C’est au moment où la crise atteint son paroxysme qu’on espère enfin son dénouement. Il y a huit jours, 15 fusiliers marins britanniques appartenant à la frégate HMS Cornwall sont tombés dans ce qui a tout l’air d’être une embuscade tendue par l’état-major iranien. Ils effectuaient un contrôle de routine à bord d’un navire marchand local dans une zone contestée au large du Chott-el-Arab, pomme de discorde entre l’Iran et l’Irak et prétexte à la guerre entre les deux pays en 1980, lorsqu’ils ont été arraisonnés par les Gardiens de la Révolution iraniens qui surgissent à bord de vedettes rapides. C’est l’occasion pour Téhéran pour détourner l’attention de la communauté internationale de la question nucléaire et, plus probablement de régler une fois pour toutes un différend frontalier. Le Foreign Office rompt immédiatement des relations diplomatiques avec l’Iran, qui sont inexistantes au demeurant, mais se met aussi en rapport avec les autorités du pays afin de récupérer ses hommes. La marine américaine dépêche 2 porte-avions dans le golfe persique et le ministre des Affaires étrangères irakien prend position pour Londres. De son côté, le régime des mollahs se livre à une gesticulation ignoble en exhibant ses prisonniers à la télévision, parmi lesquels se trouve une jeune femme, Faye Turney, qui écrit trois lettres dans la semaine au peuple britannique, reconnaissant avoir violé la souveraineté iranienne et se trouver sacrifiée sur l’autel de la politique interventionniste américaine. Les courriers sont rédigés dans un anglais littéraire mal restitué et pourraient avoir été dictés. Mais Tony Blair baisse d’un ton et déclare vouloir mettre à profit le week-end pour obtenir la libération des otages en faisant preuve de patience. Nul doute qu’un accord frontalier sur le Chott-el-Arab serait plus facile à signer avec les Britanniques qu’avec les Irakiens, sur le dos de ces derniers.