Rencontre avec Kent, auteur du roman "Vibrato"

Rencontre avec Kent, auteur du roman "Vibrato"

Kent, auteur-compositeur-interprète, signe avec Vibrato un roman sourire sur les milieux de la musique. Il a choisi un personnage modeste au cœur tendre pour décrire tout ce qu’il se passe dans une maison de disques. Mais une Major ne ressemble-t-elle pas comme une sœur à d’autres entreprises même si le produit vendu est différent ?

Alors que notre société tourne majoritairement autour du fric, la question posée en filigrane dans ce livre est celle-ci : « peut-on encore simplement aimer la vie comme elle vient et les autres tels qu’ils sont ? »

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

Un extrait du livre :

« On ne soupçonne pas le pouvoir d’une chanson parce qu’on ne lui en prête aucun. On se gargarise de grands classiques littéraires, picturaux, cinématographiques, pas de chansons. Pourtant, c’est le seul véhicule à sentiments qui nous désarme. Quand on se souvient d’une chanson, on se rappelle de soi : telle chanson, le premier flirt, telle autre des vacances, un saison heureuse, un coup dur ou, plus largement, la mélancolie, le courage, l’insouciance… Même Grozman qui aligne les chansons dans des colonnes à chiffres, fredonne des refrains qui le chamboulent. Même ma femme, en ce moment, doit faire un effort pour lutter contre des mélodies qui lui rappellent qu’elle m’a aimé ».

Rencontre avec un homme attachant :

1. Vous êtes un ex-membre du groupe Starshooter, vous avez connu la consécration en obtenant en 1995 une Victoire de la Musique pour la chanson Juste quelqu’un de bien interprétée par Enzo Enzo. Aujourd’hui, qu’êtes-vous avant tout : auteur de nouvelles ? Illustrateur et auteur de livres pour enfants ? Auteur-compositeur-interprète ?

Je suis avant tout un artiste touche à tout, à la manière de Boris Vian ou Cocteau. Plus que l’envie, ce sont les événements qui décident de mes orientations.

2. Est-ce que, parfois, la scène et tout ce qui l’entoure vous manque ?

Je n’ai pas encore l’impression d’avoir arrêter la scène. Mon dernier concert sous le nom de Kent remonte à mai 2006.

3. Vibrato raconte entre autres les tribulations d’un looser au cœur tendre qui travaille pour une Major. Est-ce que réellement une personne qui travaille pour un label puissant est encore capable d’avoir des a-priori ? Ne devient-elle pas, au contraire, froide et calculatrice ?

Jacky Bonaventure est modeste avant d’être looser. C’est le regard que l’on porte aujourd’hui sur les modestes qui les fait passer pour des loosers. Peut-on encore simplement aimer la vie comme elle vient et les autres tels qu’ils sont ? C’est la question sous-jacente du roman. L’idée des 15% de marge bénéficiaire ne touche plus seulement le bilan comptable des sociétés, elle est aussi imprimée dans les rapports humains. Le fonctionnement d’une Major en est un puissant révélateur puisque le produit mis en vente est la musique, donc du sentiment. Les directeurs artistiques de majors deviennent plus facilement schizos que froids et calculateurs, écartelés entre leurs amours musicaux et les comptes à rendre.

4. Que vaut-il mieux pour un artiste ? Signer chez une Major ou chez un label indépendant ?

Cela dépend de l’artiste et de ses aspirations.

5. En fait, ces labels indépendants… Sont-ils vraiment indépendants ?

Sans une bonne distribution, un label indépendant n’est qu’un fantôme. Son renom dépend de sa visibilité donc de la distribution. En France la distribution hors Major est insignifiante. Tous les labels indépendants rêvent d’un deal avec une Major. Il paraît qu’Internet va tout changer. Je demande à voir dans quelque temps quand il faudra dealer avec des annonceurs publicitaires et faire entendre sa musique entrecoupée de jingles de pub.

6. Dans ce livre, vous dépeignez aussi les mécanismes de l’univers du disque. La création d’un album, sa diffusion… Vous parlez de consommation excessive d’alcools, de drogues. Est-ce un des milieux du show-biz où on en est le plus friand ? Peut-on y survivre sans être accro à quelque chose ?

D’abord il n’y a qu’un milieu du show-biz où se côtoient ceux qu’on appelle les "people", les vedettes du moment. On n’est pas obligé de fréquenter le show-biz, mais ça vaut le coup d’y faire un tour d’un point de vue ethnologique. Dire que dans ce milieu, on est plus friand qu’ailleurs de psychotropes est faux. Il est plus facile et plus convenu d’en consommer, c’est tout. Si dans n’importe quel bar, on pouvait s’offrir une ligne de coke comme on s’offre un whisky, ce genre de "friandise" ferait des ravages. On peut survivre, comme vous dites, dans le show-biz, sans être accro à quoi que ce soit, bien sûr. On parle avant tout des excès et de la défonce parce que c’est plus accrocheur que la sobriété.

7. Peut-on se faire des amis dans ce milieu ou alors chaque personne est un killer potentiel, prêt à tout pour être sur le devant de la scène, adulé par la foule ?

Des killers, il y en a aussi dans les PME et l’administration. C’est dans la nature humaine. Ils sont juste moins sexy. On peut donc s’y faire des amis comme partout.

8. Vibrato ressemble à un road-movie. Vous seriez-vous inspiré d’un film pour imaginer cette histoire ? Je pense à Paris-Texas de Wenders… Ou à Priscilla, folle du désert d’Elliot (pour les paysages d’Alice Springs)

Wenders, oui. J’ai toujours aimé les road movies et les voyages. Je n’ai pas vu Priscilla, mais je suis allé à Alice Springs.

9. Quelle est la chanson qui vous rappelle votre meilleur souvenir ?

Sans réfléchir, Betsy Party de Starshooter, premier au hit-parade d’Europe 1 devant Travolta.

10. Kent, merci… Je vous offre les mots de la fin… Dites, vous me chanteriez Juste quelqu’un de bien ?

Pour que tu m’aimes encore un peu quand je n’attends que du mépris

À l’heure où s’enfuit le Bon Dieu qui pourrait me dire si je suis

Juste quelqu’un de bien

Quelqu’un de bien…

*Crédits photo P. Terrasson

Vibrato, Kent, JC Lattès 267 pages 17 €

le 01/02/2007
Impression

3 Messages

  • 3 février 2007 16:16, par monsieur morbak

    kent en concert c’est un bonheur et son dernier CD est une merveille....
    http://morbakisback.aceblog.fr

    Voir en ligne : KENT

  • 4 février 2007 19:03

    Kent nous donne envie de le suivre, où qu’il aille...comme un ami à qui on ferait confiance...
    Puisqu’il sait nous surprendre et nous émouvoir à tous les coups...
    Où vas-tu, Kent ? livre, chanson, dessin ?
    à bientôt pour de nouvelles aventures...
  • 7 mars 2007 16:36, par zork de nancy

    j’ai dévoré ce bouquin, un délice !