Landru à Marigny : Laurent Ruquier est loin d’être au poêle !

Landru à Marigny : Laurent Ruquier est loin d'être au poêle !

Acte 1 : Les coulisses d’une trahison.

D’abord, il fallait affronter le frimas de décembre, et espérer se réchauffer grâce au spectacle joué sur les planches du célèbre Théâtre des Champs Elysées. Une fois arrivé à Marigny, on est saisi par le nombreux public qui fait déjà la queue une heure avant les réjouissances annoncées. Le Buzz médiatique a semble-t-il bien fonctionné. L’excellente affiche où le plus barbu des Laspalès et Chevalier porte un chapeau rond a attiré les curieux dans une cible que l’on peut situer au-delà du ménager et de la ménagère de moins de cinquante ans. Un panel conquis d’avance, un peu embourgeoisé, qui vient s’encanailler au rythme des pignolades poussives du chansonnier le plus célèbre du paf : Laurent Ruquier.

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Sur le papier, l’idée avait pourtant de quoi allécher : Laspalès a le physique et la diction du premier tueur en série français, et dès le départ, on peut y croire, l’identification est parfaite. Un texte correct de Ruquier, la caution de la mise en scène de Jean Luc Tardieu, et les magnifiques décors auraient dû faire le reste. Mais malgré cet excellent horizon d’attente, on ressort terriblement déçu par cette vraie bonne idée et ce casting malin. Oui mais voilà, la sauce ne prend pas. Les fourneaux nous servent un plat réchauffé qui finit par être très indigeste à la fin. Cette confrontation artistique de talents reconnus ne fait pas illusion longtemps, et encore moins des étincelles. Explication.

Acte 2 : Les contingences du théâtre moderne.

Si vous n’avez pas de monnaie sur vous, préparez vous à passer une mauvaise soirée. Si vous avez moins de trente ans, vous subirez une vraie discrimination négative de la part de vos voisins de sièges. Jeunes et sans le sou, vous vous sentirez passablement mal à l’aise dans l’auditoire.
Ainsi vous ne pourrez pas payer en CB le moindre café pour vous réchauffer en arrivant, vous devrez garder votre grosse doudoune sur vous car vous ne pourrez rétribuer le vestiaire. Et enfin, vous serez fusillé du regard par l’ouvreuse réclamant sa soi disant seule rétribution de la soirée, et qui pour se venger, vous placera à une place qui n’est pas la vôtre. Pour terminer, vous ne pourrez pas non plus acheter le programme hors de prix et ainsi étudier de plus près la distribution et la fiche technique du spectacle. Autant dire que faire un travail journalistique de haute tenue tend à devenir un véritable tour de force.

Acte 3 : Landru, ça sent le brûlé.

Comme dirait cet improbable écrivain réactionnaire exilé au Canada, dès le début du spectacle, ça sent le brûlé, et on touche certainement là la meilleure idée de mise en scène. En effet, lorsque la fumée s’échappe de la maison des crimes de Gambais, on sent effectivement une odeur suspecte dans la salle... Arrive en scène Louis Gaëtan Barberieux, alias Monsieur Dupont, alias Monsieur Tartempion, alias Honoré Désiré Landru. En tout, plus de quatre vingt dix pseudos pour définir le serial killer le plus cruel et le plus drôle de son siècle. A ce jeu (de mots), Régis (Laspalès) est loin d’être un con. Malgré un texte très faiblard et des silences pesants, il fait de son mieux pour sauver son personnage non pas de la guillotine, mais le public d’un ennui mortel.
Certaines répliques resteront dans la petite histoire des spectacles moyens :

-  Landru : Antoinette, tient toi prête !
-  Célestine Buisson : Monsieur Dupont, vous n’avez rien pour vous débarrasser des cors (au pieds, ahahah) ?
-  Célestine Buisson : Landru ? C’est un drôle de nom pour une bicyclette.
-  Landru : Célestine, faîtes à votre contenance (en regardant son gros fessier)...euh pardon, à votre convenance.
-  Landru à son homme à tout faire : Beaucoup d’hommes sont tués à la Guerre, alors si j’éliminais toutes ces femmes, j’oeuvrerai pour l’équilibre démographique !
-  Fernande : Vous ne les mangez pas tout de même toutes ces femmes ? Landru : Non, je ne les aime pas assez.

Mais ne soyons pas mauvaise langue, quelques autres insertions font mouche, et sur une heure cinquante de spectacle, c’est bien la moindre des choses :

-  Mentir devrait toujours être un exercice de style.
-  En tout cas, on ne pourra pas dire que j’étais un homme qui manquait d’adresse (s).
-  Grâce à l’affaire Landru, les femmes seront désormais plus prudentes.
-  Je vais à la Guillotine, mais le Bûcher serait plus approprié.
-  Quand on part pour un aussi long voyage, on apporte avec soi son bagage (ses secrets).

Epilogue

Malgré la bonne énergie de Laspalès, le chevalier de Ruquier, son Landru n’a pas les qualités d’écriture et de rythme d’un grand spectacle de boulevard ou même populaire. Si la mise en scène est acceptable, il y a une vraie nonchalance dans les finitions de cette mise en mots, qui mérite mieux que des inégalités crasses, qui alternent avec des tunnels de blagues de potache ou d’humoriste post-Jacques Martin. On peut toutefois tirer un bon coup de chapeau aux costumiers, maquilleurs et décorateurs, qui font là un travail admirable, ainsi qu’aux comédiens subalternes, qui comme Fernande jouée par la ravissante Chloé Berthier ou l’avocat Moro-Giafferi s’en sortent plutôt bien.

La formidable Affaire Landru méritait mieux que ce sous divertissement post-cathodique. Le drame social de cet homme que l’on pourrait qualifier de génie et que son siècle a rendu mauvais, est en effet cruellement d’actualité et aurait pu se prévaloir d’un meilleur traitement, plus subtil et plus riche.

Comment ne pas mettre en parallèle les drames de Landru et ceux de nos jeunes de banlieues ? Honoré Désiré comme une racaille d’un autre siècle, est obligé de brûler son avenir et des femmes dans son fourneau comme nos jeunes brûlent leur désespérance en même temps que les voitures.

Si l’Histoire a mal compris Landru, Ruquier continue le processus en offrant ce piteux spectacle bien en dessous de son talent et de celui de son principal sujet.

Mieux vaut brûler ses économies ailleurs qu’en payant sa place pour Marigny. On vous aura prévenu !

« Landru », pièce de Laurent Ruquier, mise en scène par Jean-Luc Tardieu.
Avec Régis Laspalès, Evelyne Dandry, Chloé Berthier, Michèle Garcia, Yves Lambrecht, Monique Mauclair et Marcel Cuvelier. Théâtre Marigny, carré Marigny, 75008 Paris.

Depuis 1er décembre 2005. Rens. : 0 892 222 333 et www.theatremarigny.fr

le 14/12/2005
Impression

11 Messages

  • 3 janvier 2006 11:14, par Mickaël

    A l’exception de vos remarques sur le coût prohibitif des "à-côtés" du spectacle, je me permets de n’être pas d’accord avec votre critique.
    Laspales est très bon, et les rôles secondaires sont bien distribués (mention spéciale pour Chloé Berthier).
    La pièce mets un peu de temps à démarrer mais une fois lancée, toute la salle s’est bien marrée.
    Quant au public, j’y suis allé un vendredi soir, et toutes les générations étaient représentées (j’ai pour ma part atteint l’âge de 28 ans).
    • > Laspales au poil 3 janvier 2006 11:22, par Frédéric Vignale

      Savez-vous lire ?
      Nous disons la même chose, les acteurs font ce qu’ils peuvent, s’en sortent plutôt bien et chloé bertier est très bonne, en effet. MAIS Nous critiquons l’écriture du spectacle qui est faiblarde c’est tout.
      • > Laspales au poil 17 janvier 2006 20:37

        Votre point a été traité il me semble dans mon commentaire lorsque j’indique que la salle (et elle était remplie) s’est bien marrée, et moi le premier.
        Ce spectacle m’a bien fait rire et je l’ai trouvé pas trop mal écrit. Mais, au vu des commentaires sur votre site, il me semble que je sois un peu isolé.
  • 7 janvier 2006 14:40, par otto

    ben, voilà. Tout est dit dans le titre. Ah non, Miller portait une élégante veste noire et Gelluck un ravissant casque à pointes.
  • 14 janvier 2006 10:39, par marc

    j’ai eu la chance d’aller voir Landru avec une invitation gratuite comme une centaine d’autres d’en la salle
    quand on a payé sa place, c’est sur on reste jusqu’au bout pour amortir
    par contre, à l’oeil sa change tout
    à 1/2h, les rangs on commencés à se vider par les cotés
    à 1h, il restait une bande d’une dizaine de spectateurs par rangs, bien au centre de l’orchestre
    ensuite, les cotés étant dégagés, c’est le milieu de la salle qui a commencé à se lever et à partir
    je suis tout de meme resté juqu’au bout par politesse et curioité
    le plus marrant de la pièce est le salut des artistes devant une salle pratiquemment vide
    et en plus ils ont subi un rappel !
  • 16 février 2006 23:47, par olivier polfer

    Je pense que pour critiquer une pièce de ce genre, il faut au moins avoir autant d’esprit que l’auteur, ce qui ne semble pas être le cas de Frédéric Vignale.
    Pour commnencer par le plus évident, les décors sont superbes et Laspalès tout à fait crédible.
    Je suis d’accord sur quelques jeux de mots faciles, mais le reste est servi par d’excellents comédiens, dont la diction est excellente.
    je ne suis pas de la famille de Laurent Ruquier, ni de ses amis, mais le remrecie de m’avoir diverti.
    Hésitation de l’auteur entre le vaudeville et le drame. Landru : cynique ou vaudevillesque ?
    Encore bravo et bravons les jaloux et les envieux
  • 19 mars 2006 19:00

    Critique bien sévère ; ce n’est certes pas un chef d’oeuvre mais on passe un bon moment...Le jour ou j’y suis allé, je n’ai pas vu l’ombre d’un spectateur sur le départ avant la fin.
    Je trouve votre article un peu trop "cassant". La pièce ne mérite peut être pas des éloges mais pas non plus de commentaires ou sous entendu du type "n’y allez pas on vous aura prévenu"
  • 6 novembre 2009 17:30, par yannbalzo

    Superbe critique, chapeau bas. Etant très intéressé par ces personnages peu communs qui nous terrorisent, j’aurai volontiers accueilli un spectacle me rappelant le film avec Charles Dener, l’humour en sus. Le snobisme des bobo m’aurait, une fois de plus, affligé ! Bonne continuation :)