Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue

Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue

Bruno Leroy est un éducateur de rue comme on en croise trop peu. Oubliez vos idées reçues sur ce métier et plongez-vous dans ce long entretien très enrichissant et précis mené tambour-battant et qui vous donnera une vision juste quant à la réalité des choses sur le terrain. Bruno Leroy, humaniste, écrivain, Croyant et homme de conviction est un personnage hors-norme avec un coeur gros comme ça qui risque vraiment de vous donner un autre point de vue sur ce qui se passe en banlieue et ailleurs avec notre jeunesse. Une interview à méditer.

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1. Bonjour, Bruno. Votre nom, Leroy, est-il prédestiné ? Seriez-vous le roi des éducateurs de rue ?

Votre question me fait sourire car, je suis loin de me considérer comme le roi des éducateurs de rue ; je suis un peu plus médiatisé que certains qui font pourtant dix fois plus que moi... qui sont au service des autres et militent également pour un monde meilleur. Simplement, ils sont dans l’ombre et je parais toujours être dans la lumière parce que j’écris, c’est tout. Je suis un pauvre hère qui essaie de mener au mieux sa mission éducative. Je suis d’ailleurs en bon terme avec de nombreux éducateurs qui sont loin de voir en moi, un roi mais un militant qui ne baisse jamais les bras. Je ne sais franchement pas pour quelle raison obscure, je suis devenu un nom dans le monde éducatif. Au début, j’ai cru que c’était dû à ma grande gueule. Aujourd’hui, on me parle de charisme, je ne sais pas vraiment pourquoi, je suis un type comme les autres éducateurs que je rencontre. Je ne suis le roi de rien sinon de ma propre conduite de vie et pour le reste, les jeunes s’en fichent totalement. Et le patronyme n’a jamais hiérarchisé la fonction. Heureusement car, nous ne choisissons pas au départ. Mais, nous sommes maîtres de l’arrivée.

2. Je sais ce qu’est un éducateur spécialisé, un éducateur de jeunes enfants mais qu’est-ce qu’un éducateur de rue ?

Un éducateur de rue est un éducateur spécialisé. Il travaille avec d’autres assistants sociaux sur le terrain afin d’aider les jeunes à recréer le lien social. Il faut à la fois des qualités professionnelles indéniables pour mettre en œuvre des projets et surtout, des qualités humaines essentielles au service des ados en difficulté pour les aider à s’insérer dans la société. J’ai une équipe de vingt éducateurs qui mettent en œuvre des méthodes psychologiques et pédagogiques pour favoriser le développement personnel, la maturation sociale et l’autonomie des jeunes et même des adultes qui éprouvent des difficultés. Au quotidien, je vis dans la rue avec ce que consiste les attitudes spontanées des Jeunes et ma capacité de répondre.

Je fréquente également les cafés, les lieux de rassemblement des jeunes de la rue, leurs lieux de vie. Nous essayons de les sortir de leurs désespoirs existentiels qui leur colle à la peau. Je les aide avec mon équipe à se détourner de la came et d’autres merdes pour les orienter vers des activités plus constructives. Pour cela, il faut aller chaque jour à leur rencontre et avoir une qualité d’écoute indispensable de leurs problématiques. Nous travaillons avec d’autres structures pour les aider à réaliser leurs rêves qu’ils soient professionnels, sportifs, artistiques ou autres.
Nous agissons toujours selon la volonté du jeune et non en faisant du forcing social.

Et nous travaillons également, autant que faire se peut, avec l’accord des parents.
Les différents groupes de jeunes sont dynamisés pour une conscientisation des problèmes de droits et de devoirs envers la société. Certains partent en voyage avec d’autres organismes et nous évoquons ensemble les différentes législations, les problèmes de drogue mais aussi les simples règles de vie tels que la tolérance, le respect de soi et des autres. Nous faisons participer les parents dans cette grande aventure sans pour autant les obliger ou les culpabiliser.

Pour mettre en place tous ces paradigmes, il faut un équilibre nerveux à toutes épreuves. L’éducateur doit presque religieusement préserver son capital nerveux. Sinon, il transmet son malaise aux jeunes et le résultat est désastreux.
Je pourrai vous parler durant des jours et des nuits de notre profession. Mais, je me fais un devoir absolu de ne rien révéler qui pourrait mettre en porte à faux les jeunes. Je suis une tombe lorsqu’il s’agit de parler de l’intimité d’une personne. Notre cohérence de vie est un témoignage pour eux et c’est grâce à nos convictions du respect de l’Humain, qu’ils nous accorde leur confiance.


3. En parcourant les différentes notes de votre blog, je remarque que vous parlez sans cesse de Dieu.
N’avez-vous pas raté votre vocation ou êtes-vous un prêtre défroqué ?

A neuf ans, j’ai senti l’appel de Dieu. A treize ans, j’entrais au séminaire pour devenir prêtre. Puis, je suis tombé amoureux d’une fille après cinq ans de séminaire et les sentiments semblaient plus puissants que ma vocation. Cette fille est restée quelques mois avec moi et puis, innocent, je me suis représenté au séminaire où l’on m’a dit qu’un futur prêtre qui oscillait entre le mariage et la prêtrise ; il fallait sérieusement qu’il réfléchisse. Ce que j’ai fait.

Dieu fait partie des moindres interstices de mon être. Je n’ai pu devenir prêtre et pourtant, par la suite j’ai refait six ans d’études de Théologie Catholique.
Je n’aime pas le terme prêtre défroqué qui est totalement ringard et insultant. Nous ne sommes plus au XVIIIe siècle. Il était utilisé lorsque les curés portaient des soutanes obligatoires.

J’ai compris avec le temps que, la mission d’un homme ne s’exerce pas uniquement au sein de l’Église mais dans toutes professions et dans toutes dimensions de l’existence. Si mon Blog parle tant de Dieu, c’est que je ne puis en parler dans mon quotidien auprès des jeunes. Mais, il me brûle sur le web ou par écrit d’exprimer mon Amour pour Lui. Mon Blog est un lieu d’expression spirituelle et le reflet de mon âme. Pour répondre à votre question, je n’ai pas raté ma vocation puisque Dieu m’a envoyé sur d’autres chemins où je suis heureux. Si, j’avais été malheureux de ne point être prêtre ; oui j’aurai raté ma vie mais, ce n’est pas le cas.

4. De nos jours, qu’est-ce qu’un jeune en difficultés ?
Je répondrai à votre question en quelques mots et cela est valable pour les adultes aussi : n’être aimé et reconnu par personne. Ce qui entraîne le refus de s’aimer et donc, la perte de confiance en soi mais surtout, cette sensation de n’avoir rien à perdre. Rien de plus dangereux qu’un jeune estimant ne plus rien avoir à perdre. De là, commencent les conneries que l’on soit issu d’un milieu aisé ou plus pauvre. Le suicide des Jeunes demeure une problématique importante en France.

Pour moi, les difficultés sont d’abord existentielles avant que d’être matérielles.

Apprenons à responsabiliser nos jeunes. Apprenons à leur redonner goût à la Vie en leur disant que c’est un long combat qui vaut la peine d’être vécu.


5. Aujourd’hui, un maire alsacien vient de brûler des caravanes vides qui appartenaient à des gens du voyage et occupaient un terrain communal.
Hier, des jeunes brûlaient des voitures pour protester contre la société.
La violence est partout et rien ne peut la contrer ?

La violence est en nous et permet de nous imposer face à autrui. C’est la violence positive. Nous pouvons par un long travail éducatif, canaliser la violence négative.
Pourquoi selon vous des personnes usent d’une violence positive et d’autres totalement dévastatrice ?
C’est l’image que nous avons de nous-mêmes qui génère nos comportements. Tant qu’un individu aura une image négative de lui. Il réagira négativement.

Travailler sur le développement personnel et la confiance en soi est donc loin d’être inutile.

Depuis des années que je suis éducateur, j’ai vu la violence progresser à un tel point. Je constate aujourd’hui que bon nombre de personnes ont de réels problèmes psychologiques. Une fragilité qu’elles n’osent pas s’avouer. Cela est valable pour toutes les couches sociales. Et lorsqu’on possède un pouvoir qu’il soit municipal ou National, les réactions peuvent être dangereuses et humiliantes pour les gens sanctionnées.
Vous savez l’acte de brûler des voitures de la part des jeunes est au départ dû à un authentique malaise social.

Même si certains ont dits qu’il s’agissait d’un jeu. Pas pour tous. Ils en ont marre d’être traités comme des chiens. Ou d’être insignifiants à cause de la peur des adultes. Il m’arrive de leur foutre mon poing dans la gueule quand ils dépassent les limites. Mais sans haine. C’est la violence positive qui nous permet ensuite de discuter. Parce qu’ils en ont ras le bol de ces adultes qui les craignent.

Imaginez que tous les jours, lorsque vous sortez, vous sentez des attitudes d’évitements ou franchement hostiles à votre égard. Et vous voyez dans le regard des gens une peur incommensurable. Une peur qui détruit tout dialogue et vous donne l’impression étrange de ne plus appartenir à ce monde. Votre première réaction sera celle de la défense, même par la violence. Ensuite, la tension baisse et vous préférez arnaquer ceux et celles qui ne semblent pas vous aimer.

Et troisième étape, vous allez rechercher la compagnie d’individus qui vivent les mêmes souffrances que vous. C’est le phénomène des bandes, restauration du lieu familial par excellence. Et comme cette société vous rejette de partout, les drogues sont là pour apaiser votre mal-être. Et vos incompréhensions aussi.
Je caricature exprès mais nous sommes tellement proches des réalités.

Il faut dans un premier temps sanctionner les incivilités de ces jeunes sinon, nous les ignorons encore. Ils faut qu’ils reprennent leur place de citoyens à part entière. Exercer une liberté responsable. Il faut également que les adultes soient plus ouverts aux jeunes.
En fait, il faut impérativement que les relations repartent sur de bonnes bases. Les médiateurs font un travail remarquable dans ce sens.

Ils parviennent à apaiser les jeunes les plus violents. Nous manquons d’adultes vrais, forts, osant affirmer leurs convictions sans les imposer. Nous manquons d’adultes amoureux de la Vie. Et surtout, nous manquons de dialogue et de relations authentiques entre nous. Commençons par là et nous verrons la société se transformer progressivement.
Je vais vous raconter une courte histoire significative. Un jeune que je connaissais bien pour agresser les personnes âgées ; me dit un jour : Pourquoi tu ne prends pas ta retraite ? Surpris par cette question, je lui rétorque qu’on ne prend pas sa retraite à mon âge. Il me répond : Dommage, il faudra que t’attendes pour devenir riche.

Je lui ai répondu que je ne travaillais pas pour le pognon et que la retraire n’enrichit pas.

En fait, il volait des petites vieilles à la sortie des Postes et constatait q’elle avait un sacré pécule. Dans notre discussion, je lui ai fait comprendre que c’était trois mois de retraite qu’il volait. Il ne le savait pas. Il pensait que cela était le revenu mensuel de la personne âgée. Inutile de vous dire que je l’ai traité de beau salaud. Depuis, ce jour il n’a plus volé une seule retraitée. Tout simplement, on ne lui avait jamais dit que cela représentait trois mois de salaire.

Alors, apprenons à nous parler et même à dire aux jeunes : Tu sais, je vis la galère comme toi, je suis au chômage et c’est la misère à la maison.
Souvent, ils pensent que les adultes même dans la merde ont tous les droits sociaux pour s’en sortir. Cela crée les malentendus car, ils sont seuls à penser qu’ils doivent se battre contre cette société injuste.
Ouvrons les portes du dialogue dans le respect des autres. Et la violence s’atténuera dans la reconnaissance que nous aurons d’autrui.

6. Ne pensez-vous pas que les français sont de plus en plus assistés et qu’ils sont incapables de se débrouiller seuls

Vous posez la question de façon très tranchée. Mais, mon côté rebelle ne me fait pas admettre les réponses toutes faites. La réalité est beaucoup plus complexe. Il est facile de dire que les voisins sont des assistés quand on a un emploi et un peu de fric. Mais, quand on a 300€ par mois pour s’en sortir, on estime pas de façon identique l’assistanat. Sinon, tout le monde est assisté. Le patron qui ne cesse de demander des aides de l’État pour embaucher, n’est-il pas un assisté qui fait du chantage ?
J’entends énormément de conneries sur l’assistanat pour que ça ne me fiche pas en colère.

Je dirai que nous sommes dans une société désenchantée. Dans un désert de promesses, le peuple finit par mourir de soif.

Vous savez, le chômage est une grave question qui ne doit pas être abordée sous l’angle du type qui veut travailler ou qui refuse par fainéantise.
D’abord, un fainéant, comme on dit, n’existe pas. Le découragement, oui. Beaucoup sont découragés de ne plus trouver ou retrouver d’emploi et baissent les bras. Ils sont taxés de fainéants.

D’autres s’enferment dans les addictions telles que l’alcool ou d’autres substances ( médicaments etc...)
Je crois que nous vivons dans une société hautement déprimée. C‘est aux hommes politiques de redonner un souffle d’espérance. Puis, ce sera aux citoyen(ne)s d’alimenter ce souffle.

Si le RMI n’avait pas été mis en place combien de gens crèveraient littéralement de faim ?

Je ne dis pas qu’il n‘existe pas de profiteurs, comme dans tous systèmes. Mais, de là à traiter les Français d’assistés et d’incapables de se débrouiller seuls ; je trouve cette question totalitaire. Vous savez beaucoup trop de gens se suicident à cause de telles accusations.
Non, mais si nous ne mettons pas en place une éducation citoyenne des droits et surtout des devoirs ; nous risquons de vivre en léthargie pendant longtemps.
Et votre question est importante dans le sens où elle fait appel à la responsabilité de tous. Nous sommes tous responsables des autres. Quand on ce sera foutu ça dans la tronche, on aura tout compris. Autrefois, les gens s’épaulaient dans les moments difficiles. Maintenant, c’est chacun pour sa gueule. La solitude vécue par les personnes en difficulté est abominable.

Comment voulez-vous qu’ils retrouvent l’énergie pour s’en sortir ? La déréliction totale, absolue, voilà ce qu’ils vivent face aux factures impayées, aux enfants qu’ils ont du mal à élever, aux regards des gens qui travaillent et les considèrent comme inexistants ou parasitaires.
Comment voulez-vous remettre en quelques mois debout des gens dont on s’est acharné à achever durant des années ?
Et ce n’est pas uniquement le travail des éducateurs ou de tous les travailleurs sociaux de les aider à cheminer. Je le redis, cela concerne tout le monde.

Mais, à côté de cela, vous avez des jeunes créateurs d’entreprises qui marchent bien. Des personnes dynamiques qui ne demandent qu’à entreprendre et aller de l’avant.
Quoique sur le plan strictement culturel, les consciences ont évoluées. Je connais beaucoup de personnes qui ne privilégient plus la valeur < travail >, comme autrefois. Ils préfèrent consacrer du temps à la création, au repos en famille, aux voyages...

Non, notre société est en pleine mutation et elle laisse les plus faibles sur le bord de la route.
Soyons solidaires les uns les autres et cessons de nous ériger en juges. Je vous assure que notre société aurait un autre aspect.

Les Français ne sont pas assistés, ils sont démissionnaires. Et c’est plus dangereux, encore !

7. A votre avis, quelle est la place de la femme dans son couple et dans la société en 2006 ?

La place de la femme en 2006 est de s’épanouir dans une activité qu’elle aime avec un salaire identique aux hommes. Et surtout, cette usurpation de parité doit être remise à l’étude. Combien de femmes Ministres ? Combien de femmes Présidentes de la République ? Combien de femmes à l’Assemblée Nationale ? Et la liste n’est pas exhaustive. Ce sont encore les hommes qui ont les pleins pouvoirs sur la planète.

Nous sommes dans des sociétés patriarcales.
Et quand la femme travaille, elle doit se farcir les courses, la vaisselle et les gosses. Heureusement, qu’il existe des maris pour soutenir leur épouse dans ces instants de surcharge de travail.
Mais, face à tout cela, je vous en prie rendons grâce et honneur à la femme qui a décidée de rester à la maison pour s’occuper de sa Famille. Ne la dévalorisons pas. Il s’agit d’un choix de vie tout à fait honorable.
Pour conclure, je dirai que le féminisme à fait autant de pas en avant que de pirouettes en arrière.

La femme ne sera jamais l’égale de l’homme. Heureusement, sur le plan physiologique ; j’aime sa féminité. Donc, qu’elle ne tente pas de singer l’homme mais d’obtenir des égalités sociales.

La femme est supérieure à l’homme dans le sens où elle est instinctuelle. Elle pourrait régler les problèmes humains selon la sensibilité de chacun.

Les hommes pensent qu’ils détiennent tous les pouvoirs. Apparemment, ils ont raison et je dirai malheureusement.
Beaucoup de combats sont à mener pour les femmes en 2006. Comme, je le disais précédemment, d’une autre manière, le féminisme a renforcé le machisme des hommes. Par protection. D’autres combats sont donc à poursuivre et je laisse l’imagination féminine en ce domaine, faire son chemin. J’ai confiance.


8. Beaucoup de couples divorcent aussi vite qu’ils se sont mariés, ou se séparent rapidement au bout de deux ou trois années de vie commune pour ceux qui n’ont pas souhaité passer devant le maire. La famille traditionnelle n’existe plus, est-ce que cela expliquerait toutes les difficultés actuelles ?

Là, nous entrons davantage dans des problématiques sociologiques. Nous sommes dans une société qui veut aller vite, très vite. Et je vois cela avec les jeunes. A peine la fille rencontrée et c’est la position horizontale. Le corps n’est qu’un transmetteur de plaisirs.

De plus, là où apparaît la notion sociologique, c’est la peur de l’engagement. Un mariage se prépare longtemps à l’avance. Maintenant, il est fait rapidement tout en sachant que s‘il y a mésentente, le divorce n’est pas loin.
Nous revenons à cette notion d’assistanat que nous évoquions tout à l’heure. Tout est bien huilé. Le système propose un divorce en cas de légers différents.

Vous n’avez plus à vous engager vraiment puisque le divorce fait office d’assurance contre les mariages ratés.
Vous savez, je suis issu d’un couple divorcé après plus de vingt ans de mariage. Et mes parents représentaient la famille traditionnelle.

Oui, bien-sûr, beaucoup de problèmes chez les jeunes et moins jeunes viennent de ses familles désunies. Je me souviens de la terrible souffrance que cela a provoqué en moi, lorsque ma mère nous a annoncée qu ‘elle quittait mon père pour un autre. Et pourtant, ce divorce s’est passé calmement. Mais, je serai toute ma vie un fils de divorcés. Et puis, ma mère est décédée quelques années après d’un cancer. Les médecins sont unanimes, elle se rongeait intérieurement de cette situation. Elle n’avait que 49 ans. J’ai donc perdu ma mère deux fois. La deuxième fut malheureusement définitive.

Je sais qu’elle me posait des questions du style : Tu crois que j’ai réellement trompé ton père ?

Je lui répondais : Non, tu n’as pas trompé ton mari. Tu t’es trompée de mari, c’est différent.

Vous savez tous les enfants se remettent d’un divorce. Et cependant, ils éprouvent la sensation d’être de trop et de ne plus être vraiment aimés. Oui, je crois qu’un divorce peut être à l’origine d’un malaise intérieur. Là aussi, il faut que tout le monde se mobilise pour expliquer que l’on peut sortir grandi d’une blessure. C’est le phénomène de résilience.


9. Vous qui encadrez les jeunes en difficultés, êtes-vous l’exemple type du père de famille ? En d’autres termes, êtes-vous marié et père ?

Autrefois, j’ai quand même débuté à 19 ans, j’étais probablement le frère.
Maintenant, avec mes cheveux grisonnants ; je sens bien que je suis le père éducatif. Sans me prendre pour les parents légitimes, jamais. Mais, la complicité n’est plus la même. Cette paternité éducative est importante à leurs yeux. Ils savent qu’ils peuvent compter sur moi, jusqu’au bout.

Concernant, ma vie privée, tout ce que je vous dirai c’est que je vis depuis des années avec une personne que j’aime. Et nous n’avons pas d‘enfants pour des motifs strictement personnels. Mes jeunes me posent rarement la question. Je ne vois pas pourquoi, je révélerai tout à la presse. Sachez simplement, que je connais le Bonheur équilibré.
10. L’Eglise n’a pas un discours moderne. Comment vous positionnez-vous par rapport à celui-ci ?

Je respecte immensément l’Église et pourtant, elle est souvent en dehors de la plaque. Je ne peux pas la suivre dans mes fonctions éducatives en tout. D’ailleurs, j’ai suivi une formation en théologie de la libération. Mal vue à l‘époque car, trop marxisante. Je suis toujours Théologien de la Libération et je m’en vante.

Le discours de L’Église institutionnelle est loin des réalités des pauvres gens. Il me faut donc, commettre quelques entorses. Sinon, j’aurai rendu mon Diplôme d’éducateur et arrêté mes fonctions depuis longtemps.
Vous savez, avec les jeunes vous entendez tous les discours jugés indignes au regard de l’Église. Il me faut au contraire, une très grande ouverture d’esprit pour mener à bien ma mission.

D’abord, l’Église adresse un discours idéalisé pour l’ensemble des Catholiques. Ce discours, je peux très bien le vivre chez moi dans la prière. Justement pour acquérir du discernement auprès des ados en difficulté.
Et puis, la Force intérieure d’affronter toutes les réalités auxquels ces Jeunes me confrontent.

Je ne tiens pas compte des discours officiels de l’Église lorsque j’ai une situation urgente à gérer. Et je vis souvent dans l’urgence. Que répondre au jeune qui veut un préservatif ? Tiens, le voilà je préfère cela que te voir atteint du sida. Je suis gay, qu’est-ce que tu en penses ? Vis ton amour dans la fidélité. Aime ton ami et donne-moi des nouvelles. Mais ne fais pas cela uniquement pour le sexe. Je me came tous les jours et je suis en manque ou mon père était bourré hier soir, tu peux aller lui parler ?
Voyez, quelques questions au hasard. Mais, lorsqu’on croit en Dieu, le hasard n’existe pas. C’est la Providence qui met ces Jeunes dans mon destin. A moi, d’assumer les cris de détresses, les violences et le reste.

L’Église est une vieille boussole qui aurait besoin de se réformer. Mais, c’est à chaque chrétien ( ne ) d’assumer sa Foi en pleine maturité. Et de répondre aux questions inattendues pas avec des têtes de pucelles effarouchées mais, d’adultes qui s’adressent à des adolescents en plein questionnement.

L’Église a donnée sens à ma conscience de chrétien et c’est pour cela que je l’aime.
Mais, je l’aime avec un esprit critique et non comme un mouton bêlant. Écoutez les discours de Jean-Paul II sur les Droits de l’Homme et vous trouverez qu’elle n’est pas si ringarde que cela.

11. Vous êtes à l’écoute de nombreuses personnes et vous, qui vous écoute ? Je ne veux pas que vous me répondiez Dieu, ce serait trop facile.

J’ai de nombreux amis et des vrais. J’ai ma famille et des amis prêtres qui m’écoutent avec leur âme. Puis, j’ai l’écriture pour écouter parler mes mots. Mais, ne vous inquiétez pas, je suis très bien entouré. Et j’ai surtout une équipe remarquable qui est à mon écoute constante puisque nous partageons les mêmes problématiques. Mais, hors du cadre professionnel, étant un gars qui aime discuter avec les autres ; j’ai des amis ( es ) de tous horizons qui sont à mon écoute. Et qui entendent derrière les phrases ce que je veux leur dire. C’est précieux !

12. Citez-moi une personne appartenant au gouvernement français et que vous admirez.

C’est très difficile pour moi qui suis un mec de gauche. Je n’ai pas d’admiration particulière pour un homme politique de ce Gouvernement. Et pourtant, je n’ai pas d’animosités non plus.

Sauf, pour les extrêmes de tous bords. Avec la mondialisation l’économie est devenue complexe et je pense que nos politiciens sont parfois victimes d’une immense machinerie qui leur échappe. Il faut remettre l’Humain au centre de la vie citoyenne. Ce sera un travail de longue haleine d’autant que les contre-pouvoirs en France ne sont pas puissants.

Je crois en la sincérité des politiciens et en l’avenir pourtant fragile de la démocratie. Mais, je crois avant tout que l’être humain doit voter selon sa conscience et son histoire et non pour mettre le Pays dans le désarroi. Concernant, les hommes ou femmes de gauche pour l’instant, je reste très réservé. Je suis socialiste et pourtant, j’attends les projets plutôt que les insultes formulées contre ce Gouvernement.

13. Parmi tous ces jeunes que vous aider, tous ne sont pas chrétiens. Avez-vous tendance à faire du prosélytisme ?

Ah ! Non jamais. Je suis certes chrétien mais Républicain avant tout. Le prosélytisme est une violation de conscience. Je n’ai jamais pratiqué ce genre d’irrespect envers quiconque. Et ce n’est pas aujourd’hui que je commencerai !

Ma relation avec Dieu est personnelle et je me vois mal en train de dire à un jeune qui se came : Tu sais, Dieu t’aime. Il se demanderait où je me procure la mienne.
Trêve d’humour...La plupart des jeunes sont musulmans et me parlent de leurs croyances. Moi, je suis au milieu d’eux avec mon bagage théologique et chrétien. Cela, se ressent certainement dans mon comportement puisqu’il arrive qu’on me pose la question de savoir si je suis croyant. Je réponds bien-sûr dans ce cas précis.

Mais jamais, je ne leur parle de Dieu Amour. Il faut d’abord qu’ils perçoivent qu’un simple éducateur est capable de donner de l’amour désintéressé, cela me paraît primordial dans leur existence. Dieu, vous savez n’est qu’un terme abstrait dans leur univers. Quand un mec est dans la merde, mon devoir est de l’aider à sortir de là, pas lui faire de l’évangélisation. Je me répète, ma cohérence de vie est primordiale pour eux. Savoir où je puise ma force ne concerne que moi.

D’ailleurs, j’ai horreur de ces cathos qui donnent d’une main pour leur envoyer Dieu dans l’autre. Ce comportement est inadmissible. Nous sommes dans un État laïc et nous devons vivre une spiritualité laïque faite de partage, de fraternité, de respect, de liberté responsable...
C’est beaucoup plus important que de leur fourguer le Christ à chaque geste. Ils ne croient qu’en la gratuité des démarches individuelles. De plus, il faut respecter les autres religions. Vous savez, si une seule fois, j’avais fait du prosélytisme, ils m’auraient largués depuis longtemps. Et ils auraient eu raison.

14. Cheveux longs, jeans, santiags... N’avez-vous pas l’impression de dégager une image de ringard ?

Est-ce que pour vous l’habit fait le moine ?

Je n’ai jamais suivi les modes. J’ai des longs cheveux depuis l’âge de treize ans alors, que c’était la mode des cheveux courts. Je tournais à l’époque des films pour la télévision et il leur fallait un mec avec des cheveux longs. Voilà, comment tout a débuté. Et mes santiags me collent aux pieds depuis mes dix sept ans, c’est un cadeau. J’ai quand même changé de paires depuis...
Je me fous totalement de mon look et encore plus de savoir si je fais ringard ou non.

Je suis depuis mon enfance, un rebelle qui veut se démarquer des gens dits ordinaires.

A près de 47 piges, cela peut surprendre. Mais, je ne suis pas un mouton bêlant qui va se raser le crâne parce que tout le monde le fait. Je me sens bien dans ma peau ainsi.
Bien-sûr que l’habit fait le moine. La façon dont vous habillez votre corps est révélateur de votre identité. C’est pour cette raison que j’affirme être un rebelle car, j’ai continué à m’habiller ainsi, pour faire flipper les bourgeois et me rapprocher des blessés de la Vie. Sinon, je mettrai un costume-cravate et j’aurai l’air con tout en trahissant mon idéal de convictions profondes.

Je vous le redis, le look je m’en bats les flancs. Mais, s’habiller pour ressembler aux autres est une connerie. Je me sens très mal à l’aise dans un costard. De plus, si les gens étaient plus originaux, il y aurait moins de marginaux.

Nous sommes stéréotypés en tout. Si , je suis ringard. Je revendique ce ringardisme au nom de la liberté de s’habiller autrement. Seuls, les jeunes ne sont pas surpris ce qui prouve qu’ils sont loin d’être des imbéciles de la société formatée.

15. Quel est votre plus grand bonheur ? Ou quel serait votre plus grand bonheur ?

De savoir les autres Heureux qu’ils soient proches ou éloignés. Pour le reste, je suis un homme pleinement heureux, joyeux, plein d’humour et épanoui car, je pense avoir réussi ma vie et par ricochet celle des autres.

16. Le monde entier file un mauvais coton ?

Je pense déjà avoir répondu à cette question. Je donnerai donc une seule et unique phrase : Il est temps que nous retrouvions le sens des autres et de la vie commune, c’est-à-dire vivre en société dans le respect et la tolérance. Le visage de l’Humanité en serait métamorphosé.
Je pense que le fric est la drogue par excellence qui détruit les rapports humains. Vivons dans une société où le cœur sera loi. Utopique ? Peut-être, mais j’y crois fermement !

17. Dieu a fait l’homme à son image ou l’homme a créé Dieu à son image ?

J’aurais tendance à dire les deux. Dieu a d’abord créé l’ Homme à son image. Puis, les Hommes ont imaginés Dieu. Je m’explique. Une personne croyante qui a vécue une enfance avec un père très autoritaire verra en Dieu le puissant légaliste qui régit les lois des conduites humaines. Ce sont des croyants névrotiques. Donc, l’image que l’on se fait de Dieu est en rapport avec notre vécu. C’est pour cette raison que les prêtres ont une formation de haute tenue, notamment au niveau psychologique.

Moi, je ne me fais aucune image de Dieu. J’ai horreur de cela, l’image est un miroir déformant. Je sais que Dieu est Amour. Non, parce que je l’ai lu mais par expérience. La Foi est une expérience entre Dieu et vous. Si cette phase de la rencontre divine n’a jamais vue le jour, vous demeurez dans le monde des images et des mots. Dieu est l’indicible que l’on tente sans cesse d’expliquer.

Je crois que les poètes y parviennent mieux que les religieux ou théologiens eux-mêmes.

18. Je vous laisse le mot de la fin...

Nous devons tous et toutes donner un sens à notre existence. Que ce sens soit artistique, poétique, littéraire, pictural, éducatif, musical... Peu importe.
Le sens des valeurs que nous transmettrons aux jeunes de ce temps aura le parfum des réussites de demain.
C’est parce que nous avons baissés les bras et que nous laissons entrer une morosité malsaine que notre monde est au bord de l’asphyxie.

Donnons l‘oxygène du Bonheur et de la Joie de vivre.
Le monde à venir aura le visage que nous lui donnons actuellement.

Savez-vous que la plus grande révolution face aux problèmes qui adviennent est l’humour et le rire.
Garder un grand sens de l’Humour lorsque tout va mal, c’est prendre ses distances avec ce mal et ainsi, ne pas se laisser envahir.

Les valeurs spirituelles qui nous habitent tous et toutes seront les lumières qui éclaireront le monde futur. Gardons notre militantisme pour un monde meilleur, toujours en alarme. Où que vous soyez et qui que vous soyez, vous êtes utiles sur cette terre. A vous de trouver votre route, si ce n‘est déjà fait . Vous êtes mes frères et Sœurs en Humanité.

le 21/01/2006
Impression

23 Messages

  • 21 janvier 2006 05:31, par oscar teufin

    Ouah Cali, t’as rencontré un éducateur de rue, un mec qu’on ’rencontre trop rarement’, un qui s’occupe des pauvres, un qui en touche avec sa main de catholique pas effarouché, mais pourquoi un pas pauvre catholique - attention, il n’est pas du tout inintéressant, ce type, et il l’est davantage quand il ne répond pas à la question de savoir si son nom importe dans la hiérarchie, blague, Leroy, le roi des éducateurs de rue, blague -, pourquoi en exclusivité dans ces colonnes tu n’en rencontrerais pas un, de pauvre, en direct, tu lui parlerais, il ne dirait pas forcément que des conneries, tu pourrais lui toucher le bras à ton tour, et puis le voir, le regarder, quoi, pour t’en souvenir plus tard, quand tu serais repartie où il n’y a ni ’rue’ pour les pauvres, ni éducateurs pour la rue.
    os’
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 21 janvier 2006 15:55, par Cali Rise

      Vous supposez donc qu’un pauvre dit des conneries pour écrire qu’il "ne dirait pas forcément que des conneries".
      Que savez-vous des pauvres, vous, le donneur de leçons ? La misère n’est pas que sur les trottoirs.
      • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 22 janvier 2006 21:28, par oscar teufin

        Quel manque d’humour ! Quand je dis que les pauvres ne disent pas que des conneries, c’est parce que, quitte à ce que quelqu’un de la presse s’intéresse aux pauvres, autant qu’il s’adresse directement à eux, donc à les interviewer sans intermédiaire, ils ne disent pas que des conneries, j’en connais plein des au moins aussi intelligents qu’un tas de chroniqueurs du mague, voilà, c’était un euphémisme, un pauvre peut même connaître des mots savants, vous voyez. Ce que je sais des pauvres ? Mon revenu misérable d’insertion. La misère n’est pas que dans la rue ? C’est certain. Et alors ? Je demande juste pourquoi on est obligé de passer par un type dont le site est bourré de ’croire’ pour parler des pauvres. Vous croyez qu’il peut nous sauver ?
        Je ne sais pas écrire ? Soit. Que voulez vous que ça me foute, d’écrire moins bien que vous Alain, je ne suis ni journaliste, ni écrivain. Si il faut être écrivain pour avoir le droit de commenter une interview de journaleuse, alors il faut le dire en haut de page, on saura.
        ah la la...
        os’
        • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 23 janvier 2006 09:36, par Cali Rise

          Je ne crois rien et surtout pas que les pauvres n’ont pas de vocabulaire.
          Et si j’ai interviewé Bruno Leroy, c’est pour qu’il me parle de son métier. Le fait qu’il revendique autant sa foi m’a interpellée mais j’ai su passer outre mes préjugés.
          Maintenant, si vous voulez bien, la journaleuse que je suis retourne à son tricot.
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 21 janvier 2006 18:30, par Alain B.

      Tu sais quoi , Oscar ? retourne au zoo sauter de branches en branches, tu n’es pas fait pour écrire, visiblement, tu n’es vraiment pas équipé pour ! ! !
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 23 janvier 2006 11:54, par Bernard

      Je suis un ancien toxico et je connai bien Bruno Leroy. Si je l’avé pas rencontré je serai mort. Il ma jamais parlé de dieu mais il ma sorti de la merde. j’avé le droi a rien. pas d’alloc rien. il ma ébergé pendant des annés. Il a été à la caf qui disai que je navai pas le droi aux allocs. il a attrapé le mec et lui a dit que des tecnocrates comme lui bouffé l’air des pauvres. Et il a pas bougé de la journé sans que je retrouve tou mes drois. Aprés il c’est occupé de moi et de mes manques d’héro. je fesai des crises a vouloir le tuer. J’ai jamai vu un mec comme lui qui na peur de rien. Et je vivai dans la rue. Cest un mec super sympa et dur en méme temp. Je lai suivi dans ces conférences.
      Et je suis tombé sur votre article. Je me di quon na pas le droit de le jugé si on le connait pas. Il a sauvé des gards qui été pires que moi. Il travaille parfoi jour et nuit. il s’en fout du temp.
      Maintenant je suis garagiste et marié avec une petite fille. je navé pas de père et je vous promé que j’auré bien aimé l’avoir comme père.
      Et j’ai lu des articles sur lui c’est comme ça que j’ai su qu’il été croyant. Moi je men fou c’est un super mec qui m’a remi sur les rails come on dit. Il a une énergie qui fait qu’il te lache pas tant que t’es pas sorti de la merde.
      Je sai peut être pas bien écrire mais je tien à dire que tout ce qu’il a dit c’est ce que j’ai vécu.
      Il faut des gens comme lui qui parle pour nous et tous les jeunes vous diron comme moi.Je suis hereux de vivre maintenant et je sai grace à qui je le dois. Continu Bruno je sai que tu me reconaitra !
      • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 6 avril 2006 20:05, par Lecaf

        Je suis en train de rédigé ma note biographique pour l’oral de l’IRTS (institut formant les futurs travailleur sociaux)et je tombe sur cet interview vachement intéréssante.Mr Leroy a du vécu, à de l’experience et cela se sent dans ces propos et je comprend qu’Oscar le jalouse(à sa façon). Je tiens à saluer cet homme qui a fait le choix du bien face à la facilité. Mr Leroy, en ce moment je me demande si les travailleur sociaux ne se trompe pas de personne : l’€ à détourner trop de citoyen inséré dans la société du but premier de tout etre humain : aimer son prochain juste parce qu’il respire le meme air que moi. " on est pas orphelin d’avoir perdu ses parents mais d’avoir perdu l’espoir" Courage !
  • 22 janvier 2006 17:29, par Thierry

    Merci pour ce beau témoignage. Je suis tout petit devant ça, devant ce choix de vie, devant la beauté de cet engagement et la justesse de ton pour en rendre compte humblement, avec force de convictions , respect de chacun et de tous, et une foi et un amour en Christ que je trouve appelant.Bruno ales mots pour le dire, des motsqui font du bien à ceux qui veulent bien se laisser toucher. Un grand merci.
  • 16 mars 2006 12:04, par denise du 93

    juste un petit message pour vous dire 1000 merci car votre témoignage m’a permis d’ouvir les yeux sue ma vocation professionnelle merci encore bye et bonne continuation. ps : je remercierais dieu d’avoir créer des gens comme vous ce soir dans mes prières.
  • 18 mai 2006 19:46, par marion

    bonjour ,je m’appelle marion j’ai 21 ans et j’ai était trés toucher par votre interview car je l’ai trouvé trés réaliste ,et cela m’a fait du bien de trouver une personne qui comprend aussi bien les jeunes, moi mon reve serai de devenir éducatrice spécialisée et j’espere que dans ma vie et dans mon travail j’aurais autant la "foi " que vous . merçi
  • 1er juin 2006 20:03, par malvina

    article très interessant.
    j’ai une question à laquelle j’aimerai qu’on puisse me répondre.
    j’aimerai devenir éducatrice de rue, ce métier me pationne depuis un certain temps mais je ne trouve aucune information qui puisse me dire quelles études faut-il faire pour y arrivé ou me donner un site où trouver ces infos.
    merci d’avance
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 2 juin 2006 10:19, par BRUNO LEROY.

      Chère Malvina,
      Il vous faut suivre le cursus classique afin d’acquérir votre Diplôme d’éducatrice spécialisée.Puis, vous pourrez vous orienter vers un Club de Prévention pour devenir éducatrice de rue. Avec votre Diplôme vous serez libre de vos choix d’orientation professionnelle. Ensuite, vous pouvez suivre des cours donnés par les Instituts de Formation Sociale pour vous perfectionner à la fois professionnellement et humainement dans votre approche des jeunes. Je continue moi-même et je pense le faire toute ma vie, à suivre des cours sur différentes thématiques ayant attraits avec mes fonctions.La Formation continue permet de saisir tous les paradigmes nouveaux qui apparaissent dans le travail social et empêche de se technocratiser dans l’éducatif. Je vous souhaite de réussir dans votre cheminement vers les plus paumés et meurtris de notre société. Je remercie celles et ceux qui ont émis des remarques gratifiantes sur cette interview. Je suis désolé d’avoir déçu les illusions des autres. La substance même de ce dialogue avec Cali Rise n’était nullement de chercher à plaire à qui que ce soit mais, d’affirmer des convictions qui font vivre essentiellement les autres, notamment les plus pauvres.
      Je vous salue toutes et tous très Fraternellement et peu importe vos fonctions si vous ne mettez pas de l’intériorité dans ce que vous faites, vous ne serez que du vent qui sème des graines sans espoir de germer. Le monde a cruellement besoin d’hommes et de femmes qui vivent ce qu’ils sont avec des valeurs hautement humaines afin de changer le visage pourri de nos sociétés dont la productivité abolit l’humanité. En fait, mettons un supplément d’âme là où meurent des générations complètes à cause de nos peurs et indifférences. Changeons notre regard sur le monde et ce monde changera. C’est ma conviction profonde et inaliénable.
      Cordialement.
      Bruno LEROY.
      • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 4 août 2006 13:51, par Anne

        Bonjour Bruno,
        Toi l’homme, éducateur de rue, pourrai tu me dire si il y a des femmes qui travaillent dans vos équipes, comment elles sont perçues par les jeunes, quels sont leurs atouts par rapport à leur statut de femme face à ce public etc...
        J’en ai marre de lire uniquement des témoignages d’hommes qui sont éduc de rue.
        Moi-même j’aimerai travailler avec les exclus de la société que ce soit les sans abris, les toxico, les prostitués, les jeunes, peu importe...je les porte tous dans mon coeur et désire pouvoir, quand leur espoir tombe en miettes, les aider à ramasser les miettes d’espoir. Le pauvre n’a jamais cessé d’enrichir les personnes qui vont vers lui... mais on m’oriente toujours vers les enfants tout simplement parce que je suis jeune et que je suis une fille.
        Certes j’ai besoin de faire des premières expériences et de continuer à me construire mais voilà je pose tout de même la question et j’appelle aux changements des mentalités...
        • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 22 août 2006 12:25, par BRUNO LEROY.

          Chère Anne,
          Ne vous méprenez pas, il existe des éducatrices de rue. Celles-ci sont perçues par les Jeunes en fonction de leur personnalité. Il ne faut guère avoir de qualités exceptionnelles pour travailler dans la rue et auprès d’un club de prévention. Il faut un équilibre sans faille qu’il soit physique ou affectif. Mais, là où vous avez entièrement raison c’est que les hommes sont plus nombreux à exercer cette profession. J’ai déjà embauché des femmes et n’ai eu aucun problème. A vous d’affirmer vos convictions et surtout d’exprimer de façon limpide vos motivations. Faites mentir les préjugés de certains Directeurs restés encore au temps où les femmes devaient exercer des professions réservées à la gent féminine. Il est vrai, qu’il existe un certain machisme dans le milieu éducatif. Surtout, dans celui qui consiste à s’occuper des jeunes de la rue car, ils ont eux-mêmes de par le contexte sociétal, des comportements machistes. Mais, cela est dû également à l’éveil de leur sexualité. Il ne faut pas négliger ce point essentiel.
          Mais, faites changer le visage du monde social en vivant haut et fort vos convictions.
          D’ailleurs, les jeunes finissent par ne plus voir qu’ils sont encadrés par une femme à partir du moment où ils sentent une personne déterminée et aimante.Votre force de caractère fera avancer le relationnel que vous aurez avec ces ados. Vous ne devez absolument pas permettre qu’un seul individu puisse détruire vos rêves.
          Faites tout pour y parvenir. Je suis de tout coeur avec vous et vous souhaite bon courage !
          Bruno LEROY.
        • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 22 août 2006 16:28, par BRUNO LEROY.

          Chère Anne,
          Ne vous méprenez pas, il existe des éducatrices de rue. Celles-ci sont perçues par les Jeunes en fonction de leur personnalité. Il ne faut guère avoir de qualités exceptionnelles pour travailler dans la rue et auprès d’un club de prévention. Il faut un équilibre sans faille qu’il soit physique ou affectif. Mais, là où vous avez entièrement raison c’est que les hommes sont plus nombreux à exercer cette profession. J’ai déjà embauché des femmes et n’ai eu aucun problème. A vous d’affirmer vos convictions et surtout d’exprimer de façon limpide vos motivations. Faites mentir les préjugés de certains Directeurs restés encore au temps où les femmes devaient exercer des professions réservées à la gent féminine. Il est vrai, qu’il existe un certain machisme dans le milieu éducatif. Surtout, dans celui qui consiste à s’occuper des jeunes de la rue car, ils ont eux-mêmes de par le contexte sociétal, des comportements machistes. Mais, cela est dû également à l’éveil de leur sexualité. Il ne faut pas négliger ce point essentiel.
          Mais, faites changer le visage du monde social en vivant haut et fort vos convictions.
          D’ailleurs, les jeunes finissent par ne plus voir qu’ils sont encadrés par une femme à partir du moment où ils sentent une personne déterminée et aimante.Votre force de caractère fera avancer le relationnel que vous aurez avec ces ados. Vous ne devez absolument pas permettre qu’un seul individu puisse détruire vos rêves.
          Faites tout pour y parvenir. Je suis de tout coeur avec vous et vous souhaite bon courage !
          Bruno LEROY.

          Voir en ligne : http://brunoleroyeducateur-ecrivain...

      • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 27 avril 2007 13:13, par luc

        bonjour Monsieur
        je me présente
        je m’appelle Luc Panza
        je suis éduc spé, j’ai 40 ans et n’ai travaillé que dans le médico social, un peu avec des ado en attente de jugement à Sacuny.
        ma question est la suivante :
        je suis actuellement en formation de sophrologie et j’aimerais apporter cette méthodologie auprès de personnes en difficultés "d’état dêtre" liés à des difficultés sociétales, familliales, environnementales.
        j’ai une foi indéniable aussi, expérimentée pendant 6 ans d’accompagnement aux personnes en fin de vie en soin palliatif.
        D’après vous (et pardon pour cette question) vers quel public me verriez vous travailler ?
        par avance je vous remercie et éprouve pour vous un respect sans mot.
        merci
        luc
  • 17 novembre 2006 15:56, par miss caractère

    Bonjour bruno ! peut-être que ma question est très certainement différente des autres mais je souhaite devenir educatrice de rue (comme pascal le grand frere sur tf1) et je voudrais s’avoir comment y parvenir ? Et avoir d’autre informations sur ce métier que j’adore et qui me passione aussi !A bientôt j’espere...!
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 4 avril 2008 22:03, par kouet

      bonjour,
      je m’appelle sandrine,j’ai été SDF quelques mois j’ai vecu dans la rue,connue l’alcool totes les drogues dans la meme période,pendant cette descente aux enfer si je puis dire j’ai appris énormément sur les gens qui vivait dans la rue,j’ai aussi appris énormément sur moi meme je me suis forgée un caractère plus fort je me suis affirmée.Je me suis retrouvée bénévole a l’armée du saalut et je me sentais a ma place......je souhaiterai savoir par quel cheminement quels études passer pour devenir éducatrice de rue ????si vous pouviez me donner quelques conseils ?
  • 23 décembre 2006 17:36

    Bonjour ! j’ai lu votre article bien que je n’ai jamais entendu parler de vous ? cependant, vous me faites penser à guy Glibert que j’admire beaucoup( beaucoup moins, pourtant, depuis qu’il a déclaré publiquement soutenir sarkosy. Je suis actuellement étudiante en troisième année d’éducateur spécialisé et je rédige un mémoire sur l’errance des jeunes et sur les dispositifs qui les accueillent. j’ai déjà travaillé sur ce sujet durant mes dernières années d’études mais cette fois ci je souhaite orienter mon travail sur le travail de l’éducateur pris entre exigence du dispositif(institution) et les besoins des marginaux. Les jeunes en errances (zonards, banlieusards etc...) ne demandent pas à être réinséré et pourtant le travail de l’éducateur de rue est défini par un accompagnement à la réinsertion des jeunes. je suis perplexe face à la réalité qu’évoquent les jeunes en errance : une envie de rien, pas d’objectifs, pas de projet et aucune perspective personnelle d’avenir.
    en tant que futur éducatrice(je l’espère) je souhaite pouvoir accompagner ces jeunes vers une meilleure estime d’eux même avant de penser réinsertion (donc futur membre actif de notre belle société capitaliste). Je souhaiterais votre avis sur cette question : comment remplir sa fonction d’éducateur tout en mettant en avant le rôle que l’on voudrais développer auprès de ces jeunes ?
    merci d’avance pour votre réponse
    • > Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 12 janvier 2007 11:26, par BRUNO LEROY.

      Chère Inconnue,
      D’abord ce qui me surprend dans votre langage est que vous employez des termes de 1970, tels que Zonard, Banlieusards. Cela prouve pour moi, un manque de travail sur le terrain. Mais, cela viendra avec le temps...
      De plus, vous portez des jugements hâtifs sur les jeunes. Il faut analyser la signifiance de leurs comportements que vous percevez comme nihilistes et qui sont en fait des appels à être reconnus, entendus. Appels provocateurs, certes. Mais, désenchantement face à des adultes qui promettent monts et merveilles et ne tiennent guère leurs promesses.
      La réponse se trouve dans votre question. Vous parlez de leur redonner confiance en eux. Il faut commencer par là. Ensuite, viendront les projets plus foisonnants que vous ne l’imaginez. Ils doivent devenir auteurs de leur propre destin. Ce n’est pas à l’Éducateur de s’investir Gourou et de déterminer à leur place leurs façons de penser.Il doit indiquer les repères à ne pas dépasser. Vous devez être longuement à leur écoute et ne cesser de décrypter vers quels désirs ils s’orientent. Il vous faut être une grande vivante au milieu d’eux et leur exprimer par votre vie que l’existence est un combat de chaque jour. Surtout, pour eux et leurs problématiques existentielles. Rude combat qui leur donnera par la suite, grâce à votre pédagogie mise en place, une colonne vertébrale solide face aux adversités.
      Dans votre façon de vous lover auprès d’eux, ils le sentiront d’instinct. Nul besoin de grands discours.Le rôle que vous aimeriez développer auprès de ces jeunes est celui qu’ils vous donneront ou vous refuseront. Ce n’est pas à vous de décider et encore moins aux institutions de réinsertion.Restez dans votre rôle d’éducatrice avec vos convictions chevillées au corps. Vous deviendrez alors contagieuse par la crédibilité de vos luttes et la confiance s’instaurera.
      Il est légitime que vous vous posiez toutes ces questions. Cependant, vous ne serez pas sur le terrain pour leur inculquer un programme politique ou autre. Vous devez exercer votre profession avec désintéressement et amour distant. Sinon, ils vous jetteront dès les premiers jours. Ils n’ont pas besoin de nounous sociales.
      Dans votre approche personnelle, vous devez négocier avec les réalités. Vous interpellerez les hommes politiques de tous bords afin qu’ils remplissent honorablement leurs fonctions. Votre dimension " politique" intervient dans ce cadre et non auprès des ados directement.
      Je vous souhaite une excellente Année 2007 avec la joie de l’obtention de votre Diplôme et la volonté intérieure de devenir une éducatrice libératrice au service des plus meurtris.
      Cordialement.
      Bruno LEROY.
      Ps : Chère Miss Caractère j’ai déjà répondu à plusieurs reprises au style de question que vous posez. Lorsqu’on a une passion dans la vie rien ne peut faire obstacle au but visé. Bon Courage et Fraternellement.
  • 13 mai 2008 07:35, par Blandine

    Bonjour,
    Je cherche un éducateur de rue qui serait prêt à s’occuper d’un jeune homme de 20 ans gravement alcoolique et en grande détresse dans le secteur Nogent sur Seine et Romilly sur Seine (à environ 1h de Paris, département de l’Aube). Il y aurait possibilité d’être logé et nourri sur place pour un certain temps à déterminer. Je ne sais pas si les éducateurs de rue sont habilités à s’occuper de personnes majeures (?) Je fais partie du voisinage de ce jeune homme et peux vous mettre en contact avec lui, sa famille, discuter avec eux, avec vous. Je parle régulièrement avec la grand-mère que le jeune homme harcèle depuis deux ans pour qu’il l’héberge et lui donne de l’argent qu’il dépense automatiquement dans l’alcool. Je parle aussi régulièrement avec son père qui actuellement refuse presque complètement de lui parler, sauf pour insulter son fils ou le poursuivre afin qu’il décampe des lieux et qui voudrait bien une aide extérieure. Je viens d’écrire une lettre au procureur de la république de Troyes pour l’implorer de faire quelque chose. Personne ne veut s’occuper de son cas sous prétexte qu’il est majeur et dans la région, il n’y a pas d’éducateur de rue. La police le connait bien mais attend un délit manifeste pour l’arrêter. Je suis ahurie de voir sous mes yeux ce jeune homme tomber de jour en jour dans une déchéance de plus en plus grave et de jour en jour tourmenter sa famille, le voisinage (dont je fais partie) et des inconnus qu’il dérange, en allant sonner à leur porte, par des discours et un comportement de plus en plus irrationnels. Pouvez-vous m’aider à trouver un éducateur de rue ou autre éducateur spécialisé pour que nous ne nous sentions plus seuls dans cette situation ? Merci.
    • Interview : Bruno Leroy, éducateur de rue 28 septembre 2010 23:55, par serge sergei

      je suis tres interresser ,ai participer a un poste de mediateur de rue a perpignan suis disponible et c’est ma vocation ,si je peut me permettre visite mon blog ,je suis du terrain ,autodidacte ,ai ete animateur de centre de loisir en quartier vivant.encadrant de chantier ecole ,mediateur de rue ,a perpignan suis sans travail,mais surtout ai besoin d’aider les autres ,suis un ancien delinquant ,pollyaddictifs,ai grandit a argenteuil(95)ai travailler pour boutique solidarite ,et surtout suis interresse car je ne me sens vivant que lorsque je donne ,j’ai 55ans suis encore assez sportif,et de philosophie bouddiste ,ta personnalite me fais tilt ,(si je peut me permettre)namaste ,avec espoir que tu me repondes,
  • 28 septembre 2010 23:39, par serge deboever

    je te remerci bruno ,ai ete moi meme educateur de rue (ou mediateur de rue puisque c’etait soi disant un projet pilote ,(raison majeur pas de grille de salaire ),pour la ville de perpignan,suis auto didacte puisque j’ai ete concerne plus jeune par les memes clichets que les personnes dont nous nous occupions ,sdf ,polyaddictifs ,jeunes en errance,notre projet a permis a cette region de toucher une grosse enveloppe nationnale ,et de creer un reseau sociale ,boutique solidarite ,le tremplin ,un lieu d’echange de seringues,des bains douches,ils ont meme ecrits un bouquin,auteur ’alain tarrius qui apres c’est presenter comme maire dans une ville a cote,j’ai arrete lorsque la dass nous a demander de faire une sorte de fichier des gens dont nous occupions,et puis nous sommes passes pour des revolutionnaire ’voir mon blog (serge sergei)