Le Schtroumpf coquet : icône gay cachée ou simple caricature ? Ce que révèle vraiment le plus singulier des Schtroumpfs

Le Schtroumpf coquet : icône gay cachée ou simple caricature ? Ce que révèle vraiment le plus singulier des Schtroumpfs

Dans la grande tribu uniformisée des petits hommes bleus créés par Peyo, chacun existe par une fonction, un trait de caractère ou une obsession. Il y a le Schtroumpf grognon, le Schtroumpf farceur, le Schtroumpf bricoleur, le Schtroumpf costaud… et puis il y a le Schtroumpf coquet.

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Une anomalie dans cet univers viril, travailleur et fraternel. Une silhouette plus délicate, plus apprêtée, plus préoccupée par son apparence que par la construction de ponts ou la cueillette de salsepareille. Depuis des décennies, beaucoup y voient la seule figure vraisemblablement gay du village.
Le Schtroumpf coquet, reconnaissable à sa fleur sur le bonnet, à son miroir et à ses attitudes précieuses, est souvent représenté comme narcissique, délicat, maniéré. Il aime se regarder, s’admirer, se parfumer, s’arranger.

Dans l’imaginaire collectif des années 60 et 70, date de naissance des Schtroumpfs, ces codes étaient immédiatement associés à l’homosexualité masculine… ou du moins à ce qu’une société encore corsetée imaginait être l’homosexualité. À une époque où la télévision, la bande dessinée et le cinéma n’osaient quasiment jamais montrer des personnages gays de façon frontale, les créateurs passaient souvent par des signes codés : la sophistication, la préciosité, la voix douce, le goût de l’esthétique.

Le Schtroumpf coquet s’inscrit parfaitement dans cette tradition du “coding”, cette manière de dessiner des personnages “différents” sans jamais les nommer. Comme certains personnages Disney, certains seconds rôles de dessins animés ou de sitcoms de l’époque, il devient une sorte de clin d’œil involontaire ou assumé à une altérité sexuelle ou de genre. Il n’est jamais question de désir, évidemment. Le monde des Schtroumpfs semble d’ailleurs presque asexué, jusqu’à l’arrivée de la Schtroumpfette. Mais dans ce monde ultra-masculin où tout le monde partage les mêmes vêtements et les mêmes comportements, le Schtroumpf coquet apparaît comme une rupture.

La question devient alors intéressante : le Schtroumpf coquet est-il une représentation progressiste… ou une caricature ? D’un côté, il introduit dans un univers enfantin une forme de diversité comportementale. Il n’est ni rejeté ni exclu. Il fait partie du groupe. Il existe avec ses particularités et conserve sa place parmi les autres. À ce titre, on pourrait presque y voir une forme d’inclusion avant l’heure. De l’autre, il repose sur un cliché tenace : l’homme efféminé, obsédé par son apparence, un archétype longtemps utilisé pour moquer ou réduire les homosexuels.

Ce personnage raconte surtout l’époque qui l’a vu naître. Dans les années de Révolution sexuelle, l’homosexualité sort timidement de l’ombre mais reste largement taboue dans les productions grand public. Les auteurs glissent donc parfois des signes ambigus. Aujourd’hui, avec notre regard contemporain, on relit ces figures autrement. Là où les enfants ne voyaient qu’un Schtroumpf “qui aime être beau”, les adultes y projettent des lectures identitaires, culturelles ou militantes.

Le Schtroumpf coquet est ainsi devenu malgré lui un petit objet sociologique. Une icône kitsch pour certains, un symbole queer involontaire pour d’autres. Sur les réseaux sociaux, il est régulièrement détourné, célébré ou moqué comme “le Schtroumpf gay”. Certains y voient même un ancêtre pop du mouvement queer, un personnage qui refusait inconsciemment les injonctions virilistes du village.

Mais au fond, ce qui fait la force des Schtroumpfs, c’est justement cette galerie d’archétypes. Chaque enfant ou adulte peut s’y reconnaître. Le Schtroumpf coquet, lui, continue de fasciner parce qu’il cristallise une question toujours actuelle : à partir de quand un goût pour l’esthétique, la douceur ou la coquetterie devient-il un marqueur socialement sexualisé ? Pourquoi un homme qui aime prendre soin de lui continue-t-il parfois à être perçu comme “moins viril” ou “suspect” ?

Derrière sa petite fleur et son miroir, le Schtroumpf coquet pose donc une question bien plus vaste qu’il n’y paraît : sommes-nous vraiment sortis des vieux clichés ? Sous ses airs légers de personnage de BD, il raconte l’histoire des stéréotypes, des non-dits et de l’évolution du regard sur la masculinité. Pas mal pour un petit homme bleu haut comme trois pommes.

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le 25/04/2026
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