Le transporteur 2, un film transportant
Heureusement que la vidéo existe ! Sans l’existence de Monsieur DVD, j’aurais sans aucun doute loupé ce chef d’œuvre de suspens, d’intelligence de la situation périlleuse et de l’action qu’est "Le transporteur 2" et je serais ainsi passé à côté d’un passionnant instantané de la société actuelle, un cinéma qui parle du monde moderne, de la jeunesse et de ses aspirations comme personne. Un outil sociologique de tout premier plan.
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Besson c’est un Houellebecq à barbe embarqué aux States avec un gros pistolet et qui flingue toutes les idées reçues en matière de vraisemblance. Un film qu’il convient de décrypter avec attention au quinzième ou seizième degré de la compréhension cinématographique très grand public.
Vous aimez les jeux vidéo, le tuning, les virus, les méchants russes qui parlent mal anglais, glandouiller dans les rues, les cravates noires, les chemises bien repassées, les mecs propres sur eux sans foi ni loi, les scénarios trop subtiles vous ennuient. Ce film est fait pour vous. Philosophie : zéro. Sens de la création : nul.
Je le dis haut et fort, Luc Besson est un génie. Un génie de la démagogie, du foutage de gueule, de la dramatique américanisation des esprits. Besson est dangereux, ce que sous-entend son cinéma est à un tel niveau de niaiserie et de dépouillement de la pensée qu’on touche presque le sublime. Certaines scènes imaginées par le scénariste Besson de ce film (un prête-nom tient lieu de réalisateur) sont tellement improbables, démentielles et incongrues qu’elles ne peuvent avoir été pensées que par un cerveau supranaturel. Besson est un dieu omniscient, un faiseur et défaiseur de monde, un homme d’affaire extraordinaire qui sent la tendance qui va payer quitte à vendre son diplôme de réalisateur à un diable manchot, aveugle et sourd. Il y a le monde réel et le monde de Besson et les deux ne se rejoignent que pour toucher des chèques et des royalties.
Le pitch qui vaut pour tous les épisodes du "Transporteur" : Une sorte de sous-Bruce Willis flegmatique vit dans sa bagnole, une super méga Audi suréquipée noire avec vitres teintées et il fait son boulot à lui : transporter. C’est un mercenaire gentil qui tient toujours ses promesses, ne supporte pas d’être mal fringué, ne couche pas avec les femmes mariées et a toujours des habits de rechange dans le coffre.
Pas mal et puis alors ?
Disons qu’une fois qu’on a dit cela, on arrive un peu aux limites extrêmes du concept, du scénario et de la démonstration. On est dans un curieux champ lexical qui a juste le mérite d’être cohérent avec lui-même. Le "transporteur" "transporte" en prenant tous les moyens de "transport" pour arriver à sa livraison, rien ne peut arrêter sa route, pas même une bombe sous la bagnole qu’il arrive à déquiller en l’air grâce à une poulie juchée à 30 mètres sur une grue de chantier maritime.
Le cerise sur le gâteau c’est tout de même la présence du stakhanoviste du cinéma, le meilleur cachetonneur du moment, François Berléant qui campe un policier français habillé en touriste hawaïen ringard qui comme il est français n’a aucun intérêt sauf de savoir faire la cuisine et qui va sauver sa peau ainsi après avoir été arrêté par erreur par la police locale.
Besson est tellement américain dans sa tête qu’il se moque de la France comme s’il était un yankee, ça force le respect.
Un film...transportant. Y’a pas d’autres mots pour le définir... encore que... les mots, ce n’est pas la force principale de ce road movie sans pneus ni moteur.
