Chronique d’un racisme ordinaire
Chaque année, des milliers d’étudiants passent des concours pour accéder à un cursus en Maîtrise de Sciences de Gestion, une filière réputée très sélective mais avec une compensation à la sortie : un diplôme très reconnu. Parmi ces candidats, cela va de soi, une part assez importante d’étudiants issus de l’immigration, qui viennent de décrocher un DEUG de sciences économiques et qui souhaiteraient poursuivre leur cursus dans un domaine d’excellence. Mais parmi les 17% d’étudiants colorés à l’entrée du concours, on en retrouve que 1,5% à la sortie...
Le premier constat est que la composition des jurys des concours MSG ne respecte pas les statuts de ces concours, qui prévoient la présence d’un professionnel et d’un universitaire ; bien souvent, il manque la présence de l’universitaire. Ceci a deux conséquences :
* les jurys oublient trop souvent qu’ils doivent juger aptes des étudiants pour un accès à une filière et non à un poste à responsabilité (la responsabilité et les compétences s’apprendront dans leurs cursus respectifs) ;
* la présence des universitaires est primordiale car elle sert de "garde fou" : il est evident qu’avec la présence d’un professeur ou responsable de filière, aucun professionnel ne se permettra de dérives à l’encontre d’un candidat.
Ainsi, de nombreux témoignages attestent que des jurys affirment sans aucun tabou que dans certains cas (la gestion de patrimoine, le conseil, l’audit...), il est de meilleur ton d’être, ou au pire de ressembler, le plus possible à un bon Français de souche. Un candidat rapporte ainsi la réponse qu’on lui a faite : "vous avez un dossier scolaire correct, cependant votre personnalité ne risque pas de plaire et d’inspirer confiance à un vieux bourgeois réactionnaire qui souhaite que l’on s’occupe de son patrimoine". Il est évident que la personnalité n’a rien à voir là-dedans, le candidat en question étant très calme... et surtout très noir !! Si un universitaire avait été présent ce jour-là, cette remarque n’aurait sans doute pas été formulée.
Un rappel à l’ordre auprès des responsables de filières est indispensable. Le responsable d’un Institut Universitaire Professionalisé spécialisé dans la Banque et la Finance explique ce phénomène en supposant que "s’il y a 20% de fachos dans la société, on se retrouve avec 20% de fachos dans les jurys ; il est normal que les jurys reflètent la société dans son ensemble"... Sauf qu’aujourd’hui, il serait bon que les filières représentent un peu plus la société dans son ensemble !
Pour ceux qui auraient l’idée de me traiter de populiste antiraciste primaire, la curiosité m’a conduit à me demander pourquoi à la Sorbonne, sur 16% d’étudiants non-caucasiens à l’entrée, on en retrouvaient 10% à la sortie, c’est à dire plus de 600% plus qu’ailleurs (!)... La réponse est simple : ce concours comporte deux épreuves écrites et aucune épreuve orale, donc le délit de faciès n’est pas possible. CQFD ?
Alors, effectivement, beaucoup admettent qu’il existe une réelle prise de conscience parmi les recruteurs, mais les differences demeurent visibles. Par extension : comment blâmer ces recruteurs qui vont faire leurs "shopping" dans ces promotions visiblement "blanches" si on ne propose pas de la diversité ? Si l’on impose pas de la différence sur le marché de l’emploi, il n y aura aucune avancée qui tendra vers le pluralisme. En tant que chasseur de têtes, comment donner une chance à un petit beurre, si on n’en trouve nulle part à la sortie des formations ?