Interview : Christine Van De Putte

Interview : Christine Van De Putte

L’auteur Christine Van du Putte a bien voulu nous accorder cet entretien, exclusif et en avant première, quelques jours à peine avant la sortie de son troisième roman "On n’apprend pas la soif" (Flammarion) qui risque de connaître un très beau succès littéraire.
Roman jubilatoire, enthousiasmant, drôle et hors norme, nous ne pouvons que vous engager à vous procurer au plus vite cet ouvrage et à le conseiller à ceux qui vous sont chers.
Entretien sans langue de bois ( Bob Dylan en fond sonore) avec la Reine Christine autour de cette histoire de portrait truculent et irrésistible de quatre adolescents de 17 ans comme jamais vous ne l’aviez lu auparavant.

1. Bonjour Christine Van de Putte, vous sortez votre troisième roman chez
Flammarion "On n’apprend pas la soif", celui-ci a pour décor une banlieue
assez anachronique qui bien qu’ayant des référents actuels rappelle celle des années 70/80. Est-ce que votre livre est une réponse littéraire aux émeutes en banlieue en fin d’année dernière ou un pur hasard tres intuitif ?

J’ai commencé ce livre, il y a deux ans. Je voulais tenter le jeu de Faulkner avec Tandis que j’agonise. Faire avancer une histoire avec des voix différentes. Résultat : je pédale encore à flanc de montagne et je vois William tout là-haut, un petit point au sommet. Il est fort, cet enfoiré.
Tout ça pour dire qu’à ce moment-là, les feux d’artifice automobiles n’éclairaient pas encore le ciel plombé de notre petit bled... Si furtivement d’ailleurs... Jusqu’à la prochaine si Madame la Gauche continue à jouer au golf.

2. On pourrait qualifier votre roman de générationnel, il parlera aux
souvenirs, au passé de collège ou lycée de beaucoup de gens, est-ce que vous avez beaucoup puisé dans votre propre adolescence pour construire le roman ?
C’est un livre très personnel non ?

Si. Non, je n’ai vraiment rien puisé de ma propre adolescence. Comme dit la chanson : night or day, It doesen’t matter where I go, I JUST GO. J’avance. Et une fois le voyage terminé, je me rends compte que le mot adolescence résonne comme une vague se retirant sur une plage de galets. Un beau mot. Assez de spécialistes lui accolent le terme de "crise" et pas mal de gentils le raccourcissent en "ado" comme le sac lourd de même consonance. Et comme dit un élégant proverbe indien : une mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas trouvé les vertus. Trouvons-les. Facile, il suffit de regarder.

3. Ce qui est très frais et réjouissant dans votre histoire c’est que vous
ne jugez rien, vous racontez, vous captez ou réinventez des dialogues pris
sur le vif avec un talent incroyable, mais vous n’êtes jamais dogmatique,
moralisatrice. Vous ne tentez pas d’expliquer quoi que ce soit... C’est de
plus pas très politiquement correct, comme d’habitude chez vous...

Que dire sinon molto grazie...

4. Quel est le personnage le plus attachant selon vous ? Malika ? Comment
sont nés ces héros de papiers, étaient-ils aussi nombreux au départ ou cette bande de copains s’est formée petit à petit dans votre imaginaire ?

Oui, ils étaient ces quatre-là dès le départ. Il y a eu une incursion du rat musqué, le prof de français. Elle avait de telles pensées salingues de banalité que je l’ai sucrée poussée par Juliette Joste. Très tardivement parce que c’était hilarant (pour moi). Mais, elle avait raison, ça cassait la chanson.
(Difficile de répondre sur le personnage le plus attachant, c’est plutôt un point de vue de lecteur. Et comme le livre n’est pas encore sorti, je ne sais pas encore qui remporte le morceau. Si je le sais un jour.)

5. Ce qui tres étonnant dans votre livre c’est le mélange des genres, le
populaire côtoie le cinéma de Truffaut, Pasolini, les chansons de Dylan, le
Bigdil et les blagues de cours de récré. C’est cela le style Van de Putte ?

On dirait bien.

6. On a l’impression, à lecture, que vous avez écrit tout cela sans effort
dans dans la jubilation la plus extrême, est-ce le cas ou pas du tout ?

La jubilation totale c’était les monologues du rat musqué et il est retourné dans son terrier. Le reste a été plus compliqué. A cause des quatre points de vue de personnages d’un même terreau d’expressions. Une histoire de rythme, de son.

7. Vous avez et ça se confirme depuis votre premier roman, un énorme talent
de dialoguiste de cinéma ou de théâtre, promettez-moi que ce livre sera
adapté sur scène ou sur pellicule ?

Si ça dépendait de moi, et non de ce système subventionné qui ne parvient même plus à financer des films français assez vifs pour Cannes, je pourrais promettre avec plaisir. Ne parlons pas du suicide d’Humbert Balsan. Votre question me fais penser à un truc lu dans le train, une interview de je ne sais plus qui (Adjani traînant une valise sur une plage, un titre piqué à Hemingway En avoir ou pas).

Elle disait que la pire des déchéances pour un cinéaste, c’est quand il adapte. Vous voyez le genre du cinéma français. Tout le monde sait que Coppola Charles Laughton Chaplin, Renoir, Godard, Truffaut, Rafelson, Mikhaïlkhov, Melville, Huston, Ford... étaient ou sont des minables.
A part ça, évidemment, que ce livre soit adapté serait une excellente nouvelle. Mais pas par moi. Quand on a écrit un livre, on n’en a pas seulement écrit le scénario, mais on l’a joué, monté, mixé, terminé... Comme si on faisait deux fois le même film, en somme.

8. "On n’apprend pas la soif" est un titre très van de puttien, ca veut dire plein de choses ou rien du tout... c’était important pour vous de démarrer sur une formule aussi forte et abstraite comme un collage de mots ?

Le titre me vient toujours à la fin du livre. Comme une évidence. Je ne sais pas pourquoi. Il a été très discuté. J’y tenais, à cause de cette évidence que je ne saurais expliquer. On peut dire, on n’apprend pas la soif, dommage. Ou, on n’apprend pas à vivre. Ou. Ou. Des tas de choses ou rien du tout comme vous dites.


9. Vous avez vous-même fort joliment illustré la couverture de votre livre,
est-ce qu’une nouvelle carrière d’illustratrice s’ouvre à vous ? Etait-ce
important pour vous et la cohérence du récit de réaliser cette enveloppe
vous-même ?

C’est comme le titre. Difficile de répondre. Un jour, j’ai barbouillé sur une toile, au doigt, ce truc. Et je me suis dit, ça peut être ça.

10. Je vous laisse le mot de la fin chère Christine !

- Et pas de bêtises, hein ! dit le boucher.

Lire la critique de ce livre sur Le Mague

Photographie : fv

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Photographie : fv