David Tétard avec les doigts

David Tétard avec les doigts

Revoilà David Tétard. « Enfin » me permettrais-je. Depuis le temps que je l’attends ce nouvel album, il est là entre mes mains, la galette est propre avec une jolie pochette de jambes féminines voltigeant en floue dans une rue anonyme. Tout ce que représente Tétard est dans ce visuel : la tendresse d’une nudité au contact du bitume froid et dur.

Depuis « 12 pures chansons » et son côté bricolo rock-folk j’en ai parcouru du chemin avec cet artiste. Un choc jouissif de découverte transformé en désespoir sur la longueur : en effet comment un chanteur si doué pouvait- il passer à la poubelle d’une production surmultipliée qui passait à l’as les meilleurs, dont lui ? Alors pour faire fi de l’injustice, j’en ai fait des articles, j’en ai diffusé plus qu’il n’en fallait sans résultat probant pour le retrouver cette année aux Victoires de la Musique (mon pouvoir de persuasion trouvait-il donc ses limites ?).

C’est un nouveau round qui commence donc aujourd’hui. Celui du KO ou de la victoire totale. Le retrouver me fera forcement du bien. L’espoir mis en lui pour éveiller la chanson française, je l’espère, ne me décevra pas.

A la première écoute : c’est encore meilleur que ce que j’avais pu imaginer dans la suite d’une carrière balbutiante.

Il évite l’écueil d’une production surabondante (ce qui fait généralement ressortir les défauts)pour s’assurer sur ses qualités guitare-basse-batterie en avant. Pas de fioriture, dès « Assise au bord de l’O » c’est le même batracien nageant dans les mêmes eaux : expéditif (les titres ne dépassent pas 3 minutes 30), jouissif (mélange d’amplitude et de culture musicale anglo-saxonne) , avec cette griffe de plume ou les paroles sont toujours aussi justes évoquant tour à tour la fin d’une carrière amoureuse dans les bras d’une apache ou la détresse d’un corps au souffle court. Bien sur les petits esprits pourront eut rester sur une impression de « Boire » ou de « Baiser » à la Miossec mais c’est dans une allitération toute Gainbsourienne qu’il mue de sa lippe première.

De quoi « T’arracher les Cheveux » et ses impression de fanfare, en passant par « Je ne dirais pas nan » le cœur à l’ouvrage explose dans ses grandes largeurs pour un travail bien fait. Parfois doux amer sur ses duos folk, il reprend le collier là ou il l’avait laissé pour bride abattus galoper dans le foin de la nouvelle vague pop. Moins introspectif, d’une distance gracieuse sur ses personnages il propose des salutations bien distingués électriques qui renouvelle le genre. A écouter sans modération, en applaudissant des 10 doigts et a grand coup d’oreilles saturés de tant de bonheur.

DAVID TETARD, « Mes Dix Doigts », Demain la Veille

DAVID TETARD, « Mes Dix Doigts », Demain la Veille