Aminatou Haïdar, ancien numéro d’écrou 26 232
Ancienne « disparue » sahraouie, ancienne prisonnière à la prison d’El Ayoun, Aminatou Haïdar fait une tournée internationale pour parler de la répression marocaine qui opprime le Sahara occidental. Rencontre.
Aminatou Haïdar est née en 1967 à El Ayoun, au Sahara occidental, pays occupé militairement depuis 1975 par le Maroc. Depuis son enfance, elle est confrontée à la violence coloniale. Au début des années 80, elle a rejoint la résistance pacifique qui s’élevait contre l’envahisseur.
En 1987, à l’occasion d’une visite de la commission technique chargée d’enquêter sur la tenue du référendum d’autodétermination préconisé par les Nations Unies, elle participa à une manifestation. Elle fut arrêtée avec plus de 600 personnes. Ce jour-là, dix-sept femmes disparurent sans laisser de traces. « Ma famille me comptait parmi les morts », explique-t-elle.
Aminatou et ses amies subiront toutes sortes de supplices dans les bagnes d’Hassan II. « J’ai connu trois semaines d’interrogatoires ponctués de tortures. J’ai eu les yeux bandés pendant trois années et sept mois. On a enlevé mon bandeau seulement quatre jours avant ma remise en liberté. Depuis, mes yeux ne supportent plus le soleil. »
Après sa libération, en 1991, elle a multiplié les actions en faveur des droits de l’homme au Sahara occidental. En dépit des menaces qui pèsent sur elle, Aminatou a organisé de nombreuses initiatives pour alerter l’opinion internationale sur le sort des prisonniers et des « disparus » sahraouis.
Sa dernière arrestation date du 17 juin 2005. Aminatou participait à une manifestation pacifique à El Ayoun. Salement blessée par la police marocaine (plaies profondes à la tête et cotes cassées), elle sera conduite à l’hôpital par des amis. La police viendra la kidnapper aux urgences. Sur la base d’un procès-verbal truqué, Aminatou fut accusée d’avoir constitué une bande criminelle... Elle sera enfermée dans la tristement célèbre Prison noire d’El Ayoun où elle entamera une grève de la faim pour le respect de ses droits. « Mon seul crime, c’est d’être défenseure des droits de l’homme et de vouloir informer le monde sur la situation au Sahara occidental. Mais la justice marocaine n’est pas souveraine. Les magistrats sont instrumentalisés par le pouvoir marocain. » La présence d’observateurs étrangers à son « procès » lui permettra d’éviter une peine trop longue. Elle fera tout de même sept mois derrière les barreaux.
Depuis sa libération, malgré sa santé fragile, Aminatou est allée en Europe (Suède, Italie, Belgique, Espagne, Suisse, Hollande, France), en Afrique du Sud et aux États-Unis pour défendre la cause des prisonniers politiques sahraouis dont certains sont en grève de la faim depuis le 4 septembre.
Pour son action, Aminatou a reçu, en 2005, le prix Andrei-Sakharov du Parlement européen. En 2006, elle a été honorée par la section américaine d’Amnesty International. Elle a également reçu cette année le Freedom Award, à Washington, et le prix espagnol Juan-Maria Bandres pour la défense du droit d’asile.
Adoptée par Amnesty International, Aminatou Haïdar est venue en France grâce au soutien de l’organisation humanitaire. « Je n’avais plus de passeport depuis quinze ans. Fonctionnaire, mon salaire est gelé depuis avril 2005 parce que j’ai voulu participer à la Journée internationale des femmes et faire entendre la voix des femmes sahraouies. Je vais retourner chez moi à El Ayoun à la mi-novembre. Je ne sais pas ce qui va se passer. Je n’ai pas peur. J’aurais la possibilité de demander l’asile politique en Europe, mais je préfère aller en prison plutôt que de vivre dans l’aisance ici. Je suis prête à donner d’autres sacrifices pour affirmer mes droits fondamentaux. » Mère de deux enfants, Aminatou connaît la brutalité de l’occupant, mais chaque coup reçu renforce sa détermination.
« Nous sommes privés des droits d’association, de réunion ou de manifestation. Les Marocains pratiquent l’intimidation, le harcèlement, la provocation. Ils saccagent les maisons, menacent les familles. Ils n’ont pas hésité à faire subir un interrogatoire à ma fille de onze ans. Même les enfants ne sont pas épargnés... »
Quoi qu’il arrive, on ne fera pas taire Aminatou Haïdar. « Ils peuvent me tuer, mais jamais ils ne tueront mes idées. Nos droits sont légitimes et reconnus par la communauté internationale. Je revendique seulement le droit à l’autodétermination pour le peuple sahraoui.
C’est à travers ce choix que se joue l’avenir du Sahara occidental. Le Maroc nie le droit international et essaie de cacher la réalité dans les territoires occupés. Les dirigeants marocains ont interdit l’accès du Sahara occidental à vingt-trois commissions d’enquête. Début octobre, une délégation ad hoc de députés européens a encore été refoulée.
Tout cela sans réaction officielle du gouvernement français. La France aurait pourtant les moyens de faire entendre raison au gouvernement marocain. Au lieu de ça, elle se rend complice des crimes perpétrés au Sahara occidental. À cause du soutien de la France, le Maroc utilise le terrorisme d’État contre le peuple sahraoui. En clair, le président Chirac bloque la paix au Sahara occidental. »
Hassan II n’est plus, mais la question sahraouie demeure. Des tabous ont sauté dans la société marocaine, mais pas celui du Sahara occidental. La pensée dans ce domaine est comme fossilisée. Trente ans après la Marche Verte, Aminatou Haïdar, la voix des sans-voix sahraouis, a besoin de nos voix pour faire gagner la liberté et la démocratie dans son pays. « Je ne compte pas sur les gouvernements, mais sur les peuples. J’ai confiance dans la société civile française.
Malheureusement, contrairement aux Espagnols, les Français sont peu informés sur ce que nous vivons. » Et pour cause. Les fidèles de « notre ami le roi » sont nombreux chez les politiciens, dans la jet set et dans les médias français...
Pour avoir plus d’infos sur la lutte du peuple sahraoui : http://www.arso.org
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