La Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa et la Fédération Française de Natation demandent aujourd’hui un véritable sursaut. Elles ont raison. Car nager n’est pas un loisir de vacances, ni une activité de confort réservée aux beaux jours. C’est une compétence de survie. On apprend bien aux enfants à lire, à compter, à traverser une rue, à reconnaître un danger. Mais on accepte encore qu’une partie d’entre eux grandisse sans savoir se maintenir dans l’eau, sans savoir respirer, flotter, revenir vers un bord, réagir face à un courant ou à une panique. C’est une absurdité.
Gilles Sezionale, président de la Fédération Française de Natation, le résume brutalement : « En France en 2026, on peut grandir sans jamais apprendre à nager et en mourir. Chaque été, ces drames reviennent, suscitant une émotion légitime, mais trop fugace. Car derrière ces tragédies individuelles, c’est une défaillance collective qui se dessine : en France, l’apprentissage de la natation n’est toujours pas considéré comme une priorité nationale. » Cette phrase devrait suffire à ouvrir un débat politique sérieux. Elle dit tout : l’émotion existe, mais elle ne produit pas assez d’action.
Stéphane Figueroa, président de la Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa, rappelle de son côté une réalité inquiétante : « Les chiffres sont sans appel : un Français sur six ne sait pas nager. Et loin de s’améliorer, la situation risque de se dégrader. La moitié des piscines publiques sont aujourd’hui vétustes, parfois fermées temporairement ou durablement, et l’accès aux équipements devient de plus en plus difficile, notamment dans les territoires ruraux ou les quartiers populaires. Le résultat est simple : des générations entières grandissent sans maîtriser une compétence essentielle. »
Voilà le cœur du problème. La France a longtemps considéré la piscine publique comme un équipement secondaire, coûteux, presque luxueux. Or elle est exactement l’inverse : un équipement de santé publique, d’éducation, de sécurité et de cohésion sociale. Quand une piscine ferme, ce ne sont pas seulement des nageurs du dimanche qui perdent un bassin. Ce sont des classes entières qui perdent des heures d’apprentissage. Ce sont des enfants de villages, de quartiers populaires ou de familles modestes qui perdent une chance d’acquérir une autonomie vitale. Ce sont des territoires qui s’éloignent encore un peu plus de l’égalité réelle.
La question devient encore plus urgente avec le changement climatique. Les canicules se multiplient, les épisodes de chaleur deviennent plus longs, plus violents, plus précoces. Quand le thermomètre explose, l’eau devient une tentation immédiate. On cherche la fraîcheur dans une rivière, un lac, une gravière, un canal, une zone non surveillée. On croit trouver un refuge, mais l’eau n’est jamais anodine. Elle peut être froide en profondeur, imprévisible, traversée de courants, trouble, piégeuse. Celui qui ne sait pas nager ou qui surestime ses forces s’expose en quelques secondes à l’irréparable.
Il faut donc cesser de traiter les noyades comme des faits divers de saison. Ce sont des révélateurs. Elles disent l’insuffisance de l’apprentissage, l’usure des équipements, les inégalités d’accès, la fragilité des politiques publiques locales, la difficulté à recruter des maîtres-nageurs, le manque de créneaux pour les scolaires, le coût du transport pour les communes rurales. Elles disent aussi notre incapacité à anticiper ce que le climat est en train de transformer dans nos vies ordinaires.
L’apprentissage de la natation est pourtant inscrit dans les programmes scolaires. Mais l’inscription dans un texte ne suffit pas. Une obligation théorique ne sauve personne si elle n’est pas suivie d’équipements disponibles, d’horaires suffisants, d’encadrants formés et de moyens financiers. Selon les territoires, les enfants n’ont pas les mêmes chances d’apprendre à nager. Certains bénéficient d’un vrai parcours, d’autres de quelques séances trop rares, d’autres encore de presque rien. Cette inégalité est insupportable. La natation ne doit pas devenir un privilège géographique ou social. Elle doit être un droit concret.
Il faut aujourd’hui un plan national clair, financé, durable. D’abord pour rénover et construire des piscines, en ciblant les territoires les plus fragiles. Ensuite pour garantir que chaque enfant sache réellement nager avant l’entrée au collège. Pas symboliquement. Réellement. Il faut aussi soutenir la formation et le recrutement des maîtres-nageurs, sans lesquels aucune politique sérieuse n’est possible. Enfin, il faut inventer des solutions adaptées : bassins mobiles, partenariats entre communes, horaires élargis, mutualisation des équipements, dispositifs d’apprentissage pendant les vacances, accès renforcé pour les familles éloignées des piscines.
Mais le sujet dépasse la seule technique. Il impose un changement de regard. Une piscine publique n’est pas seulement un bassin rempli d’eau. C’est un lieu où l’on apprend à sauver sa vie. Un lieu où l’on fait du sport sans violence pour le corps. Un lieu de rééducation, de bien-être, de rencontre entre générations et milieux sociaux. Dans une société sédentaire, fragmentée, nerveuse, la piscine reste l’un des rares espaces où le corps retrouve une forme d’évidence commune.
Il ne s’agit donc pas seulement d’éviter des drames. Il s’agit de réaffirmer une idée simple : une société digne prépare ses citoyens aux risques qu’elle connaît. Or le risque de noyade est connu. Il revient chaque été. Il augmente avec les fortes chaleurs. Il touche les enfants, les adolescents, les adultes, les personnes âgées. Il frappe souvent là où la prévention a échoué, là où l’apprentissage n’a pas eu lieu, là où l’équipement manquait, là où l’on a pensé trop tard.
Le prochain drame n’est pas une fatalité. Il est en partie prévisible. Et ce qui est prévisible doit être combattu avant de devenir une tragédie. Apprendre à nager devrait être une grande cause nationale, non pour faire joli dans les discours, mais parce que cela peut sauver des vies. Il est temps de ne plus détourner le regard. La nage n’est pas un luxe d’été. C’est une urgence silencieuse.
À propos de la FPP
La Fédération des Professionnels de la Piscine et du Spa (FPP), première Fédération en Europe et seule Fédération représentative en France, rassemble les entreprises de toute la filière piscine depuis les constructeurs installateurs jusqu’aux fabricants de matériel, d’abris, de spas, les sociétés de services piscines… Elle compte à ce jour près de 1 700 entreprises spécialisées du secteur de la piscine et du spa.
La FPP est 1er marché européen et 3e marché mondial avec un parc installé de 3,6 millions piscines en France.
À propos de la FFN
La Fédération Française de Natation (FFN) a pour rôle principal de promouvoir, développer et organiser les activités liées à la natation en France. Elle gère 5 disciplines aquatiques à savoir la natation, le water-polo, l’eau libre, le plongeon et la natation artistique. Avec près de 1 300 clubs partout en France, 98 Comités Départementaux et 19 Ligues Régionales, la FFN joue un rôle central dans l’encadrement de la natation en France, aussi bien sur le plan compétitif qu’éducatif et social.
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