LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE : Les enfants de l’abîme

LUNE D'ARGENT SUR PROVIDENCE : Les enfants de l'abîme

Meurtres mystérieux dans la ville de Providence. Coups de fusil ? Chevaux et vaches écorchés, balancés dans les arbres, dépeçages... Mais qui a pu commettre de telles horreurs ?!! Un être humain ? Un animal ?!!! Plusieurs "chasseurs" suivent la piste de cet étrange phénomène.

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Vers 1880, à la belle époque du Western, nous sommes à Providence, une petite ville de l’Est des États-Unis. Tout parait tranquille, paisible, jusqu’au jour où un fermier se fait sauvagement assassiner : vengeance de voisinage ? Et les chevaux ? Les vaches ?

Qui ou quoi, a pu les mettre dans un tel état ?! Pour mener l’enquête, le shérif James Stuart, un beau garçon, aux airs d’Errol Flynn ; moustache fine et corps affûté comme Steeve Reeves dans Hercule. Il sera aidé de Cathy Gartling, qui se présente comme l’assistante d’un notaire, venue estimer les biens du fermier tué.

Mais qui est vraiment cette Cathy Gartling ? Elle se ballade avec un pistolet dans sa sacoche... L’assistante notariale ne serait-elle pas plutôt venue éclaircir ces étranges évènements ?

Le maire de la ville peine à contenir une population en proie à la panique et la paranoïa, suite à un second homicide de fermier. Le shérif avance petit à petit, tant bien que mal dans son investigation, mais voilà, pour rassurer les habitants de Providence, le maire fait appel au plus terrible des "traqueurs" : Dixon Deadwood !

On découvre tout au long de cet album des personnages aussi étranges qu’attachants, un vieil indien, Iron Cloud, sans oublier la "bête".

Le Western peut se mêler au Fantastique, et Eric Herenguel l’a compris depuis son enfance, lorsqu’il regardait Les Mystères de l’Ouest, et James West, avec ses gadgets au ceinturon, les étranges vilains aux caractères et physiques démoniaques.

La religion à sa place, en la personne de l’étrange Révérend (le frère de Dixon Deadwood), qui cache des secrets derrière les murs de l’Église. La foi s’avèrera être le seul rempart à cette avalanche de sang, telle une forme d’exorcisme, l’unique recours.

Le racisme aussi est présent, à l’image du terrible duel entre le vieux peau rouge Iron Cloud et Dixon Deadwood, qui lui lance "Ceci n’est plus ton pays, tu n’existes plus ! ". Mais au-delà de ça, Deadwood est injuste, plus qu’intolérant, dédaigneux envers tous ceux qui ne pensent pas comme lui : avec les armes ! Tirer et parler ensuite !

Eric Herenguel s’est inspiré du cinéma pour pour réaliser cet album, plus particulièrement des films comme Winchester 73, There was a Crooked Man et Dead Man. Côté dessin, Herenguel va puiser son inspiration dans les couvertures des fameux "pulp magazines", pour leurs côtés kitsch.

L’auteur a emprunté les écritures de la table Kabbalistique. Cet alphabet de 22 lettres sont à l’origine de la création du monde : une lettre correspond à un matériau existant permettant de communiquer. L’union de celles ci permet l’existence réelle et solide. Ces écrits datent de 500 avant J.C, où un Dieu tant désiré pouvait apparaître, peu importe le danger ! C’est aussi dire que l’homme recherche en lui sa part de divinité.

Herenguel a vraiment pris du plaisir à dessiner, à mettre en scène, tout comme un réalisateur de cinéma le ferait ; il donne le ton en plaçant ses personnages, les architectures, les objets avec minutie. Il a effectué un véritable travail de recherche (pour les armes entre autre), et manie fort bien l’aquarelle, mêlée aux effets numériques ; il joue avec l’ombre, la lumière, crée l’ambiance, pour un résultat des plus étonnant !

Ce projet est né en 1999 et le résultat aujourd’hui est fantastique ! Un scénario justement ficelé, des dialogues percutants tels les balles d’un révolver, des dualités fortes notamment entre le shérif et Dixon, une belle au milieu, et le tout orné d’un "dieu-monstre" dont on ne sait encore d’où il sort.

Les cases et des planches s’enchaînent à un rythme effréné, comme une pellicule de cinéma ; plans fixes, travellings, Herenguel exploite à fond son potentiel, toutes les possibilités que lui offrent son expérience de dessinateur.

N’hésitez pas à vous plonger dans cette série mêlant le Western au Fantastique, au graphisme ébouriffant, qui rend un bien bel hommage au genre.

LUNE D’ARGENT SUR PROVIDENCE : les enfants de l’abîme . HERENGUEL - Vents d’ouest.

le 24/10/2005
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