Interview : Franck Monnet, Malidor

Interview : Franck Monnet, Malidor

Apparu dans le paysage des chanteurs à textes français bien avant Cali et autre Delerm, Franck Monnet rame un peu pour s’imposer dans le paysage médiatique. Or, cet artiste à l’humour aussi ravageur que le sont ses yeux mérite largement d’avoir une place au soleil. Si ce perfectionniste collabore à l’écriture d’autres albums tels ceux de Sébastien Martel, Emily Loiseau, Claire Dizerti, Enrico Macias ou plus anciennement Sinclair et Vanessa Paradis, il n’en oublie pas moins de se concocter de forts jolis textes, véritables petits bijoux musicaux. Franck Monnet nous les offre dans son nouvel album Malidor.

Rencontre taquine :

1. Bonjour Franck. Malidor est votre troisième album pourtant monsieur Toutlemonde ouvre de grands yeux quand on prononce votre nom, à la limite il est même pris de spasmes et répète « Qui ça ? Qui ça ? ». Est-ce que le fait que Cali ou Delerm ou Anaïs soient plus diffusés que vous, vous agace ? (Pour Delerm et Anaïs, vous pouvez dire oui, je vous couvre !)

Me couvrir ? Comme vous y allez !

Vous tombez mal, en plus, je suis un fan de Vincent Delerm. Et je pense qu’Anaïs n’a pas fini de surprendre son monde.

Je ne suis pas jaloux du succès des autres. J’ai toujours trouvé cela absurde. Ma seule frustration est le manque de concerts. Ils se passent tellement bien. C’est rageant.

2. J’ai un petit souci avec la pochette de votre album. L’exemplaire que je possède affiche votre visage qui fait la gueule et vos yeux charbonneux (vous vouliez casser la figure au photographe après la séance ou quoi ?) mais sur votre site figure une pochette avec des tomates. Le vrai Malidor, c’est quelle pochette ?

Les tomates. J’aime les photos de Patrick Swirk. C’est un grand portraitiste. J’avais peu dormi la veille et je suis toujours un peu tendu lors d’une séance. Alors mon registre oscille aléatoirement entre la paralysie et l’indifférence absolue qui donne à lire un visage fermé et un brin arrogant.

En vrai, mon regard est plus métallique que charbonneux. Ma mine est à ciel ouvert.

3. Dites donc, monsieur Monnet, Malidor, ce ne serait pas un jeu de mot genre mâle y dort ?

Pas mâle ! Une pensée pour la sublime Lisette, danseuse de rêve et interprète de Serge Gainsbourg.

4. Vous êtes plus obsédé par les chats ou par les chattes ?

Je suis allergique aux poils de chats. Le sexe de la plupart des mammifères me laisse froid.

5. « Le bonheur a un décor qui l’attend quelque part. » De qui est cette citation et que signifie-t-elle ?

Elle est de moi, et je prends cette question comme un compliment, par pure vanité.

Elle veut dire d’une manière douce que le bonheur est une illusion, mais que c’est une illusion pleine de désir.

6. A 18 ans, vous aviez vraiment le cul qui pelait ? A 40 ans, vous regrettez vos 18 ans, vous fantasmez sur vos 18 ans ou vous prévenez que vous avez encore la rage ? « Mais je les bouffe tes lèvres/ Mais je les désintègre » Sinon, on peut voir des photos pour vérifier votre « Mais j’ai le corps de rêve » ?

Je ne regrette pas du tout mes 18 ans. J’étais coincé comme un gosier.
« Que le cul te pèle ! » est une expression que j’ai entendue dans le sud-ouest. C’était marrant d’associer cette expression rustique à d’autres vers plus chiadés, non ?

Cette chanson sous-entend, lorsque je l’entends chantée comme ça, que la jeunesse est un état d’esprit, que c’est une obsession morbide et vivifiante à la fois.

C’est un appel érotique plein de paradoxes. C’est un peu un exercice de style, aussi.

Je n’ai jamais eu un corps de rêve. Pas de mes rêves en tout cas.

7. Qui est Cesare Pavese pour vous ?

Pour moi et pour beaucoup d’autres, c’est un grand poète et romancier italien. Il est né en 1908 et s’est suicidé en 1950. La lecture de son journal, Le Métier De Vivre, m’a inspiré cette chanson pas désespérée mais presque. Je suis diariste et son pessimisme m’a frappé à une époque très troublée de ma vie.

8. « Les phrases salopes du journal intime » (« Cesare Pavese ») sont-elles celles que vous avez lues dans son journal intime (« Ton journal intime ») ?

Oui. Celles que les éditeurs ont éludées aussi. Comme dans le journal de Virginia Woolf. Le bon journal intime est le laboratoire des phrases salopes. Ce qui ne veut pas dire haineuses, mais obstinées dans leur recherche de ce que se cache leur auteur.

9. « Mon âme pour cette bouche/ À peine elle me touche /Mon cœur sans vouloir/ Se fend d’un espoir/ Mon âme simple et sourde/ S’est damnée ce jour/ Ou fort d’un regard/ J’ai frôlé son fard » (« L’insolence des chats ») Cette très belle chanson d’amour a comme un rythme reggae. Est-ce plus facile de chanter son mal d’amour sur un rythme chaloupé ?

Reggae ? Bossa à la rigueur… disons caribéen et tout le monde sera content. Je vous recommande la version originale, en anglais, chantée par Vic Moan. Une merveille. C’est une chanson de genre qui vise le classique. Celle de Vic l’atteint. Cette chanson vous attend quelque part, chère ami(e).

10. Finalement vous avez vu « Barcelone » et « London » ?

J’ai visité ces deux villes plusieurs fois. J’aime les villes.

11. Au dos de l’album, il est précisé que vous avez écrit les paroles et la musique, que vous vous êtes occupé des arrangements et de la réalisation, la guitare étant tenue par François Lasserre. Voyons… Sur scène, vous tenez une basse entre vos mains. Vous faites semblant d’en jouer ?

Heu… non. Je suis crédité à la basse, à la guitare acoustique et au chant sur le disque, aussi, non ? Attendez, je vérifie… si !

Vous avez oublié de préciser que j’avais aussi dessiné les tomates !

12. Franck, très cher, votre album a un charme ravageur tout comme vous. Je vous remercie d’avoir accepté de répondre à mes questions. Je vous offre maintenant les mots de la fin…

Je vais m’asseoir là, et t’aider à t’endormir. Il est encore gros, mais plus petit qu’hier, ton cœur.

Merci.

*Crédits photos Ph. Albinet

Franck Monnet, Malidor, Tôt Ou Tard

Site officiel de l’artiste

Son Myspace