Sarkozy exaspère les juges
Le premier président près la Cour de cassation, le premier président près la cour d’appel de Paris, le procureur général près la Cour de cassation et enfin le bâtonnier de l’Ordre des avocats au barreau de Saint Denis processionnent, l’un va voir le président de la République, l’autre fulmine une déclaration, le troisième se rend à Bobigny et la quatrième approuve.
Ils sont réunis pour dénoncer les propos de Nicolas Sarkozy, souilleur de justice, attenteur à l’indépendance des juges. On peut, ce qui est mon cas, ne point partager l’opinion du ministre de l’Intérieur qui bondit sur des ressorts répressifs vers son rêve de règne.
Peut-on cependant oser déclarer, hermine rouge d’indignation, que ces propos portent atteinte à l’indépendance de la magistrature ?
Là il y a de l’abus ! Et l’abus du sens des mots est aussi dangereux pour la santé d’un pays que l’abus d’alcool, de tabac et de passage à tabac.
Ne se moque-t-on pas des justiciables en prétendant que l’opinion d’un ministre, fût-il de l’Intérieur, brise, comme la trompette de Jéricho, le mur de la séparation des pouvoirs de l’indépendance ?
On a le droit, et peut-être le devoir, de ne point partager son opinion, mais il n’existe pas encore, que je sache, de censure judiciaire.
Ainsi, les juges de Bobigny seraient trop cléments, selon Sarko le sévère ?
Cette opinion, sans doute exagerée, est-elle un sacrilège ?
Un juge devrait être honoré de se voir reprocher sa clémence. Il faut protéger l’indépendance des juges mais pas leurs oreilles. Ou va-t-on si un bruit, un discours, une opinion critique suffisent à outrager leur indépendance ?
Que dire alors des décoractions rouges et bleues que le pouvoir public distribue aux magistrats et qu’ils acceptent ?
Que dire des magistrats présents dans tous les ministères qui franchissent de fait la séparation des pouvoirs ?
Que dire des magistrats qui critiquent la loi sur la responsabilité des juges, allant jusqu’à menacer de faire grève ?
Que dire de ce magistrat de Toulouse qui avoue avoir ouvert une information ubuesque "sur pression de la Dépêche du midi" ?
Que dire de ces juges, hier encore juges, et aujourd’hui députés, sénateurs, maires, et qui ont rejoint leurs amis politiques d’hier comme MM. Alfen, Marceau et Cie... ?
Que dire des juges, enfin, qui interviennent pour critiquer le pouvoir politique ?
Etrange séparation qui conduit un premier président chez le président de la République...
Il y a, comme ça, des séparations qui rapprochent.
texte publié dans "France Soir", le 23 septembre et publié ici avec l’accord de son auteur.
texte publié dans "France Soir", le 23 septembre et publié ici avec l’accord de son auteur.