Interview de Stéphane Fière
Quoi de mieux pour rencontrer un auteur qui aime l’Asie que de le retrouver, pour converser des lettres dans la plus belle connivence, dans un restaurant Créole ? Voilà la dernière aventure de notre aventurière la jolie Cali Rise qui s’est confrontée en chair et en os avec l’écrivain baroudeur Stéphane Fière.
Le jeu de mot est facile mais notre Impudique semble assez fière du résultat. Retranscription textuelle.
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Bonjour Stéphane. Qu’est-ce que vous avez étudié à Sciences Po et à Harvard ?
SF : Bonjour, Cali. On se tutoie ?
CR : Pas de problèmes, on se tutoie.
SF : Qu’est-ce qu’on étudie à Sciences Po ? Et bien les sciences politiques. Et aussi l’économie et l’histoire. Mon but était de devenir journaliste. J’ai aussi fait un master d’économie chinoise à Harvard.
Quel genre de petit garçon étais-tu ?
SF : Rires. Quel genre ? Tu veux savoir quel chieur, j’étais ? Ne mets pas chieur alors, mets péteux. Chieur. Péteux.
CF : Rires. Chieur péteux. C’est très bon ça. Je note. Il... était... péteux.
SF : sourires. Je suis encore un petit garçon.... J’étais jovial... Et sage.
La plupart des gens étudient l’anglais et l’espagnol. Qu’est-ce qui t’a poussé à apprendre le mandarin ? Tu l’écris aussi ?
SF : Le mandarin ? Ma petite amie de l’époque est partie à Taiwan. Je l’ai suivi et j’ai appris la langue. Je l’écrivais à l’époque mais je ne l’écris plus.
CR : C’est très difficile, non ?
SF : L’apprentissage se fait comme pour une autre langue. 1ère année, 2ième... Je l’ai juste étudiée pendant deux ans. En fait, je l’ai apprise au lit. Avec ma petite amie.
Pour quelles raisons es-tu parti habiter en Chine ?
SF : J’ai simplement suivi ma femme qui est Chinoise.
CR : Donc tu t’es retrouvé en Chine par amour.
SF : Exactement.
CR : Cela en fait faire des choses, l’amour.
Le monde des mingong est décrit avec beaucoup de détails. Comment as-tu procédé pour qu’il en soit ainsi ?
SF : J’ai écrit ce livre de façon intuitive. Je n’avais pas de plan pour ce roman.
CR : Ce que je veux savoir, en fait, c’est si tu t’es mis en poste dans la rue. Si tu as sorti des jumelles. Est-ce que tu les as observés à la loupe ?
SF : Mais les mingong sont partout. Je n’ai pas eu à chercher. Ils sont vraiment partout. Il a donc suffit que je regarde dans la rue. Et ensuite, mon imagination a fait le reste. J’ai imaginé comment ils dormaient et le reste.
La Chine s’ouvre sur le monde mais les Chinois ne voient pas l’occupation de leur sol par des étrangers d’un bon œil. Acceptent-ils mieux ceux qui parlent leur langue ?
Faut-il être bouddhiste pour être bien accueilli ?
SF : Absolument. Si tu parles le chinois, ils t’acceptent. Pour eux, cela veut dire que tu fais l’effort de comprendre leur culture. Mais il ne faut pas forcément être pour bouddhiste.
Nos Anciens craignaient le péril jaune. Quel est ton avis là-dessus ?
SF : Je n’y crois pas du tout. Avoir peur des Chinois est totalement ridicule. C’est très facile de les contrer.
CR : Très facile ? Par exemple, ils ont acheté tout l’acier et les prix ont flambé.
SF : Oui. Oui, oui. Mais ce n’est que provisoire, tu comprends ? Je maintiens qu’il serait très facile de les contre-attaquer.
Le sexe est partout en France. Dans la publicité, dans les films, dans les livres, dans la rue... Quelle vision ont les Chinois de notre attitude très différente de la leur ?
SF : Ils s’en foutent totalement.
CR : Rires. Vraiment ?
SF : Bien sûr. Le plus important pour un Chinois, c’est d’être chinois. Ils ne s’intéressent pas à la culture étrangère. A la limite, s’ils voient un couple s’embrasser dans la rue, ils vont pouffer. Comme ça : la main devant la bouche. Mais c’est tout. Pour eux, le sexe, c’est très naturel.
Dans le livre, Zhanxin, le jeune héros parle souvent de ce qu’il mange en décrivant chaque mets et chaque bière. Es-tu aussi obsédé que lui par tout ce que tu mets à ta bouche ?
SF : Rires. Oui. Parfaitement. Je suis passionné par ce que je mange. Tous les Français adorent bien manger, c’est notre culture, non ?
CR : Oui, c’est vrai. La bonne bouffe.
SF : Sourires. Et bien eux travaillent beaucoup, énormément. Alors quand ils ont une pause, ils ne pensent qu’à manger. Normal, quoi. C’est le seul moment où ils se reposent un peu avant de repartir travailler.
Stéphane, je t’offre le mot de la fin...
SF : L’addition, s’il vous plaît !
Entretien réalisé dans un restaurant Créole, rue St Honoré à Paris
"La promesse de Shangai", Stéphane Fière, chez Bleu de Chine
