Au Mage

Au Mage

Mes amis, au secours ! avait lancé l’abbé Pierre un certain 1er février 1954 aux auditeurs de RTL. Dans cet appel pour aider les sans-abri que la reconstruction de l’après-guerre avait laissé sur le bord de la route, il y a tout l’engagement de cet homme. S’il s’est engagé dans les ordres dès l’adolescence, il l’a fait avant tout pour ses contemporains. En 1942, il crée un réseau d’exfiltration dans la Résistance, et doit prendre le maquis car il est recherché par la police. Élu député à la Libération, il milite sans succès pour le droit au logement, pourtant inscrit dans la constitution de 1946, et perçoit les limites de son engagement politique au sein des chrétiens-démocrates du MRP. C’est pourquoi il met la main à la pâte et crée en 1949 avec quelques bonnes volontés les Chiffonniers d’Emmaüs pour venir au secours des démunis, avec un principe : aide-toi, le ciel t’aidera. C’est le point de départ d’une organisation qui réunit aujourd’hui 4000 compagnons dans 114 communautés en France. Aussi, l’appel qu’il lance à la radio, qu’il renouvellera à plusieurs reprises ensuite sous avec des formules différentes, était le cri de désespoir d’un homme qui pensait qu’il était nécessaire de faire quelque chose avant d’attendre la compassion et le soutien d’autrui, sans se préoccuper de l’intérêt que suscite autour de soi la foi qui le motive. D’ailleurs, il aura fallu une cinquantaine d’années pour voir se réaliser son projet, puisque Jean-Louis Borloo a promis de donner son nom à la loi sur le droit au logement qui sera votée à la fin de la législature. Pour autant, un hommage national est rendu aujourd’hui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français.

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Jusqu’à son dernier jour c’était un résistant,
Franc-tireur de l’Église et loin de ses rivages,
S’il a su tout le temps transcender les clivages,
Il reste aux démunis le seul représentant.

Avec sa foi, il a presque abouti pourtant
Bon an, mal an, à faire un sort à ces ravages :
Bientôt, un toit pour tous, aussi pour les sauvages,
Éden pour ceux restés dehors en grelottant.

Pour un peu, il aurait fait de la politique,
Illusion pour celui dont la flamme est mystique
Et voit plus loin, l’insurrection de la bonté,

Refusant à jamais l’enfer de la souffrance,
Riche au fond de lui-même, en sa fidélité,
Encore un étendard pour l’honneur de la France.

le 26/01/2007
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2 Messages

  • 26 janvier 2007 08:50, par paf

    Ce qui est à proprement parler désespérant, c’est que l’abbé Pierre a lancé son appel de l’hiver 1954 à la suite de la mort d’une femme dans la rue. Tout le monde le sait. Surtout avec la médiatisation hyper hypocrite qui a suivi le décès d’un des rares hommes pour qui j’avais encore du respect. Certains responsables politiques m’ont d’ailleurs, à cette occasion, donné envie de vomir.
    Mais "Mes amis, au secours..." a t-il vraiment été entendu par lesdits politiques ? On peut sérieusement en douter. Nous sommes en 2007 et on meurt toujours de froid dans la rue. Toujours ! Et le mode d’organisation des strucures d’accueil est tel que j’ai personnellement connu ( quand je faisais le SAMU social il y a quelques années) des SDF qui préféraient dormir dans les bois en plein hiver plutôt que d’aller en centre d’hébergement...
    Il y a là un sacré problème de fond auquel les rodomontades d’un Sarkozy (et je doute que ce soit mieux du côté de Ségolène Royal...)ne changeront absolument rien. Il y a là surtout de quoi avoir honte. Honte pour la classe politique dans son ensemble !
    • Au Mage 26 janvier 2007 23:17, par Philippe Gras

      C’est juste, mais le système a besoin de récupérer ses outsiders pour se perpétuer. Je viens de lire que Ségolène Royal est la seule parmi les candidats à refuser de rencontrer les animateurs d’Actuchômage. La seule solution est toujours de faire pression sur les puissants en prenant le public à témoin. L’abbé Pierre l’avait bien compris en 1954, et l’objet de son action a toujours été d’oeuvrer en dépit de leur passivité, sans attendre grand’chose de leur part, mais en les mettant au pied du mur.