VA-T’ON ENFIN REVOIR LES FILMS DE PIERRE ETAIX ?

VA-T'ON ENFIN REVOIR LES FILMS DE PIERRE ETAIX ?

Il y en a qui parlent et il y en a qui font. Pierre Etaix en est un bon exemple. Cela fait maintenant une cinquantaine d’années que cet homme modeste et courtois est sur (presque) tous les fronts de la création. Cinéaste, dessinateur et clown, bien sûr ! Mais tout autant, sculpteur, peintre, maître-verrier, créateur d’automates, écrivain ou acteur…

Autant de facettes de son immense talent qu’il ne déploie pourtant jamais en dilettante. Car l’homme est bien trop exigeant pour ça. Il n’a rien d’un frimeur. C’est le souci de la rigueur qui l’anime depuis toujours.
Depuis plusieurs années, un conflit l’opposant à son producteur Paul Claudon (décédé depuis) empêche de pouvoir revoir ses films. Des films dont son ami Jerry Lewis avait pourtant dit « C’est l’esprit le plus cinématographique qui soit. Ce petit homme est un génie. »…
Heureusement les choses commencent à bouger un peu Peut-être, dans un avenir pas trop lointain, pourra t-on, enfin, trouver « Yoyo », « Le soupirant » (prix Louis Delluc) etc. en DVD.

En attendant, lisez (ou relisez) ses livres ! Ils sont à l’image de l’homme. Réjouissants… Voici le portrait* d’un clown qui n’est décidément pas comme les autres.

L’amitié ?

« Avec Coluche nous étions sur la même longueur d’ondes. C’est pareil pour Jerry Lewis. On m’a souvent demandé ce que je pouvais faire avec lui, d’où venait notre amitié. Comme si nos comiques étaient inconciliables. Mais c’est l’intégrité du personnage qui importe plus que le mode d’humour choisi… Qu’est-ce que Michel-Ange et Picasso ont à voir ensemble ? Pourtant ils sont tous les deux de grands peintres ! « 

La création ?

« Je ne crois pas être un créateur. Je ne crois d’ailleurs pas vraiment à la création. On reprend des choses qui existaient déjà. Degas disait qu’il n’avait jamais mis de passion dans ce qu’il avait fait mais qu’il avait beaucoup travaillé ! Si je ne crois pas en la création, je crois que le travail artistique porte en soi sa valeur. Et pour moi c’est essentiel. Il faut rechercher la perfection formelle. »

L’Oscar obtenu pour « Heureux anniversaire » ?

« Il ne faut pas confondre les récompenses avec un véritable accomplissement. Je me moque des médailles en chocolat ! »

La mémoire et ses relations avec le spectacle vivant ?
« De nos jours, on veut tout conserver, tout enregistrer. Mais qu’est-ce que la durée de vie d’une bande magnétique… Dix ans ? Bien sûr, on peut enregistrer sur d’autres supports. Mais le travail du temps fera son office de toute façon. Il faut accepter l’idée que les choses sont périssables. Peut-être que la vraie culture est celle qui se perpétue comme celle du cirque. Elle est comparable aux traditions orales de l’Afrique noire. Cela fait 3000 ans que les Chinois ont inventé le cirque. C’est une longue histoire qui s’est perpétuée. Mais qu’en sera-t-il demain ? Qui peut le dire ? Les dinosaures ont bien disparu. »

Jacques Tati (pour lequel il fut assistant, dessinateur et gagman pour « Mon Oncle ». Pierre Etaix a d’ailleurs réalisé une magnifique petite sculpture en fer forgé de Monsieur Hulot) ?

« C’était un cinéaste qui avait un grand sens du comique. Mais le plus grand pour moi reste Buster Keaton. Mon ami l’auguste Jimmy Beck avait pu travailler avec lui quand Keaton était venu au cirque Medrano dans les années 50. Il était épaté par ses prouesses techniques comme le fut d’ailleurs mon ami Willy Dario. Eleanor Keaton m’a appris que Buster avait été enterré avec dans sa poche un jeu de cartes. C’était lui qui lui avait demandé en lui disant « Après tout, je ne sais pas sur qui je peux tomber… »

La technique cinématographique ?

« J’ai un voisin qui a voulu absolument me montrer son matériel de montage avec ordinateur et compagnie. Il était persuadé que cette technologie se suffisait en soi. Je lui ai rappelé que Méliès découpait ses images, avec une finesse extraordinaire, devant la… fenêtre. On ne doit pas accorder une trop grande importance à la technique. Je crois que l’on a un peu tendance à se laisser envahir par les machines… »

* « synthèse » de plusieurs entretiens

* « synthèse » de plusieurs entretiens