Père-fille : une histoire de regard
Comme le chantait si justement la blonde platine Marilyn Monroe, "every baby needs a da-da-daddy..." . Mais attention, pas de n’importe quel père.
L’enfance est un passage crutial, mais néanmoins inévitable, pour chacun ; elle détermine notre vie d’adulte, régit, bien plus souvent qu’on ne le croit, nos choix personnels, professionnels, relationnels... Freud écrit à la fin de sa vie : "La grande question restée sans réponse (...) est la suivante : que veut la femme ?".
Le psychanalyste/psychiatre Didier Lanru nous éclaire ici sur un des arcanes de la féminité : une fille devient femme sous le regard de son père.
On ne répètera jamais assez à quel point la parole, et plus particulièrement le dialogue, est important, et combien les mots peuvent faire mal, autant si ce n’est plus que les coups. Cependant, le regard ne doit pas être négligé : celui que l’on porte sur les autres, celui - d’un parent, d’un voisin, d’un ami - posé sur nous. Ne dit-on pas "un regard qui tue", "tomber amoureux au premier regard", "braver du regard", "un regard qui en dit long"...?
Dans ce cas spécifique qu’est la relation père-fille , le rôle du père, le regard qu’il porte sur cette dernière, s’avère essentiel dans la construction de cette femme en devenir. Le père est le premier homme de la vie d’une femme, celui qui, part ses attitudes, ses regards, va déterminer les futures relations de sa fille avec les hommes.
Présent, amoureux, attentif, sans être trop appuyé, ni ambigu et encore moins sexuel, le regard d’un père sur sa fille peut à tout moment créer des blessures irréversibles, ou au contraire, fort heureusement, permettre à la jeune adolesence de passer le cap vers l’âge adulte aussi sereinement que possible.

Après un attachement fusionnel avec sa mère, la petite fille se tournera progressivement vers son père, avec qui elle va tisser et entretenir une relation particulière, spéciale, fragile, qui pourra basculer à tout instant. Entre jalousie, envie, désir, amour insatisfait, l’enfant puis l’adolesente devra peu à peu prendre son indépendance, renoncer à toute autre amour plus poussé avec son père, et aller vers d’autres hommes, découvrir son pouvoir de séduction, sa sexualité.
En s’appuyant sur de nombreux témoignages de patientes, l’auteur met le doigt sur l’importance du père, bien trop souvent relégué au second plan, dans l’éducation, dans l’avenir, de sa fille. A l’heure où il n’est pas rare qu’une femme décide d’élever son enfant seule, par le biais de l’adoption, ou après une séparation et où, porter le nom du père biologique n’est plus une évidence, il est essentiel de ne pas rencarder le père au rang de simple géniteur, sévère patriarche, ringard, car les dégâts que cela peut affliger sur l’avenir d’une enfant sont considérables.
Il est déjà délicat pour un père présent, quotidiennement ou pas, d’exercer l’autorité, l’influence, l’accompagnement nécessaires, de bien gérer la relation avec sa fille, sans qu’en plus on lui ôte le droit de le faire.
Un ouvrage didactique qui ne se perd pas dans la théorie et qui se lit très facilement. A conseiller d’urgence aux papas, aux filles et à toute la famille.
Père-fille, une histoire de regard, Didier Lauru, Albin Michel, 221 pages, 15€
Père-fille, une histoire de regard, Didier Lauru, Albin Michel, 221 pages, 15€