments qu’ils ne ressentent pas ; ils disent des choses qu’ils ne pensent pas ; ils exercent des métiers qu’ils ne connaissent pas,etc. D’emblée, Le Médecin malgré lui, l’un des textes majeurs de notre répertoire français, se place sous le signe symbolique de la farce et de l’illusion.
La mise en scène de Jean-Denis Monory s’avère très attrayante. Vêtus à la mode du XVIIe siècle, les comédiens déclament leur texte selon les codes du plus pur théâtre baroque. Des décors et costumes somptueux ainsi qu’une agréable musique (Lully, Charpentier) donnent à l’ensemble une touche discrète de raffinement. On savourera particulièrement la drôlerie des dialogues, l’enchaînement des effets comiques, la chorégraphie du geste, l’expressivité des mimiques.
D’emblée, la diction « baroque » surprend avec ses « r » roulés, ses « l » mouillés et ses voyelles nasales. D’ailleurs, cela agace dès le 1er quart d’heure ; puis, l’on se laisse prendre par cette rythmologie à la fois hachée et mélodieuse. Tapis dans l’ombre de la scène, on remarquera la présence de deux musiciens avec luth et guitare ; l’on songe à une représentation picturale de personnages de Georges de La Tour. Finalement, cela donne une touche surréaliste symbolisant assez bien l’ensemble de cette pièce drôle, à la mise en scène à la fois étrange et d’une grande beauté esthétique.
Du 3 avril au 3 juin 2007
jeudi, vendredi, samedi à 21 h et dimanche à 15 h
Théâtre le Ranelagh
5 rue des Vignes 75016 Paris
Mise en scène de Jean-Denis Monory
Production La Fabrique à théâtre
Mise en scène de Jean-Denis Monory
Production La Fabrique à théâtre