La Môme Simone
Le livre de Christine Haydar « Simone » est sorti en 1999. D’aucuns ont pu passer à côté de cet ouvrage où l’argot et la gouaille sont des langages référentiels de premier plan et c’est bien dommage.
On peut sans doute entrer avec quelques a priori dans le décor désenchanté de la môme Simone, mais on aura tort, "Simone" est un grand livre. Allez en voiture !
Elle a du cran Simone. Elle a onze ans. Elle observe sa famille avec cruauté. Elle souffre au milieu des siens qui sont parqués dans une chambre de bonne à Pigalle au milieu des putes au grand coeur, des bars glauques, des artistes à 3 sous, et des musicos qui courent les cachetons.
Elle est là, Simone, au milieu de tout ce bordel. Apprenant la vie, les hommes, les choses du sexe sans jamais se compromettre parce Madame Rita, maman d’infortune et diseuse de bonne aventure, veille d’un œil discret sur la vertu de sa môme.
Il faut dire qu’elle a du mérite, Madame Rita Bobinet, avec un mari lâche et coureur de jupons, de donner à ses enfants éducation, nourriture et du beau linge. Monsieur Bobinet coure après le cacheton dans les boîtes de Jazz. Maigre salaire qu’il perd aussitôt sans scrupule dans des tripots ou pour les charmes de rousses vulgaires qui laissent des traces de rouge à lèvres sur les cols des chemises.
Le style littéraire de Christine Haydar est remarquable et particulier.
L’argot sert de langage aux injures, aux gros "maux" de la vie de Simone qui découvre, au fur et à mesure des pages, des gens atypiques.
Simone avance avec grâce en tutu bleu ciel dans un univers microcosmique. Les princes ne sont ni beaux, ni pervers. Les monstres que l’on exhibe dans des cirques offrent à Simone un refuge tendre et sans promesses.
Les putes sont de grandes Dames qui ne font du bien pas qu’aux messieurs mais aussi à cette Dame de cent ans que toute sa famille semble avoir définitivement abandonnée.
Comme une colombine désoeuvrée, elle marche seule le soir dans les rues de Pigalle ou sur les toits de Paris qui offrent des spectacles désoeuvrés pour des gens que l’espoir semble avoir abandonné.
Malgré cela, Simone va à l’école et à l’Opéra. Elle sera comme la grande Pavlova, c’est Madame Karsov elle-même qui lui a dit en lui léguant à sa mort son habit de lumière du Lac des Cygnes.
Simone est un livre fellinien où l’on aime à découvrir Kurt, prince et nain, qui donnera à sa mort toute sa fortune à notre Simone révoltée, mais aussi les voleurs à la tire, les artistes paumés, les gens sans le sous, les putes généreuses, etc.
Simone découvre à force de lucidité et de courage ses véritables origines. C’est dans ce décor d’un Paris qu’elle fait revivre avec talent une vie qui finalement est le meilleur et le plus touchant des scénario.
Christine Haydar nous livre une histoire magnifique, sortie des sentiers battus, avec un vrai décor, un vrai style, une vraie particularité. Merci Serge Scotto et Saucisse. Finalement la rencontre avec ce livre ressemble à une séquence de ce sacré bouquin.
Un petit clin d’œil aux Editions Lattès qui donnent, une fois de plus, leur chance à des auteurs originaux, sensibles et pertinents.
Christine Haydar, Simon, Roman (1999), Editions Lattès et J’ai lu
Christine Haydar, Simon, Roman (1999), Editions Lattès et J’ai lu