Freakonomics, ou l’économie déjantée

Freakonomics, ou l'économie déjantée

Saviez vous que statistiquement, à rebours des idées reçues, le transport aérien est bien plus dangereux que la voiture. Comment ? Il suffit de calculer le taux de mortalité au kilomètre parcouru... Bienvenu dans le domaine de la Freakonomie !

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Freakonomics est un livre de deux économistes, Steven D. Levitt et Stephen J. Lubner, qui se sont mis en tête d’utiliser l’arsenal statistique et probabiliste des sciences économiques pour s’intéresser... s’intéresser à quoi d’ailleurs ? La Macroéconomie ? La Micro ? L’Economie du développement ? Pas vraiment. En fait le dada de ces deux compères, c’est de décortiquer tous les comportements humains induits par des asymétries d’information, vraiment tous, et de démonter les idées fausses Bref leur principe est toujours le même : dans une situation donnée, il existe toujours une catégorie d’individus qui dispose d’informations privilègiées qui permet de s’arroger une bien-être supérieur. Partant de là, plutôt que de s’intéresser au cas bateau du délit d’initié, ou à celui de l’assureur et de son client, nos deux « freakonomistes » vont s’intéresser aux sujets les plus saugrenues et surprenants :

● Les sumos sont sensés avoir un total sens de l’honneur ? et bien c’est pour cela qu’au vu de l’étude statistique des séries de combats lors de tournois officiels, une bonne part d’entre eux trichent ! Essentiellement certains sumos se laissent battre pour que leur adversaire garde son rang.

● Le système de notation et de paiement des professeurs au mérite ? Un très forte incitation pour eux d’organiser la fraude aux examens, et ce d’autant plus qu’un prof a finalement très peu de chance de se faire piquer...

● Plus drôle, comment Superman a vraiment lutté contre le Klu Klux Klan !! Si, si, simplement l’auteur des aventures de Superman était un anti-raciste qui infiltra le KKK et révéla tous leurs secrets dans les aventures du surhomme en collants...

● Nettement plus provocateur, la baisse de la criminalité aux Etats-Unis durant les années 90 ? Gràce aux nouvelles méthodes de la police et à la hausse de ses effectifs ? Au durcissement de la justice ? Au vieillisement général de la population, au durcissement des lois sur les armes à feu, ou même à la bonne santé de l’économie américaine ? Que nenni, simplement toutes ces théories sont démontés une à une et au final, le facteur le plus important est ... la légalisation de l’avortement, et les deux freakonomistes de montrer que tous les pays d’Occident ont connu une forte baisse de la criminalité par le simple fait que les catégories de femmes qui avortent sont celles qui sans cela auraient eu le plus de chances de voir leur enfant devenir criminel plus tard, c’est à dire 20-25 ans après... Edifiant non ?

Bien entendu, le livre de Levitt et Lubner est un ouvrage de vulgarisation, et ceux qui s’intéressent sérieusement aux travaux des "freakonomistes" pourront toujours se tourner vers l’abondante bibliographie, bien académique celle-là, à la fin du livre. Finalement, nonobstant la qualité des thèses exposées dans ce livre, ce livre est surtout écrit avec une certaine dose d’humour même si parfois le ton frise la condescendance universitaire. Au final, je ne reprocherais qu’une chose, c’est le peu de cohérence entre les chapitres qui donne plus l’impression de lire une compilation d’articles qui n’ont rien à voir les un avec les autres ; le livre se termine ainsi par l’étude de la popularité des prénoms dans les familles américaines suivant leur catégorie sociale. En la matière, les « prolos » copient la bourgeoisie qui cherchent à tout prix à se distinguer en trouvant des noms rares. Avec cette anecdote épouvantable de ces deux frères dont le père a eu l’idée d’appeler l’un « loser » et l’autre « winner » (c’est « winner » qui a loupé sa vie...).

Bref un livre en apparence bien « freak » (dérangé, taré en VF), pour une lecture sympathique... mais aussi assez sérieuse.

Pour ceux qui souhaitent l’actualité de la Freakonomie, le domaine a sa page web :

freakonomics.com

le 27/07/2006
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4 Messages

  • 1er août 2006 15:11

    Laurence, un peu de bon sens !
    Alors sur votre histoire d’avortement :
    1) Prenez conscience que l’avortement était un crime et le simple fait qu’un crime devienne légal suffit à diminuer la criminalité (cqfd !) et pourtant tellement vrai !
    2) les enfants de pauvre ne sont pas plus délinquants que les autres, c’est juste qu’ils n’ont pas "papa" derrière pour dire "mon fils a consommé un peu de coke mais enfin, on va s’arranger, n’est ce pas"...
    Je vous renvoie à l’excellent site "pénombre" pour toute reflexion censée sur les nombres utilisés au pénal.
    • > Freakonomics, ou l’économie déjantée 2 août 2006 19:04, par Laurence de Sainte Lumière,

      Non, nombre d’avortements se faisaient à l’étranger (au Canada pour les E.U.) et quand les deux auteurs parlent de la baisse de la criminalité, il ne s’agit pas de celle immédiate consécutive à la légalisation de l’avortement avant un délit, mais de celle apparue 20 ans après quand le déficit démographique induit a finalement réduit les effectifs de la population la plus susceptible de tomber dans le crime.
      Sinon je ne défends pas particulièrement cette thèse (faute d’avoir eu une lecture rigoureuse des papiers académiques eux-mêmes), mais elle a le mérite d’exister et ne me semble pas moins convaicante a priori qu’une autre...
      Cordialement,
      Laurence de Sainte Lumière,
      Le 2 août 2006.

      Voir en ligne : Mon site


      • Non... d’abord vous sous-entendez que seuls les pauvres sont délinquants et les parents pauvres ne se payaient pas un voyage au Canada pour avorter.
        Ensuite, la révolution démographique a peu à voir avec l’avortement. Elle a à voir, peut etre avec la pillule, et certainement avec les changements de conditions économiques, l’effet de la fin de la guerre et des choses comme ça.
        Dernier point, et je vous réinvite à voir le site Pénombre, la délinquance se définit par sa mesure même et par ce que l’on choisit comme étant la délinquance.
        Depuis hier, je suis délinquante régulière : j’ai un logiciel de peer to peer sur mon ordi, ce qui me rend passible de 3 ans de prison.
        Par contre, je fais parti des 50% de non fumeurs et, à ce titre, je n’étais pas, comme les 50 autres % délinquante auparavant...
        • > Freakonomics, ou l’économie déjantée 7 août 2006 10:07, par Laurence de S-L

          Aux Etats-Unis, l’année suivant l’arrêt de la cour suprême légalisant l’avortement, il y a eu entre 400 000 et 500 000 avortements pratiqués. depuis ce chiffre n’a jamais baissé. Ce qui fait, à la louche 12 Millions d’avortements. Si pour vous, ce n’est pas un choc démographique... Quant à la délinquance, le passage sur la criminalité parle des violences urbaines pas du téléchargement.
          Et de toute façon, ne serait-ce que parce que la période étudiée va de 1970 au milieu des années 90, vous êtes hors de propos vu que le téléchargement n’existait pas à l’époque.
          Maintenant vous pouvez dire ce que vous voulez mais ne prétendez pas participer un débat si c’est avec des "peut-être" et "des choses comme ça". Toutes les références académiques des démonstrations des deux auteurs sont fournies avec le livre et les résultats sont vulgarisés avec le livre...
          Bien cordialement,
          Laurence de Sainte Lumière,
          Le 7 août 2006.