Société

Pourquoi il ne faut absolument pas boire d’alcool par temps de canicule

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →
Pourquoi il ne faut absolument pas boire d'alcool par temps de canicule

Il y a des mauvaises idées qui ont l’air sympathiques. Le rosé bien frais à midi, la bière en terrasse, le pastis qui “désaltère”, le verre de vin blanc sous le parasol. L’été français a longtemps vendu cette image comme un art de vivre. Sauf qu’en période de canicule, ce petit folklore devient une vraie erreur physiologique. Quand le corps lutte déjà pour ne pas surchauffer, l’alcool ne l’aide pas : il lui met des bâtons dans les jambes.

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.
Annonce

La première illusion, c’est de croire qu’une boisson fraîche hydrate forcément. Une bière glacée donne une sensation immédiate de fraîcheur, mais cette sensation est trompeuse. L’alcool n’est pas de l’eau. Il perturbe l’équilibre hydrique du corps, favorise les pertes d’eau et peut accélérer la déshydratation. Or, en période de canicule, le corps transpire davantage pour tenter de maintenir sa température interne autour de 37 degrés. Cette transpiration est utile, vitale même, mais elle coûte de l’eau et des sels minéraux. Si l’on remplace cette eau par de l’alcool, on fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait faire.

La chaleur dilate les vaisseaux sanguins. L’alcool aussi. Ensemble, les deux effets peuvent accentuer les sensations de malaise, de fatigue, de vertige ou de faiblesse. Ce n’est pas seulement une question de “tenir l’alcool” ou non. Même une personne habituée à boire peut se retrouver plus vite en difficulté lorsqu’il fait très chaud. La canicule change les règles du jeu. Le corps n’est plus dans une situation normale : il est en défense permanente. Il cherche l’ombre, l’eau, le repos. L’alcool, lui, brouille les signaux.

C’est l’autre danger : l’alcool donne une fausse impression de décontraction. On se sent plus léger, plus insouciant, parfois plus résistant qu’on ne l’est réellement. On reste trop longtemps au soleil. On oublie de boire de l’eau. On ne sent pas assez vite la fatigue. On minimise les maux de tête, les nausées, les étourdissements. Et lorsqu’on commence à comprendre que quelque chose ne va pas, il est parfois déjà tard. La déshydratation ne prévient pas toujours avec des sirènes. Elle s’installe discrètement, par la bouche sèche, les urines foncées, la fatigue brutale, la confusion, puis le malaise.

Le danger est encore plus grand chez les personnes âgées, les personnes isolées, les malades chroniques, les travailleurs exposés à la chaleur, les femmes enceintes, les jeunes adultes qui font la fête, et tous ceux qui prennent certains médicaments. Mais ce serait une erreur de croire que seuls les plus fragiles sont concernés. La canicule ne respecte pas beaucoup les egos. Un adulte en bonne santé, un peu fatigué, un peu déshydraté, après deux verres en terrasse, peut lui aussi basculer dans le malaise.
Il faut aussi parler de la baignade. L’alcool et la chaleur augmentent les comportements à risque. On entre dans l’eau trop vite, trop sûr de soi, parfois après avoir beaucoup transpiré, parfois après un repas lourd, parfois avec une vigilance diminuée. Chaque été, les fortes chaleurs s’accompagnent de baignades plus nombreuses, et donc de risques plus élevés. Là encore, l’alcool n’est pas un détail convivial : c’est un facteur d’accident.

Boire de l’alcool pendant une canicule, ce n’est donc pas seulement “moins raisonnable”. C’est une erreur simple, évitable, et parfois dangereuse. Le bon réflexe n’est pas spectaculaire : boire de l’eau régulièrement, avant même d’avoir soif, manger suffisamment, rester au frais, se mouiller le visage et les avant-bras, fermer les volets le jour, éviter les efforts physiques aux heures les plus chaudes. Rien de très glamour, mais c’est précisément ce qui fonctionne.

Cela ne veut pas dire qu’il faut transformer l’été en punition hygiéniste. Il faut simplement arrêter de confondre plaisir et inconscience. Un verre d’alcool peut attendre le soir, quand la température baisse, dans un cadre raisonnable, accompagné d’eau et de nourriture. Mais en pleine canicule, sous un soleil écrasant, quand le corps réclame de l’eau et du repos, l’alcool n’est pas un compagnon d’été.

C’est un faux ami.

La canicule oblige à redevenir un peu intelligent avec son propre corps. Ce corps n’est pas une machine abstraite. Il chauffe, il transpire, il fatigue, il compense, puis parfois il cède. Le respecter, ce n’est pas céder à la peur. C’est simplement comprendre que, certains jours, le vrai luxe n’est pas un verre de rosé en terrasse. C’est un grand verre d’eau, de l’ombre, et la lucidité de ne pas jouer au plus malin avec la chaleur.

Annonce
💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier le lien Envoyer par mail
Annonce
Continuer sur Le Mague

À lire aussi sur Le Mague

Les plus lus en ce moment