Qui a eu cette idée folle un jour d’inventer des mots nouveaux ?

 Qui a eu cette idée folle un jour d'inventer des mots nouveaux ?

Jean-Paul Gamelin signe avec « Julien et la révolte des mots » un livre tout bonnement formidable et jubilatoire, d’une intelligence et d’un humour féroces.
Un « livre-valise » avec les mots intégrés imaginatifs et précieux qui vont avec, un ouvrage polysémique avec fond amovible dans lequel on se laisse embarquer, sans opposer aucune résistance, dans un voyage littéraire, syntaxique et lexical tout à fait dépaysant et plaisant.

Tout sur le livre et son auteur sur le site de son éditeur

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.

Alors que le petit milieu des lettres n’en finit plus de tortiller du nombril, l’auteur a choisi très habilement de produire une variation libre et surréaliste sur le thème de Charlemagne. Une rédaction brillante qui alterne entre un style très classique et une fantaisie toute oulipienne très maîtrisée. Une folie douce mise en scène avec sobriété, argumentée, qui fait mouche à l’orée de chaque ligne et qui décroche aussi bien les zygomatiques que l’admiration respectueuse.

Cela ne fait aucune sorte de doute, Gamelin maîtrise le fond et la forme des imaginations, sait construire un récit original sans jamais tomber dans la caricature ou la démago. Il sait attirer l’attention du lecteur sans chercher à plaire, ni à flatter celui-ci dans le sens du poil (dans la main) qu’il soit cancre ou fort en thème. Avec une grande justesse et un vrai savoir-faire, il peint et dépeint la petite bourgeoisie avec des clins d’œil tantôt tendres ou ironiques.

Tout cela aurait pu tomber à plat, faire trop didactique, on aurait pu voir les coutures et les ficelles, car sur le papier des bonnes intentions son sujet était un peu casse-gueule, mais Gamelin passe l’examen haut la main avec mention « plus que bien » et les félicitations du jury populaire.

Ce petit bijou mis en verve, en signes, en caractères gras ou en italique, en sourire et en une intrigue savamment dosée, est ce qu’on appelle - et dans son sens premier et le plus strict qui soit - un roman fantastique. C’est- à- dire que dans une réalité quotidienne s’insinuent, apparaissent, explosent brutalement des événements de l’ordre du merveilleux ou du surnaturel, des faits qui mettent en branle, mais sans masturbation intellectuelle ni volonté de démonstration, tout le petit système scolaire d’un établissement privé.

Le jeune héros Julien est tout à fait sympathique, brillant mais pas crâneur, c’est une sorte de Harry Potter sans lunettes, bon élève qui ne supporte pas qu’on le trouve « mignon » car c’est pour lui un mot qui ne veut rien dire. Comme beaucoup de gens il arrive difficilement à dire « non », ce qui empoisonne un peu sa jeune vie et l’entraîne parfois dans des aventures dont il se serait bien passées...

N’étant pas un élève sempiternellement assis à côté du radiateur, ni un garçon habitué aux réprimandes de ses professeurs, ni encore moins un abonné aux notes tendant vers moins l’infini, un deux sur vingt sanctionnant un devoir sur l’inventeur de l’école déclenche aussitôt son incompréhension la plus totale. D’autant plus qu’il s’était félicité de voir une dimension européenne dans le parcours politique de cette figure française qui a un lien si étroit avec l’enseignement public.

Voilà le curieux point de départ ordinaire qui va tomber dans « l’extraordinaire », le diabolique et l’étrange, en tout cas une aventure humaine, une quête initiatique et intellectuelle unique qui va forger le caractère de ce garçon doué. Une histoire à ne pas mettre dans tous les cartables mais à offrir au plus grand nombre, aux petits, aux grands, aux professeurs, aux parents et surtout à tous ceux qui ont encore une belle idée de la littérature dans ce qu’elle a de plus réussi, impertinente et pertinente.

Non Monsieur Gamelin, le bonnet d’âne ce n’est pas pour cette fois ! Les mauvaises langues restent définitivement au coin !

le 28/03/2003
Impression