Vous arrive t-il d’être submergé émotionnellement ?
Pouvez-vous être submergée émotionnellement sans savoir pourquoi ?
J’ai comme un trop-plein d’existence. Mon coeur bat plus vite. Mes pensées cherchent une cause, un mot, une logique. Mais parfois il n’y en a pas. Mon cerveau aime comprendre, classer, organiser… je me sens submergée quand je me retrouve devant une tempête sans schéma. Quand je ne la comprends pas.
Submergée, mais lucide.
Perdue, mais consciente de l’être.
Il arrive que quelque chose se dérègle à l’intérieur de moi, comme un instrument très précis dont personne ne connaît le mode d’emploi.
Tout mon être est submergé émotionnellement, quotidiennement. Tout ce que je vis, je le ressens très fortement, intensément. Rien n’est plat, tout en moi est vécu de manière extrême.
Quand je créer, l’émotion est forte, immense, mais là elle me nourrie et est nécessaire. Se diffuse alors en moi, une sorte de chaleur rouge et orange. Je m’y ressource, je me repulpe d’envie.
Le mouvement aussi me calme, m’apaise. J’entame alors, un dialogue invisible avec mon corps.
Quand que je marche, je contemple la beauté de l’instant. Je me sens au bon endroit, au bon moment.
Lors de rencontres sociales parfois, l’ennui monte en moi. Je sens que je gaspille l’horloge de mon univers, et perdre mon temps c’est perdre ma vie. Tout doit m’apporter émotionnellement ou intellectuellement, mais le monde vampirise mon énergie. Alors je meurs de moi-même. Je manque d’eau comme une plante restée trop longtemps au soleil.
Mes émotions arrivent comme une marée silencieuse. D’abord presque rien, une légère pression dans la poitrine, une fatigue derrière les yeux, un bruit du monde devenu trop dense. Puis, sans prévenir, tout devient trop.
Les lumières semblent plus vivent, presque insupportables. Les voix deviennent des bruits qui sonnent faux et qui se superposent. Des strates de sons qui me font mal aux tympans. Les pensées se multiplient comme des équations que je ne sais résoudre. Tout va trop vite, tout va trop fort en moi.
Soudain, tout se brouille car je capte tout, malgré moi, toute une mixture sensorielle. Ça pollue mon esprit jusque dans mon corps. Alors, je me braque, je me durcie comme de la pierre, froide, glaciale. Je mute en statue, je me protège. Dans ce moment étrange, c’est la solitude qui transpire de tout mon être. Ce qui se passe à l’intérieur est immense, alors que de l’extérieur, on ne voit souvent qu’un silence.
J’entends toutes les conversations, même celles qui se trouvent très loin, même celles que je ne souhaite pas entendre. Ça me dévaste tout entière. Je me contracte. Ma respiration devient plus courte. Mes pensées se fragmentent. Je ne distingue plus ce qui vient de l’extérieur et ce qui vient de l’intérieur.
Tout est trop présent. Le bruit n’est plus un bruit c’est une pression. La lumière n’est plus une lumière c’est une brûlure.
Et pourtant, il n’y a pas forcément d’évènement. Rien de visible. Rien qui justifie ce débordement aux yeux des autres.
A l intérieur de ma statue, c’est différent.
J’ai une bibliothèque entière de détails que personne d’autre n’a remarqués. Mais quand les étagères cèdent soudain, mes émotions arrivent, brutes, immenses, sans étiquettes. Dans cette saturation je peux exploser, de manière brutale, sans forme claire, telle un animal sauvage maltraité, qui se rebelle. Une urgence difficile à nommer. Comme si mon corps tout entier hurlait :
Assez !!!
Le problème n’est pas que je ressente trop et vois plus.
C’est simplement que je ressens tout et vois tout.
