Un ouvrage pas tiré par les cheveux !
De prime abord (poil au corps) on pourrait comprendre que la grande histoire des hommes ait pu oublier (poil au nez), dans un moment d’égarement et tant elle est occupée dans des tâches autrement plus nobles, celle infiniment connotée négativement et dépréciée des poils. Or, il ne faudrait surtout pas sous estimer l’importance de cet attribut dit viril en majorité mais dont les femmes sont largement pourvues elles aussi (poil au zizi). Ne parlons même pas des animaux et plus particulièrement de mon chat qui en perd tant. Cette matière sombre ou plus claire tressée, épilée, cisaillée, colorée et frisée offre à nos yeux ébahis un sujet d’étude formidablement fourni. Ne boudons pas nos plaisirs, entrons dans la galerie de portraits des femmes à barbe, des albinos, des chauves, des moustachus et autres pilosités qui poussent à même la peau (poil au dos).
Les ouvrages de ce poil à gratter de Martin Monestier se suivent et ne ressemblent pas. Quoique non, c’est faux, dans son livre sur les seins, il y a des poils, et dans sa thématique poilue, il y a quelques belles ou moins belles poitrines à l’air. Tout cela s’interpénètre joyeusement. Notre observateur attentif de la nature humaine aime suivre la cohérence de notre belle humanité. Il peigne avec fantaisie et érudition les drames capillaires de notre univers visible et coiffe sur le poteau tous les spécialistes du cheveu qui le valent pourtant bien. Il est méticuleux notre Martin, rien ne lui échappe, aucun enjeu politique, sociologique ou comportemental. Il caresse dans le sens adéquat toute masse susceptible de donner du sens à son discours, sans tabou ni complaisance
Il y a autant à dire sur les toisons de tous ordres que sur les nibards en folie. Ce livre m’a appris, entre autres choses dont je vais pouvoir me vanter en bonne société, qu’il y a 12 millions de coiffeurs, que le roux est un violent sanguinaire, que les entreprises de défrisages électriques ont tué bon nombre de cobayes. Cela fait froid dans le dos, mourir pour des idées d’accord mais pas pour des cheveux raides (bis).
C’est un teigneux le Monestier comme un pou sur sa perruque, il fait le tour de la question et plus encore. Les blondes, les brunes, les rousses toutes sont analysées, répertoriées pages après pages, chapitre après chapitre. Pour ma part je me suis attardé plus que de raison sur le fétichisme du poil, apprenant que moi-même dans ma vie personnelle je faisais partie de cette catégorie un peu honteuse.
Non non définitivement ce livre n’est pas un luxe de salon pour dames, il n’est ni inutile ni tiré par les cheveux, c’est une encyclopédie historique de toute beauté taillée sur mesure, arrangée et joliment mise en forme. Quel sujet concerne à ce point toutes les couches de la population, toutes les races, tous les âges ? Si vous ne vous sentez " pubien " après un tel étalage, je ne peux plus rien faire pour vous. Revenez donc demain on rase gratis. Comme dit le proverbe français, " là où il y a du poil, il y’a de la joie ".
Les poils, Le Cherche midi, Martin Monestier, 2002, 350 pages, 30 euros
Les poils, Le Cherche midi, Martin Monestier, 2002, 350 pages, 30 euros