Interview : Richard Gotainer

Interview : Richard Gotainer

Il est des jours où je me dis que j’ai un métier et une vie plutôt sympa lorsque l’alibi d’une interview pour mon Journal LE MAGUE me fait passer une partie de l’après-midi avec une des idôles de mon enfance.
Voici donc le compte-rendu textuel de ma rencontre avec le chanteur, comédien, humoriste et poète du quotidien Richard Gotainer qui est toujours furieusement d’actualité, et qui a toujours une belle histoire à nous raconter, avec ses talents d’artisan et son humilité rare. A vos magnétos, c’est rien que du bonheur. Courez vous procurer son Intégrale, on vous la recommande chaudement !

1. Bonjour Richard, merci d’avoir accepté de répondre aux questions du Journal Le Mague et merci de nous accueillir chez vous dans votre appartement à Paris. Nous sommes très fans de Gotainer car vous faites partie de notre mémoire collective avec vos chansons. Est-ce que cet état de fait vous fait plaisir ?

J’entends bien sûr l’expression de certaines manifestations d’intérêt de gens comme vous, mais je ne crois pas que ce soit essentiel que je me rende compte d’une certaine résonnance que je peux avoir. Je préfère regarder devant, je cherche les histoires que je vais bien pouvoir raconter encore. C’est vers cela que je vais. Je n’ai pas d’analyse particulière là-dessus et je ne tiens pas à en avoir. Mais je suis heureux d’être présent dans le programme de quelques classes, oui ça c’est vrai.

C’est pas le moment pour moi de faire le bilan de cela en tout cas. D’ailleurs mon nom n’a pas encore été donné à une école, ni encore moins à un stade (rires)

2. Le public a plutôt un a priori positif à votre encontre non ?

Oui, je sens la sympathie des gens et d’après ce qu’ils me disent, dans la manière que l’on a de me faire des compliments, je vois bien que ce n’est pas juste de la politesse ou pour approcher un mec connu, ils connaissent mon travail. Je suis très content d’être écouté.

3. Vous avez eu beaucoup de succès dans la Publicité que vous avez négocié comme quelque chose de très inventif et artistique. Pas du tout comme un simple moyen de faire de « l’alimentaire », comme on dit ?

Depuis 1977, j’ai fait 12 albums et parallèlement j’ai fait beaucoup de publicités.
Mais ce n’est pas parce que c’est « alimentaire » qu’on doit faire des trucs moches. D’ailleurs ça n’a jamais été alimentaire chez moi, c’est devenu un métier où j’ai mis ma passion, mon oeil, ma façon de voir les choses, mon envie de m’amuser, mes délires.

Mon dernier spectacle « La goutte au pépère » a été produit grâce à l’argent que j’ai gagné dans la pub, c’est vrai. Cela m’a rendu plus libre avec une vraie indépendance de producteur. Je fais ce que je veux dans l’artistique de mes chansons et spectacles sans demander rien à personne. C’est un luxe appréciable.

4. En 1990 vous étiez à l’origine d’un film qui s’appelait « rendez-vous au tas de sable » et qui malgré un insuccès commercial est devenu aujourd’hui un produit culte que les gens recherchent sur Internet ou ailleurs avec beaucoup d’intérêt.

Oui ce projet fut pour moi une joie totale. Ce fut effectivement un insuccès commercial qui aurait dû générer une certaine amertume, c’est pas terrible artistiquement d’habitude les échecs, mais moi j’ai adoré faire ce film et je suis heureux de constater, en effet que des gens aujourd’hui se battent pour retrouver les cassettes, 15 ans après. J’ai vu des copies en vente à 200 euros sur le Net. Je cherche à rééditer ce truc-là et j’espère bien y arriver, racheter les droits, que des messieurs ont dans leurs tiroirs et qui n’en font rien.

5. Qu’est-ce qu’il y a marqué sur votre carte d’identité professionnelle, vous savez faire tant de choses ? Artiste multifaces ?

« Artiste », tout court. Ca a commencé par une nature. Je suis une nature qui avait tendance depuis l’enfance à amuser ses petits camarades. Vous dites que je suis un « touche-à -tout » mais moi je me sers de ce que j’ai sous la main pour raconter des histoires que j’ai envie de raconter. Je me suis retrouvé chanteur car je faisais des jingles et que je n’avais personne sous la main, donc je les ai chanté moi-même, ça m’a plu et j’ai fait des chansons à part entière là-dessus. Ce qui me plaît avant tout, c’est narrer des histoires. Et j’aime beaucoup la mise en scène.

6. Vous êtes un peu le Géo Trouvetou du monde du Spectacle non ?

J’ai un plaisir d’artisan. J’aime mettre les mains dans le cambouis. J’aime bien tout contrôler artistiquement. Tout m’intéresse et pour ce que je ne sais pas faire, je me fais aider par des gens compétents, il y a toute une équipe autour de moi, des photographes, des graphistes, etc.

7. Y’a véritablement un style Gotainer ? Vous avez une gouaille, une sémantique gotainerienne ?

C’est vrai je dois avoir des tics, c’est ce qui fait la facture de l’artiste. J’ai ma manière, je ne me suis pas construit un personnage, le truc s’est fait comme cela, tout seul sans l’intellectualiser ou le calibrer. Je n’ai pas imaginé un langage, mais j’ai des marottes, des choses qui m’amusent, j’aime les mots désuets, redonner du sens à des mots oubliés, j’aime les néologismes. J’aime la langue. C’est une pâte à modeler extraordinaire avec laquelle on peut faire des mécano et des choses incroyables. On peut faire des trucs mous, des trucs tendres, des trucs bleus. Les mots sont formidables.

8. Autour de cela, de ces mots, il y a un look très étudié, un personnage Gotainer ?

Non, encore une fois, je n’ai pas créé de personnage. Je raconte une histoire, y’a un costume obligé et je me demande quel est le costume qui va avec, c’est tout. C’est cohérent avec l’idée, ce n’est pas du n’importe quoi. Je mets un collant vert quand je chante tout foufou. Voilà.

9. Vous avez touché la mémoire collective plusieurs fois, c’est génial pour un artiste de vivre cela non ?

Vous avez un point de vue extérieur, à mon travail, un discours d’observateur, que je respecte tout à fait, mais moi, je conduis le char de l’intérieur. Ma vision n’est pas la même.

10. Cela ne vous fait pas plaisir que des gamines dans la rue chantent « Femme à lunettes », « mambo », « décalcomanie », d’avoir à ce point là marqué la mémoire collective et les gens ?

Oui bien sûr. Mais pour vivre cela bien aussi, faut savoir l’oublier, croyez-moi. Faut pas vivre avec, sinon c’est l’enfer. Ça c’est de l’image. Moi je ne vis pas pour l’image, je vis avec moi, une réalité. Vous vous êtes à l’extérieur et vous regardez c’est bien mais moi, cela ne m’intéresse pas de réfléchir à cela, cela ne me fait pas avancer.
Là, en ce moment, je suis obligé pour alimenter mon site Internet de fouiller dans mes archives, cela m’amuse un peu et puis cela finit par m’emmerder à la fin.

11. Il y a des messages en filigrane derrière la gaudriole, vous êtes un chanteur engagé ?

Tout ce que j’ai à dire est dans mes chansons. Pour être rigolo il faut dire des choses vraies. Tout ce que j’ai à dire est dans le texte et la musique.
Votre vision extérieure à moi est intéressante, mais elle ne m’apporte rien dans ma quête artistique, vous comprenez ? Ma quête est de raconter des histoires et pas d’avoir une satisfaction sur moi-même, en me disant « c’est vachement bien, tout le monde connaît mes chansons ». C’est super mais j’oublie vite cela.

L’important c’est le nouveau, le prochain truc avec lequel je pourrais établir un contact fort.

12. Vous jouez un rôle dans une série récurrente ("Carla Rubens") avec Alexandra van der Noot sur TF1, c’est une bonne expérience pour vous, surtout que le premier épisode a été un succès d’audience ?

Plaisir total et récré absolue car je n’ai pas la responsabilité de l’auteur. J’ai juste mon personnage (ndrl : le commaissaire Costa) en charge. Cela demande du travail, faut y apporter des choses mais c’est une récréation. Le réalisateur est bon, l’équipe est sympathique. Je suis très heureux de cette aventure.

13. Avec votre notoriété, votre spectacle a été difficile à monter tout de même ?

Oui et non. J’ai vu quatre ou cinq producteurs mais finalement j’ai décidé de monter « La goutte au pépère » tout seul et j’en suis fort content. J’ai été mon propre producteur de ce spectacle au théâtre du Temple.

14. Vous avez des envies de Cinéma en tant que réalisateur ?

Ce serait possible si je m’y mettais. J’ai assez envie de m’y mettre c’est vrai. Mais avec mon passé de « Rendez-vous au tas de sable », je devrais pas mal ramer pour trouver des partenaires, et puis ce n’est même pas cela, pour l’instant je n’ai pas de véritable projet dans ce sens. Et j’ai tellement d’autres envies que je ne peux pas m’atteler à un film à moi, en ce moment.

15. Le net vous intéresse-t’il ?

J’y connaissais pas grand chose au départ, mais j’apprends au fur et à mesure. Je communique beaucoup par e-mail. Je trouve cela vachement bien, très réactif. Notre site officiel va évoluer avec des séquences flash, des extraits d’archives, des vidéos.

16. Début Décembre 2005 vous sortez donc un coffret de 12 albums intitulé « L’intégrale » que vous avez géré complètement tout seul, à votre guise. Pourquoi avoir voulu faire cela maintenant ?

Il fallait le faire. J’ai posé les choses dans cet intégrale et j’en suis très heureux. L’année prochaine je sortirai un nouvel album dans la foulée.
J’ai tout réécouté et je suis assez content de moi. Sur toute ma production je n’ai véritablement trouvé qu’une seule chose vraiment pas terrible, donc ça va.
J’ai même redécouvert des choses qui m’ont vraiment bien plu, presque surpris.

17. 2006 sera donc une année très chargée pour vous ?

Oui il y aura la tournée de « La Goutte au pépère », en septembre, la sortie de ce nouvel album annoncé tout à l’heure, les tournages de la série de TF1, je ne vais donc pas m’ennuyer.

18. Que peut-on vous souhaiter alors ?

Bonne route, bon vent, oui !! Ça serait bien (rires)

19. Et si je vous laisse le mot de la fin ?

Oulala. En fait, je suis un mec qui n’a pas grand chose à dire comme cela. Je suis content d’être avec vous, je peux crier en déconnant « salut les gaaaaaaars, les filles machin... ça va ? », mais sinon c’est tout.

Tout ce que j’ai à dire de mieux c’est dans mes chansons, je n’ai pas d’autres discours en fait. Là est mon message universel que j’ai envie de partager sur la vie, les gens. Je crois que mes messages passent comme ça, pas sur des formules toutes faites en fin d’interview.

Voilà j’attends les Muses, le jeu de la création, un peu solitaire, ça m’amuse beaucoup et après j’invite les copains.

20. Vous avez toujours dit« Nous », vous travaillez toujours en groupe, c’est important cela pour vous ?

Oui, je me prends pour un petit Walt Disney avec une équipe qui est là depuis très longtemps et avec des petits nouveaux qui arrivent, je suis un peu un opportuniste de la vie qui attend que celle-ci mette sur sa route, au bon moment, les bonnes personnes. Je cultive cela. Et cela me réussit plutôt bien.
Merci pour vos questions Frédéric, ce fut un plaisir.

Richard GOTAINER sur le Web

Un grand merci à Thierry Jullien qui a rendu cet entretien possible.
Infographie de Julien Alles à partir du visuel de l’Intégrale de Gotainer.

Richard GOTAINER sur le Web

Un grand merci à Thierry Jullien qui a rendu cet entretien possible.
Infographie de Julien Alles à partir du visuel de l’Intégrale de Gotainer.