Salah Stétié nous offre un peu de poésie sous le soleil, où comment se rafraîchir les sens malgré les feux de l’actualité

Salah Stétié nous offre un peu de poésie sous le soleil, où comment se rafraîchir les sens malgré les feux de l'actualité

Voilà une merveille de recueil ! L’Imprimerie nationale, dans sa collection « la Salamandre » nous offre un ouvrage magnifique de Salah Stétié, cet immense poète arabe qui n’écrit qu’en français, comme pour nous rappeler que l’on peut être libanais, musulman, profondément méditerranéen et humaniste tout à la fois, et avoir choisi la langue de Voltaire pour laisser un sillon sur le sable fin de la vie.

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Ce très beau livre, au frontispice signé Kijno, nous permet dans un premier temps - enfin ! - de lire les poèmes issus des éditions d’art et autres tirages limités (que l’on n’a pu s’offrir faute d’avoir 600 à 10 000 euro à investir dans le plaisir immatériel d’une œuvre d’art). Alors nous voilà plongés dans cette langue toujours dansante autour des images fortes du Grand Sud, triste langage aussi mais d’une tristesse lumineuse, de celle qui porte en elle, encore, et malgré tout, l’once d’espoir que tout cela ne sera pas vain, qu’il y aura l’étincelle qui saura allumer le contre-feu pour chasser les nuages et poursuivre la voie dans la voix des poètes …

« Dieu a tout rangé », écrit Salah Stétié dans son introduction, « puis il est parti, ne laissant, jusque dans la cuisine, que quelques traces - insaisies, insaisissables - que bientôt viendra ensevelir, surgie de loin, la poussière cosmique. Personne ne saura plus parmi nous ni s’il habite, ni s’il est abrité d’un toit. »

Toujours plus intimes d’autres textes inédits suivent, qui n’en sont que plus forts, révélant cette immense douleur de l’absence qui vrille l’estomac du poète qui tente de se retourner sur le champ de blé pour narguer la faucheuse et lui dire qu’il y aura quand même une trace, oui, chemins mêlants, il restera plus qu’un souffle, un sillon dans le terreau des hommes pour y cultiver le dialogue.

Alors, oui, les colombes pourront aller dormir tout leur saoul car la compassion et l’écoute auront vaincu la peur … mais que de pas encore à faire sur cette voie-là, trébuchant à chaque coup de canon, chaque parole volée, mais nous n’avons pas d’autre choix que de marcher encore, et toujours, vers la seule lumière qui éclaire en nous.

Magistral livre, oui, que ces « Fiançailles de la fraîcheur », bouleversantes nouvelles d’un futur qui n’est pas encore demain, loin s’en faut. Stétié n’en a pas fini avec nous, il sera encore fringuant et ludique, pétillant et diablotin à dénouer les fils du rien pour tisser un tout dans l’éclair du rire. Mélancoliques et tristes ces vers, malgré l’once de beauté qui perce sous les mots et leur musique, on les reçois comme un testament trop tôt énoncé, on aurait aimé les lire après …

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Dans toute voix, ma voix, il y a sans doute
Un cygne fait de larmes
Près des gorges de l’eau, près de cet arbre,
Si noir d’automne et rouge
Si noir et si noué
Avec le fil étincelant du sang


Pour ce sou de l’aimée, pour ses blessures
L’arbre écrit sa limpidité sur la route
Où sont des soldats ligotés par le vent
La flamme ouverte de leur main sur des champs
Couverts évasivement de lampes vives
Eclairées par des rencontres de colombes
Qui vont dormir quand ils disparaîtront


Mais c’est ainsi, alors nous les vivons maintenant dans leur plénitude et leur beauté, dans leur grâce et leur remerciement au monde ; on peut aussi les transformer en autres passerelles, celles-là jetées sur l’éther du sans-soucis pour vilipender l’anathème des hurleurs et tapisser de roses les derniers mètres, les plus précieux, les décisifs. Je fais le pari du soleil sous les nuages et je sais que les chats viendront encore nombreux naître, vivre et partir sous les fenêtres de Salah Stétié dans sa grande maison des Yvelines, bien avant que la lune ne lui envoie la confirmation du billet.

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le 14/05/2003
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